Chômage : une hausse continue qui risque de durer

Emploi par Valérie Forgeront

Avec 5,02 millions de demandeurs d’emploi en mai en métropole, le chômage bat un nouveau triste record.

On comptait 3,388 millions de demandeurs d’emploi sans activité au mois de mai, soit une hausse en un mois de 24 800 personnes (+0,7%) sans aucune activité, a indiqué Pôle emploi le 26 juin dernier. En avril en effet, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité était de 3,364 millions. Il s’était accru de 14 800 personnes par rapport à mars. Pour mai, indique Pôle emploi, le nombre total de demandeurs d’emploi s’élève donc désormais à 5,02 millions. Ces chiffres du chômage « ne sont pas bons », ils sont « le reflet d’une croissance plus faible que prévu », commentait, le 26 juin, le ministère du Travail.

LES RAVAGES DE 2013

Alors que le gouvernement espère que le taux de chômage (9,7% fin 2013) reste sous la barre des 10% en 2014, le pari ne semble donc pas gagné. D’autant moins que le gouvernement s’appuie sur une croissance à 1% du PIB, ce qui est une prévision bien trop optimiste, estime l’Insee. Pour l’institut, la croissance de l’activité en France serait plutôt de l’ordre de 0,7% cette année (après 0,4% en 2012 et 2013), soit un niveau insuffisant pour induire une baisse notable du nombre de demandeurs d’emploi. « La faiblesse de la croissance en France ne permet pas d’anticiper de franche amélioration sur le front de l’emploi », assure ainsi l’Insee. « La légère hausse attendue de l’emploi total proviendrait exclusivement de la montée en charge de l’emploi aidé dans les administrations publiques. Cela ne suffirait pas pour absorber la hausse de la population active, et le taux de chômage augmenterait légèrement d’ici à la fin de l’année, à 10,2% sur l’ensemble de la France. » Les prévisions gouvernementales sont donc mises à mal. Pour l’Insee, 22 000 postes seront détruits dans le secteur marchand cette année. Quant aux 60 000 postes (des emplois aidés principalement) qui devraient être créés dans le secteur non marchand, ils seraient en nombre insuffisant pour éponger l’arrivée sur le marché du travail des nouveaux actifs. La création nette totale de 54 000 emplois en 2014 ne suffirait donc pas à infléchir la courbe du chômage, estime l’institut. Pire, ces maigres créations permettraient tout juste de stabiliser le niveau de chômage à 9,8% en fin d’année pour la métropole, 10,2% avec l’outre-mer. Concrètement, le chômage augmenterait de 0,1% sur 2014 et, au mieux, il se stabiliserait à ce niveau de hausse.

La dynamique des emplois ne serait donc pas au rendez-vous pour 2014, pas plus qu’elle ne l’était en 2013, rappelle l’Insee. En 2013 en effet, alors que 27 millions de personnes occupaient un emploi, (soit 25,4 millions d’emplois en terme d’équivalent temps plein/EQTP), 55 000 emplois (salariés et non salariés) ont été perdus. Ces disparitions d’emplois sont bien sûr « en lien avec le ralentissement de l’activité » économique, précise l’Insee. L’industrie a ainsi perdu 35 000 emplois et sur l’ensemble des branches marchandes, 88 000 emplois EQTP ont ainsi disparu l’an dernier. À lui seul, le secteur de la construction a perdu 23 000 emplois. Depuis 2009, note l’Insee, ce secteur a vu fondre ses effectifs de 3,8%, ce qui équivaut à la perte de 71 000 emplois. Par ailleurs, si le secteur tertiaire non marchand gagne 24 000 emplois en 2013, cela provient principalement des emplois aidés, remarque l’Insee, soulignant par ailleurs le recul des emplois à la personne (-11 000 emplois) générés par les ménages. Enfin, si l’emploi croît dans les administrations publiques, la hausse globale n’est que de 0,1% (soit 8 000 emplois EQTP). Elle fait suite à « quatre années de repli » de l’emploi, dont 34 000 emplois EQTP perdus en 2012.

Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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