19 janvier 2023 : une mobilisation monumentale !

InFO militante par  Valérie Forgeront, L’Info Militante

Article publié dans le cadre de la campagne Réforme des retraites, FO dit stop !
Paris le 19 janvier 2023. © F. BLANC

Évoquant les intentions des structures FO de participer à la journée interprofessionnelle de grèves et de manifestation contre le projet du gouvernement sur les retraites, le secrétaire général de la confédération, Frédéric Souillot, notait en amont de celle-ci qu’il y a très longtemps que nous n’avons pas eu une telle mobilisation. Le 19 janvier, premier jour de mobilisation, s’est effectivement traduit par un raz-de-marée de manifestants et de très nombreuses grèves sur le territoire tant dans le secteur public que privé. Ainsi, plus de deux millions de manifestants sur le territoire, donc 400 000 à Paris. Plus de 200 cortèges organisés, dans des petites, moyennes et grandes villes. Et tous ont fait le plein. Une journée impressionnante, à la hauteur de la détermination des travailleurs. Réunie ce 19 janvier dans la soirée, l’intersyndicale appelle à une journée interprofessionnelle le 31 janvier et d’ici là, à multiplier les actions et initiatives partout sur le territoire, y compris par la grève.... et notamment autour du 23 janvier, date de la présentation du projet au conseil des ministres.

Le président de la République a dit Pas de division... Eh bien nous lui montrons que nous sommes unis !, sous-entendu contre le projet de réforme des retraites, présenté le 10 janvier dernier, indiquait ce 19 janvier le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot participant à la manifestation parisienne. Et tandis que ce même jour, Emmanuel Macron, s’exprimant de Barcelone où il assistait au sommet franco-espagnol, évoquait de nouveau la détermination de l’exécutif à faire aboutir la réforme qu’il estime juste et responsable..., dans l’Hexagone, la mobilisation plus que massive montrait elle aussi une détermination : celle des travailleurs, actifs et retraités, ainsi que des jeunes, à s’opposer au projet sur les retraites présenté le 10 janvier. Avec ses deux mesures phares : recul de deux ans de l’âge légal de départ, donc à 64 ans. Et accélération du calendrier de la réforme Touraine concernant le nombre de trimestres requis pour obtenir une retraite à taux plein. Deux mesures, et d’autres, qui font le plein.... contre elles.

Pétition : déjà 600 000 signatures

L’exécutif montre pour l’instant un entêtement irresponsable fustigeait ainsi Frédéric Souillot se félicitant des marques de solidarité syndicale internationale apportées à cette journée, par la présence de plusieurs camarades étrangers, dont Esther Lynch, secrétaire générale de la CES, de représentants de syndicats belges (FGTB), espagnols (CCO), italiens (UIL, CGIL), luxembourgeois (OGBL). Des messages de solidarité adressés aussi par un syndicat Suisse, un espagnol... Alors que le gouvernement français argue qu’un recul de l’âge légal de départ en retraite serait inéluctable et convoque des exemples de réformes à l’étranger –et alors que celles-ci ont été imposées dans la douleur–, pour FO, le message envoyé par ces camarades de pays européens voisins est clair : ils viennent nous soutenir et disent : regardez ce que font les Français. On peut le faire aussi.

Et en France, Outremer compris, ce 19 janvier, sonnant la première journée de mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites –à l’appel de huit organisations syndicales et cinq organisations de jeunesse– s’est déroulé sur le mode massif. Dès la mi-journée, de nombreux médias évoquaient ainsi une mobilisation d’une importante au moins aussi forte que celle du 5 décembre 2019, la première journée d’action contre le précédent projet de réforme sur les retraites... Abandonné depuis.

© UD FO La Réunion

Dès ce matin du 19 janvier, comme les jours précédents, confirmation était apportée aussi par les différents sondages d’opinion de l’opposition large des travailleurs au projet. Eux le savaient déjà... D’ailleurs la pétition lancée par l’intersyndicale contre le projet retraites a déjà reçu en une semaine plus de 600 000 signatures.

Manifs denses et grèves massives

Mais la preuve éclatante cette opposition au projet gouvernemental était avant tout apportée par les manifestations denses, garnies, dans toutes les villes où ont été organisés des cortèges. Plus de 200 sur le territoire. Sur les réseaux sociaux, les militants FO postaient photos et commentaires. Avec un leitmotiv parcourant la journée : de mémoire de militant, on n’a pas vu ça depuis très longtemps. Des records d’affluence pulvérisés avec des cortèges comptant 10 000, 15 000, 20 000, et plus de 30 000 manifestants dans des villes de province, y compris celles dites petites ou de taille « moyenne ». Une autre preuve éclatante est venue des grèves, nombreuses et dans de multiples secteurs ce 19 janvier. Dans les transports (SNCF, RATP, transport routier, ...), dans l’énergie, dans la santé, dans l’éducation mais aussi dans l’ensemble les ministères (Finances, Intérieur, à la Justice, à l’écologie...). Des taux de grévistes atteignant les 70% chez les enseignants dans les écoles, quasiment autant dans les collèges et Lycées. Les 70% à 100% de grévistes atteints selon les sites chez TotalEnergies... La liste des grèves est très longue. Grève par exemple chez Coca-cola, grève à la plate-forme chimique de Carling (Moselle bloquée), grève dans la restauration collective tel chez Compass, grève sur le site chimique de fabrication de nitrate et d’ammoniac de Grandpuits, grève dans l’industrie automobile chez Stellantis ou encore Renault, grève de salariés de la grande distribution comme ceux de Carrefour, par exemple, grève de salariés d’Air France... Dans le cortège parisien, le secrétaire général de FO résumait devant les média : On est parti pour un conflit dur.

Oui, pour défendre notre retraite, je suis prête à perdre du salaire, à ne pas partir en vacances. Il faut faire bloc !

Cette caractéristique du conflit, les travailleurs, syndiqués ou non, actifs ou retraités, l’ont exprimé au fil des cortèges. Et ils ont exprimé aussi leur volonté de tenir bon et sur la durée s’il le faut pour contrer l’injustice que représente le projet sur les retraites. Allez jusqu’à 64 ans ? Mais dans nos métiers, physiques, fatigants, où l’on demande de plus en plus de productivité, c’est impossible indiquait à Paris, Aurélien, 32 ans, salarié de Compass Group (restauration collective). Responsable de vente à Levallois, militant FO, il a commencé à travailler à 17,5 ans. Je manifeste pour mes droits mais aussi ceux des salariés séniors. Déjà, la plupart ne vont pas au bout, à 62 ans ! Et on ne compte plus les problèmes de dos, les TMS (troubles musculo-squelettiques). Même opposition au projet et même détermination à le combattre pour Jérôme, 31 ans et Xavier, 42 ans, adhérents FO. Opérateurs dans l’industrie chimique, ils travaillent sur un site classé Seveso 3. On bosse en 3/8. Or faire des nuits c’est épuisant, ça attaque la santé. Et d’ailleurs on voit des salariés séniors épuisés par ce rythme. C’est dangereux, pour eux et le site. Mais que veut le gouvernement avec cette réforme : que l’on meure après un mois de retraite ? Jérôme et Xavier sont prêts à tenir bon. On ne règlera pas la suppression du projet retraite en une journée ! Alors on est prêts à perdre plusieurs journées de salaire pour l’obtenir. Patricia, 55 ans, salariée chez Stellantis Retail, ne mâche pas ses mots. Oui, pour défendre notre retraite, je suis prête à perdre du salaire, à ne pas partir en vacances. Il faut faire bloc !. Avec la réforme prévue je me prendrais deux ans de plus dans la tronche ! Impossible. Et déjà avant cette réforme, pour avoir ma retraite à taux plein, je dois travailler jusqu’à 64 ans !. Berthe, Aurone, Cathie, trois collègues, trois copines. Elles sont éducatrices près de Meaux dans le secteur médico-social. Elles ne sont pas syndiquées. Mais ce 19 janvier, elles ont voulu rejoindre les syndicats. Elles ont défilé à Paris aux côtés de FO. Je ne me vois pas courir après les enfants et faire preuve d’autant de patience à 64 ans insiste Berthe. Toutes trois ont vu une collègue travailler jusqu’à 64 ans. Elle était rincée, épuisée appuie Aurore. En colère. Aujourd’hui, on est là aussi à cause d’un ras-le-bol général. Sur les salaires, sur les prix qui augmentent. Il y a trop d’inégalités, ce n’est plus possible ! David, employé chez Carrefour, 49 ans, et militant FO, est prêt à perdre plusieurs journées de salaires et à convaincre de nouvelles personnes de rejoindre le mouvement. Il a déjà commencé. Marcello, 23 ans, un jeune salarié de l’enseigne l’a accompagné. Je me sens concerné insiste celui-ci, il faut protéger la retraite pour nos ainés. La retraite, ça concerne tout le monde martèle David, évoquant lui aussi la complication de travailler jusqu’à 64 ans et notamment dans des métiers physiques. Chez nous, à 50%, les salariés ont des problèmes de dos, d’épaules !.

Metz © UD FO 57

D’ici la prochaine journée interprofessionnelle 31 janvier, la mobilisation se poursuit par des « actions et initiatives partout sur le territoire »

Ce 19 janvier, dans la soirée, les huit organisations syndicales dont FO et les organisations de jeunesse se sont réunies et pris des décisions.

Qualifiant la réforme d’inacceptable, et affirmant que le gouvernement doit renoncer à la fois à l’âge de départ à la retraite à 64 ans et à l’accélération de l’augmentation de la durée de cotisation, elles appellent dès à présent à une journée de grève et de manifestation interprofessionnelle le 31 janvier.

Mais d’ici là, l’intersyndicale appelle à multiplier les actions et initiatives partout sur le territoire, dans les entreprises et services, dans les lieux d’étude, y compris par la grève, notamment autour du 23 janvier, jour de la présentation de la loi au conseil des ministres. Elle appelle aussi les salarié-e-s et les jeunes à préparer des assemblées générales pour discuter des poursuites de la mobilisation.

Nous sommes unis et déterminés à faire retirer ce projet de réforme des retraites souligne l’ensemble des organisations signataires du communiqué. Et de préciser encore : alors que le gouvernement appelle les organisations syndicales à être responsables et à ne pas bloquer le pays, nous réaffirmons qu’il est et sera le seul responsable de cette situation puisque 9 travailleuses et travailleurs sur 10 rejettent cette réforme injuste et brutale. Le gouvernement serait bien avisé d’entendre le message.

 Voir en ligne  : [Pétition] Retraites : non à cette réforme injuste et brutale !

 Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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