En attendant, l’hémorragie industrielle se poursuit

Toute l’actualité par Jamel Azzouz

Le dernier rapport du Conseil national de l’industrie fait état d’une chute vertigineuse des investissements, qui a conduit à la destruction de 62 000 postes de travail. Et ce, en dépit des aides que Bpifrance a commencé à distribuer.

En 2013, les crédits, garanties et autres financements octroyés à l’industrie par Bpifrance ont représenté 3,7 milliards d’euros. Un montant global couvrant environ 10 000 entreprises employant quelque 340 000 salariés. « Ces chiffres peuvent paraître énormes », souligne Éric Keller au nom de la Fédération FO Métaux, avant de les relativiser quelque peu. « Chacun sait, et les dirigeants de la Banque publique d’investissement le savent mieux que quiconque, que la dynamique de l’emploi industriel a un effet d’entraînement plus élevé que nul autre pareil. » Rappelons ici qu’un emploi industriel direct créé induit en règle générale quatre, voire cinq autres emplois indirects. « L’équation est encore plus significative lorsque, malheureusement, les plans sociaux ou les fermetures d’usines se succèdent sur le territoire », ajoute le syndicaliste.

Frilosité de la Banque publique

À cet égard, malgré les 10 milliards d’euros d’aides diverses et variées allouées à l’industrie en 2013 –en comptant notamment le Crédit impôt recherche (CIR) et le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), préfinancés par Bpifrance–, le dernier rapport du Conseil national de l’industrie (mars 2014) est accablant. L’an dernier, il y a eu environ 5 000 dépôts de bilan, 62 000 emplois supprimés, dont plus de 10 000 dans l’automobile et plus de 8 000 dans la métallurgie. En cause, la chute alarmante de l’investissement productif. Celui-ci a en effet chuté de 7% en 2013, après une hausse de 9% en 2012 et un bond de 19% en 2011. Une dégringolade qui s’explique encore par la frilosité des grandes banques à accorder des lignes de crédit, mais aussi par l’attitude de bon nombre de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui se sont concentrées sur la consolidation de leurs fonds propres en réduisant leurs dettes. Pour FO, Bpifrance a été tout aussi frileuse en la matière au vu de sa capacité d’engagement financier (42 milliards d’euros). Le problème, souligne Éric Keller, « est que les choix de la Banque publique de porter ses efforts sur telle entreprise plutôt qu’une autre ou un secteur plutôt qu’un autre semblent s’appuyer sur la doxa financière des banques privées ». Ainsi, précise-t-il, FO Métaux a récemment sollicité en vain les pouvoirs publics pour aider l’entreprise en difficulté Gemalto (cartes à puce). Et dans ce genre de cas, Bpifrance répond que ses priorités vont aux projets d’avenir et d’innovation. Ce qui irrite au plus haut point Éric Keller, sachant que Gemalto est sur un créneau on ne peut plus porteur : la sécurité numérique !

Jamel Azzouz Journaliste

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