Corée : escalade dans la répression syndicale

La lettre électronique @ ctualités Europe – International n°21 par Secteur Europe - International

Force ouvrière a accueilli le 11 juillet la députée coréenne Sun Mee Jin lors de sa visite en France. Porteuse d’une proposition de loi visant une meilleure reconnaissance de la liberté syndicale et du droit de grève dans son pays, l’échange a permis de faire le point sur la question des normes sociales en Corée du Sud. Membre de l’OIT depuis 1991, la Corée n’a ratifié que quatre des conventions fondamentales et n’a toujours pas ratifié des textes aussi essentiels que les conventions 87 et 98 sur la liberté d’association et la négociation collective.

Récemment, le pays a été secoué par des mouvements de grève importants notamment dans les secteurs des chemins de fer et du rail. Ces mouvements ont été sévèrement réprimés. Malgré l’interpellation du gouvernement coréens par le mouvement syndical international CSI et Internationale de l’Education, tout particulièrement en ce qui concerne la négation des droits syndicaux dans l’enseignement, la Corée a décidé de « désenregistrer » il y a quelques semaines le syndicat concerné, marquant ainsi une régression importante des droits syndicaux en Corée. Les enseignants subissent de nombreuses discriminations anti-syndicales. Ils n’ont plus, légalement, de syndicat leur permettant de les représenter (voir lettre électronique n°18). Le 19 juin 2014, le Tribunal administratif de Séoul a confirmé l’annulation de l’enregistrement du Korean Teachers and Education Workers Union le KTU devient une organisation illégale n’ayant plus le droit de représenter ses membres durant les négociations collectives

Par ailleurs, deux cas sont en cours d’examen à l’OIT au Comité de la Liberté Syndicale (CLS) concernant le refus d’enregistrement de syndicats : Les syndicats de migrants, dans un contexte général de discrimination des travailleurs migrants, qui restent cantonnés à être sous-payés et faciles à exploiter. Les syndicats de la métallurgie ont également déposé une plainte en décembre 2013 auprès du CLS, pour des cas de violation des principes de la liberté syndicale notamment dans le secteur de l’automobile. Le Ministre coréen de l’Emploi et du Travail a déclaré que « si l’OIT a ses propres principes, la Corée possède son propre corpus législatif qu’elle suivra ».

La répression syndicale est encore montée d’un cran à la fin du mois de mai. Des militants syndicaux manifestaient à Séoul pour demander au gouvernement de prendre ses responsabilités dans le naufrage du ferry Sewel qui a causé la mort de 300 personnes en mars. Les syndicats coréens affirment que cette catastrophe est due à la déréglementation et à un mauvais contrôle des questions de santé et de sécurité dans l’industrie de la part du gouvernement. A nouveau, la police a réprimé la manifestation et arrêté plusieurs syndicalistes, qui sont emprisonnés depuis. Parmi eux figure le secrétaire général de la KFTU, Yoo Ki-Soo, l’une des principales organisations du pays.

La CSI a adressé un courrier à la présidente de Corée du Sud pour demander la libération immédiate des militants emprisonnés. « La décision du gouvernement d’arrêter des dirigeants syndicaux parce qu’ils ont participé à un rassemblement pacifique est une grave violation du droit de liberté syndicale. Le rassemblement, la manifestation et la veillée aux bougies auxquels les syndicats ont pris part sont, sans aucun doute, des activités syndicales protégées par le droit international et ne peuvent, de ce fait, être invoquées pour arrêter ou placer M. Yoo en détention prolongée » déclare Sharan Burrow, la secrétaire générale de la CSI. « Nous appelons le gouvernement à libérer immédiatement M. Yoo, M. Ahn et toutes les autres personnes qui ont été arrêtées en même temps qu’eux, et à abandonner au plus vite toutes les poursuites ».

 Voir en ligne  : La lettre électronique @ ctualités Europe – International n°21 [PDF]

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