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2017, la bonne année pour la reprise en France ?

, Nadia Djabali

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L’OFCE a rendu ses perspectives économiques pour 2017-2019. Pour l’organisme dépendant de Sciences-po, la politique budgétaire du gouvernement s’apparente plus à un transfert vers les détenteurs de capital et les entreprises qu’à une réduction stricto sensu des déficits.

Pour 2017, l’OFCE attend un taux de croissance en France de 1,8 % (1,7 % en 2018, et 1,9 % en 2019). Un taux qui indique que l’économie retrouve une croissance de long terme qui n’est pas uniquement liée à des politiques économiques spécifiques. Selon l’économiste Mathieu Plane, 2016 aurait pu être une année de reprise avec la baisse du prix du pétrole, la dépréciation de l’euro, une politique budgétaire qui ne pesait plus sur la croissance. Mais se sont ajoutés des facteurs ponctuels négatifs notamment une chute exceptionnelle de la production agricole, un impact fort des attentats sur la fréquentation touristique. L’OFCE évoque également des perturbations dues au conflit lié à la loi El Khomri. Ces facteurs disparaissent en 2017.

Du coup, l’observatoire table sur la création de 247 000 emplois en 2017, 161 000 en 2018 et 223 000 en 2019. Toutefois, il n’exclut pas une remontée du chômage liée notamment à la forte baisse des emplois aidés au second semestre 2017, accentuée en 2018. Les faisant passer de 320 000 en 2017 à 200 000 en 2018.

Un retard lié à la politique d’offre

Il y a bien eu depuis 2015 des éléments de reprise mais cela ne s’est pas traduit par l’accélération de la croissance. Au dessus avant 2014, la croissance française est inférieure à celle de la zone euro depuis trois ans et demi. Un retard qui s’accumule à partir du basculement sur les politiques dites d’offre, analyse Mathieu Plane. La France a perdu 2,5 points de PIB en deux ans et demi, on peut donc se demander où ils sont passés ? Un quart de l’écart avec la zone euro s’explique par une baisse de la consommation des ménages, et trois quarts de cet écart, par la chute des exportations. Les industriels exportateurs ont profité des politiques d’offre pour rétablir leur situation financière. Cela ne s’est pas traduit en terme de compétitivité puisque cela ne s’est pas répercuté sur les coûts.

Selon les analyses de l’OFCE , dans les deux prochaines années, l’économie française sera plus sensible aux effets de la politique d’offre mise en place sous François Hollande qu’aux réformes du nouveau gouvernement. Mais cela ne veut pas dire qu’il se passe rien en ce moment, prévient l’économiste de l’OFCE.

Redistribution vers les détenteurs de capital et les entreprises

Pour l’OFCE , l’action du gouvernement se situe davantage dans une politique de transfert que dans un schéma de réduction des déficits. Une redistribution orientée en priorité vers une réduction de la fiscalité du capital (réforme de l’ISF et prélèvement forfaitaire unique dès 2018) et de celle des entreprise (CICE et baisse de l’impôt sur les société déjà enclenché lors du quinquennat de François Hollande), au détriment de mesures plus axées sur l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages. Ces mesures favorables aux détenteurs de capital et aux entreprises réduisent les prélèvements obligatoires de 0,5 point de PIB. Pour compenser, le budget prévoit une hausse de la fiscalité indirecte : taxe carbone, alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence et augmentation du prix du tabac.

L’emploi, le logement et la santé mis à contribution

Le gouvernemental a fait le choix de réduire massivement la fiscalité du capital dès 2018 alors que les mesures directes de soutien du pouvoir d’achat seront étalées sur plusieurs années, analyse l’organisme. Ces choix fiscaux auront des effets économiques assez faibles en 2018. Par contre, un certain nombre de mesures auront des impacts dès l’année prochaine. Notamment celles liées à la réduction des dépenses publiques où certains secteurs sont particulièrement mis à contribution : l’emploi avec la réduction des emplois aidés, le logement avec notamment la réduction des aides au logement et des loyers dans les HLM, le secteur de la santé touché par 4 milliards d’économies par an et les dépenses de fonctionnement de l’État et des collectivités locales.

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