Histoire

1914-1918 : la recomposition du mouvement syndical international

, Christophe Chiclet

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Atterré par le ralliement des deux puissantes centrales, allemande et française, à l’Union sacrée [1], le mouvement syndical mondial va tenter de se réorganiser dès 1915 dans un contexte particulièrement difficile.

Il existe une grande différence dans l’approche du syndicalisme entre la France et l’Allemagne. La CGT reste fidèle à la charte d’Amiens de 1906, séparant le syndical du politique. En revanche, la Confédération générale ouvrière allemande est inféodée aux sociaux-démocrates du SPD. Alors que jusqu’aux derniers jours, les syndicalistes français gardent comme slogan Guerre à la guerre et veulent préparer la grève générale en cas de déclaration de guerre en Europe, le SPD renonce à cette stratégie dès 1907 et vote l’accroissement du budget militaire dès 1913. Ainsi, lorsque Jouhaux se rend à Bruxelles le 25 juillet 1914 pour rencontrer son homologue allemand Karl Legien (1861-1920), il ne se fait guère d’illusions. En effet, ce dernier lui annonce qu’il n’organisera en aucun cas une grève générale. Six mois plus tard, à Francfort-sur-le-Main, le même n’hésitera pas à expliquer que l’Allemagne étant le pays le plus socialement avancé, il est du devoir des ouvriers de défendre le Reich.

Les socialistes et syndicalistes euro-péens (Alphonse Merrheim pour la CGT), opposés à l’Union sacrée, vont se retrouver à Zimmerwald (5-8 septembre 1915, Suisse), Kienthal (24-30 avril 1916, Suisse) et Stockholm (5-12 septembre 1917), demandant une « paix immédiate, sans annexion ». Dès Zimmerwald, la majorité va s’opposer à Lénine et ses partisans (Pierre Monatte pour la CGT) qui appellent au défaitisme, à la « transformation de la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire », et à la création de la IIIe Internationale, préfigurant la prochaine opposition entre la Fédération syndicale internationale et l’Internationale syndicale rouge. Quant à Léon Jouhaux et ses amis, ils participent à la Conférence syndicale interalliée de Londres le 12 septembre 1917. Leurs buts sont clairs, faire entrer les syndicats dans les futurs organismes internationaux en gestation pour y défendre les intérêts de la classe ouvrière : Organisation internationale du travail, Société des nations…

Dans les empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie) les syndicats ayant soutenu l’Union sacrée sont momentanément balayés par la flambée révolutionnaire de 1918-1920 et sa nouvelle représentation : les conseils ouvriers, sur un mode apparu en Russie dès 1905 [1].

 

LA GRÈVE MALGRÉ LA GUERRE
Avec les lois d’exception, les grèves peuvent conduire ceux qui les suivent directement au front, en première ligne, ou en forteresse. Pourtant, venant de la base, elles vont se multiplier dans toute l’Europe, surtout à partir de 1917. Pendant toute la durée du conflit on en dénombre 1500 en Allemagne, 1 800 en France, 2 200 en Italie, 3 200 en Grande-Bretagne, mais il y aura aussi des grèves insurrectionnelles en Grèce en août 1916 et en Autriche-Hongrie en janvier 1918.

Notes

[1Mouvement de rapprochement politique qui a soudé l’ensemble des belligérants de toutes tendances – politiques ou religieuses –, chacun dans son pays, lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale).