220 délégués en ordre de marche

XXe congrès de la Fédéchime FO par Evelyne Salamero

Loin de l’abattement que pourrait engendrer la situation de l’emploi dans le secteur, le Congrès de la Fédéchimie FO, qui s’est tenu à Fréjus du 6 au 8 octobre, respirait la combativité. Pour les délégués la préparation des conditions de réussite d’une grève générale interprofessionnelle reconductible est à l’ordre du jour.

Quelque 220 délégués ont participé au XXe congrès de la Fédéchimie FO à Fréjus du 6 au 8 octobre. La chimie, c’est Areva ou le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) pour le nucléaire, Michelin pour le caoutchouc, Total pour le pétrole, pour ne citer que quelques-unes des grosses pointures du secteur. C’est aussi une multitude de PME dans la miroiterie, les cuirs et eaux, la verrerie, la plasturgie, le textile... Ce qui frappe d’abord, à l’écoute des 30 interventions à la tribune de ce congrès, est que les salariés de la plupart de ces entreprises, quelle que soit leur taille ou leur activité, doivent faire face à la même adversité : des plans sociaux à répétition, une destruction massive des emplois.

« La violence, c’est devoir annoncer à ses enfants qu’on n’a plus de boulot »

« Avant, dans les congrès, nous avions l’impression d’être des extra-terrestres. Mais aujourd’hui, ça y est, nous sommes comme vous tous : nous vivons un plan social », a ainsi déclaré Cédric Noyer, délégué syndical central chez Areva (lire interview). « C’est mon vingtième congrès, nous en sommes à 14 plans sociaux. Aujourd’hui, c’est la fermeture de l’usine de Normandie qu’on nous annonce » a indiqué Martial Chudy, délégué chez Altuglass. « Mecaplast a touché 2,2 millions d’aides et a utilisé la totalité pour se développer à l’étranger », a dénoncé Bertrand Auge. « Chez Eminence, dans le Gard, nous avons perdu 1 750 emplois en 20 ans » a expliqué Francine Vidal. Dans le verre mécanique, 10 000 emplois ont été perdus en dix ans, dont près de 7 000 chez Arc International, indique le rapport d’activité (adopté par 97% des voix) présenté par Hervé Quillet, réélu secrétaire général. « Nous voyons des drames familiaux tous les jours. On nous parle beaucoup de violence ces jours ci, avec ce qui s’est passé chez Air France. Mais la violence c’est quand il faut annoncer à ses enfants qu’on a perdu son boulot ! » a lancé, très applaudi, le délégué de chez Ferropem (ex Péchiney, ex Atlan).

« Oui, la situation n’a jamais été aussi grave »

Le CICE ? Le pacte de responsabilité ? Les délégués ont dénoncé autant de « cadeaux au patronat ». « Le groupe Sanofi a supprimé 2 000 emplois alors qu’il a bénéficié de 136 millions d’euros d’aides publiques au titre du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, a rappelé Hervé Quillet. L’Accord dans le cadre du pacte de responsabilité, que la Fédéchimie FO a refusé de signer, « était soit disant l’accord du siècle. Ce n’est en réalité que de la poudre aux yeux. Les embauches promises ne font que compenser et encore pas totalement les départs en retraite et les démissions. Il n’y a donc aucun emploi créé », a également souligné le secrétaire général de la fédération. Dans leur résolution adoptée à l’unanimité moins deux abstentions, les délégués ont donc réaffirmé leur revendication d’une politique de ré industrialisation et de mesures pour « protéger les salariés des jeux de fusion et de restructuration au seul bénéfice des spéculateurs ».

Loi Macron, loi Rebsamen, rapport Combrexelle, rapport Metling, loi sur la transition énergétique, Réforme territoriale, loi Touraine sur la Santé... « Toutes ces mesures et projets doivent être résolument combattus pour en obtenir l’abrogation » ont conclu les délégués. Dans une motion spécifique adoptée à l’unanimité, ils ont également apporté tout leur soutien à la Fédération nationale de l’Enseignement et de la Culture FO pour l’abrogation de la réforme du collège et appelé les adhérents de la Fédéchimie à « assurer le succès » de la manifestation nationale, le samedi 10 octobre, des personnels concernés de l’éducation nationale . Plusieurs intervenants à la tribune ont en effet exprimé ce que Pascal Pavageau , secrétaire confédéral, a résumé en ces termes : « La casse du droit collectif est aujourd’hui sans précédent. Le dire n’est pas un effet de manche (...) Oui, la situation n’a jamais été aussi grave ! (Avec les lois Macron, les rapports Combrexelle et Mettling) c’est l’existence même du salariat qui est en jeu et donc notre existence ».

« Il faut préparer une grève générale interprofessionnelle reconductible »

Autre fait marquant de ce congrès : la détermination des délégués à ne pas laisser détruire leurs acquis sociaux. Grèves de plusieurs jours massivement suivies, distributions de tracts, assemblées générales... Plusieurs exemples de mobilisations ont été donnés à la tribune. Plusieurs résultats électoraux ont aussi confirmé la progression de FO dans les différents secteurs de la Chimie. « Il y a du potentiel, à nous d’aller le chercher a résumé un délégué. » « il faut stopper cette politique d’austérité, bloquer le pays pour être entendus, il en va de notre devenir, de celui de nos enfants », a déclaré une autre. « Tout a été dit par Pascal Pavageau et par Hervé Quillet dans la présentation du rapport d’activité. Il ne nous reste plus qu’à organiser la riposte » a insisté un troisième. « Bloquer le pays, ça ne se décrète pas, ça s’organise, alors organisons ! » a lancé un quatrième... Une détermination reflétée par les termes de la résolution générale qui se conclut ainsi : « Dans le prolongement du 9 avril 2015, le Congrès mandate la fédération pour relayer au niveau du Comité Confédéral National la nécessité d’une riposte à la hauteur des attaques en proposant l’organisation d’une grève générale interprofessionnelle reconductible. Le Congrès mandate le Comité national pour aider les syndicats de la Fédéchimie à organiser l’information et la mobilisation au sein des entreprises pour la réussite de cette initiative ».


Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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