Pacte de responsabilité ou marché de dupe ?

Le MEDEF remercie le président pour ses bons vœux

, Mathieu Lapprand

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Après le « choc de compétitivité » mis en œuvre à la suite de son élection, le président de la République réaffirme son tropisme patronal en prônant un « pacte de responsabilité » qui, sous couvert de donnant-donnant, constitue en réalité un cadeau au patronat.

La conférence de presse de rentrée du président de la République, le 14 janvier dernier, a confirmé tant le caractère libéral de la politique économique mise en œuvre par le gouvernement que la poursuite de son idylle avec le patronat. Ce dernier avait multiplié les appels du pied à la suite des vœux présidentiels du 31 décembre dernier, le chef de l’État en appelant déjà à « réduire la dépense publique », d’une part, et proposant d’autre part un « pacte de responsabilité aux entreprises ».

La conférence de presse du 14 janvier n’aura pas déçu le Medef : le pacte proposé repose sur une promesse d’échange qui ressemble fort à un marché de dupes : la baisse des cotisations sociales, via la suppression des cotisations familiales, contre un engagement des entreprises pour « plus d’embauches ». Or si les baisses de cotisations sont chiffrées (35 milliards d’euros pour les cotisations familiales), comme le montant des coupes attendues dans les dépenses publiques (53 milliards d’euros d’ici à 2017), le nombre d’emplois ultérieurement créés relève plus de la prédiction astrologique que de l’analyse économique.

Si le président s’est borné à annoncer un « observatoire des contreparties », et a indiqué que le nombre d’emplois à créer serait renvoyé à des objectifs déterminés par branche, le patronat n’a pas hésité à jouer de l’effet d’annonce. Le Canard enchaîné cite ainsi un membre du bureau du Medef, qui indique : « On a choisi un chiffre qui claque… Il fallait un objectif pour frapper les esprits. » Ce chiffre qui claque c’est le million d’emplois annoncé par Pierre Gattaz. Le patronat est si fier de son coup de communication qu’il en a fait un pin’s. Mais quelques jours plus tard, le ministre du Redressement productif a fixé l’objectif à 1,8 million d’emplois. Sauf que ce million ou le 1,8 million d’emplois restent des promesses : aucune contrainte, aucune obligation ni engagement ne seront fixés aux employeurs et Pierre Gattaz a pris soin de préciser que le million d’emplois annoncé n’était qu’un objectif et qu’aucune obligation de résultat ne saurait lui être imposée…

UNE LOGIQUE DE DUMPING SOCIAL

De son côté, le Secrétaire général de FO s’est déclaré, sur RFI, « plus que sceptique » vis-à-vis de ce pacte. « On est dans une logique d’allégement du coût du travail. Or le travail ne représente que 25% du coût global de production, mais là tout est focalisé sur le coût du travail. Il s’agit donc d’une logique dangereuse car c’est une logique de dumping social », a-t-il précisé.

Alors que les revendications syndicales portant sur les salaires, la protection sociale et les services publics sont ignorées par le gouvernement, que 5,5 millions de chômeurs cherchent un emploi, le président poursuit la politique de son prédécesseur et offre une panoplie de mesures cadeaux au patronat. Au lieu de se doter des moyens d’une relance économique, le gouvernement préfère donc, en ce début 2014, jouer à un nouveau « pile ou face » avec le Medef. Dans le match « politique de relance contre mesures d’austérité », les règles rappellent un autre sport dans lequel on joue à onze, mais c’est l’austérité qui gagne toujours à la fin.

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