(1947-1948) La naissance de la CGT-FO : le contexte international

Histoire par Christophe Chiclet, journaliste L’inFO militante

Paris. Les militaires remplacent les boueux en grève. 1947

Tensions sociales accrues en France dans un contexte international particulièrement explosif. C’est dans cet environnement que la CGT-FO voit le jour.

En 1947 la France est toujours exsangue, marquée par les destructions de la guerre. Le rationnement est toujours drastique et l’inflation mange les salaires. Le 2 janvier, le gouvernement Blum baisse autoritairement les prix de 5%. Deux mois plus tard, son successeur, Paul Ramadier, lui aussi socialiste de la SFIO, fera de même. Mais pour la classe ouvrière, fatiguée de ces privations, cela ne suffit pas. D’autant que les premiers 280 millions d’aide américaine du plan Marshall, sous forme de marchandises, n’arriveront qu’au printemps 1948.

La colère gronde. Début février des grèves éclatent dans la fonction publique, la presse et les ports. Mais c’est de la Régie Renault que viendra l’étincelle. Le 24 avril les chaînes de montage s’arrêtent et les grévistes demandent de substantielles augmentations de salaires. Le lendemain, la direction communiste de la CGT dénonce cette grève venue de la base. Vu que le mouvement prend, elle finit par le rallier le 30 avril. Cette grève menée par des militants que l’on retrouvera dans les rangs de la jeune CGT-FO un an plus tard est victorieuse.

Profitant de la situation et sur instruction de Moscou, Maurice Thorez, le Secrétaire général du PCF, pense que l’heure est venue de pousser Ramadier à la démission et d’entrer en masse au gouvernement. Mais « l’ami des chats », tel est le surnom de ce vieux socialiste à la barbichette, n’est pas homme à capituler. Il passe à la contre-offensive. Alors que le 4 mai au matin, le PCF demande la levée du blocage des salaires, dans l’après-midi, Ramadier obtient le vote de confiance à l’Assemblée nationale. À 21h30, un dimanche, il convoque le Conseil des ministres et annonce le renvoi des cinq ministres communistes, car ils n’avaient pas voté la confiance au parlement. Les dés sont jetés. La guerre froide vient de faire son entrée en France.

L’affrontement

Désormais tout est en place pour un affrontement entre les communistes et le gouvernement au plan politique, mais aussi au plan syndical au sein de la CGT dont une partie des membres, « les amis de FO » refusent la stalinisation de la confédération. L’ensemble du mois de juin est marqué par des grèves très suivies : boulangeries, cheminots, gaziers-électriciens, banques, mines. Tous protestent contre des rationnements qui n’en finissent plus (lait, vin, sucre, chocolat, 200 grammes de pain), contre l’inflation et le blocage des salaires.

Le 27 juillet, de Gaulle, qui a fondé son Rassemblement du peuple français (RPF) trois mois plus tôt, traite les communistes de séparatistes au service d’une colossale hégémonie. Aux municipales d’octobre son jeune parti fait un carton : 39% des voix, alors que la SFIO et le PCF restent stables dans leurs bastions.

Le 13 novembre 1947, la CGT demande un salaire minimum à 10 800 francs par mois et les mineurs du Nord sont les premiers à cesser le travail. Le 19, la Confédération lance la grève générale dans la métallurgie. Fatigué, « l’ami des chats » démissionne, remplacé par le chrétien-démocrate Robert Schuman. Le 27, la France est paralysée : grève totale dans les mines, les ports, la métallurgie, le bâtiment ; partielle à la SNCF, les PTT et EDF-GDF. Le gouvernement rappelle 80 000 réservistes de l’armée pour épauler les CRS épuisés tant les manifestations deviennent de plus en plus violentes. Le PCF est à la manœuvre pour faire tomber le gouvernement et y revenir en force. Comme le notent Léon Jouhaux et ses amis de la minorité du Bureau confédéral, à l’évidence ces grèves prennent un caractère purement politique. Le gouvernement ne recule pas et finalement le travail reprend le 9 décembre. Le salaire minimum est cependant porté à 10 500 francs.

Le vendredi 19 décembre 1947, dans l’après-midi, Léon Jouhaux, Robert Bothereau, Albert Bouzanquet, Pierre Neumeyer et Georges Delamarre remettent leur démission au deuxième secrétaire de la CGT, le communiste Benoît Frachon. Les dés sont jetés. L’aventure de la CGT-FO peut commencer. Elle tiendra son premier congrès constitutif les 12 et 13 avril 1948, sans les enseignants qui ont choisi le 26 mars de retourner à l’autonomie syndicale et fonder la FEN.

Dans les colonies les choses commencent à se gâter. En février 1947, l’armée française reprend le nord du pays aux hommes d’Ho Chi Minh et commence à s’engluer dans la guerre d’Indochine. Un mois plus tard, les indépendantistes malgaches se révoltent. La répression, peu connue encore aujourd’hui, sera terrible : plus de 80 000 morts. Quant à l’Algérie, en septembre, elle obtient un statut de départements à autonomie financière, ni assimilationniste, ni indépendantiste, avec une citoyenneté à deux niveaux. Tous les ingrédients de la future guerre d’Algérie sont en place.

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