À lire en attendant le peloton

Le Tour des livres par Baptiste Bouthier

Le cyclisme est l’un des sports qui a, de tout temps, le plus inspiré la littérature. Petit tour d’horizon des nouveautés de cette année, à lire au bord de la route du Tour.

PHILOSOPHER EN PÉDALANT

« À quoi pensez-vous tout ce temps ? » Cette question, Bernard Chambaz l’a souvent entendue. Cet agrégé d’histoire, ex-professeur à Louis-le- Grand, est un cyclotouriste averti : il a réalisé en solo, et bien sûr comme amateur, un Tour de France, un Tour d’Italie et un Tour d’Espagne, mais aussi une traversée est-ouest des États-Unis. Soit un bon paquet d’heures seul face au bitume, seul avec soi-même... C’est sans doute là que lui est venue l’idée de ce petit bouquin facile à lire, Petite philosophie du vélo, une soixantaine de petites entrées d’une page ou deux, de « Passion » à « Arithmétique », en passant par « Amitié », « Vieillir » et « Esthétique » … « Certains peuvent penser que l’on perd son temps à vélo même si c’est du temps libre, écrit-il dans le chapitre « Temps ». Mais ce temps perdu, le temps passé sur le vélo, non pas les heures et les heures dites de selle qui seraient plutôt des heures de route, n’est pas plus perdu que le pain perdu ; c’est du temps recyclé, enrichi par la quantité innombrable de secondes passées à pédaler. »

❑ Petite philosophie du vélo, de Bernard Chambaz, Flammarion, 6 euros.


LE SYSTÈME ARMSTRONG DÉCORTIQUÉ

Les aveux de Lance Armstrong, début 2013, ont fait couler beaucoup d’encre. Mais avez vous bien tout suivi ? Dans Lance Armstrong, itinéraire d’un salaud, Reed Albergotti et Vanessa O’Connell, journalistes au Wall Street Journal, dans lequel ils ont sorti bon nombre d’informations sur l’ex-septuple vainqueur du Tour de France, retracent à la façon d’un thriller l’histoire de l’Américain, de ses victoires à son come-back raté en passant par ses magouilles, son entourage, et l’enquête qui a finalement eu raison de lui. Un livre bien documenté et qui a le mérite de faire un point quasi exhaustif sur ce que l’on sait aujourd’hui du système qu’avait mis en place Armstrong pour écraser de sa puissance le Tour pendant sept ans – et dont il reste, aujourd’hui encore, beaucoup à savoir.

❑ Lance Armstrong, itinéraire d’un salaud, de Reed Albergotti et Vanessa O’Connell, Hugo Sport, 19,95 euros.


LE BON VIEUX TEMPS DES ÉQUIPES NATIONALES...

Pour certains, c’est l’heure de gloire du Tour de France. C’est d’ailleurs le postulat de départ de ce livre. Dans Le Tour de France à l’heure nationale, 1930- 1968, Fabien Conord revient sur cette période où la Grande Boucle a considérablement élargi son audience alors qu’elle se disputait par équipes nationales, et non de marques comme aujourd’hui. L’auteur, agrégé d’histoire et enseignant à l’université de Clermont- Ferrand, revient à la fois sur les raisons qui avaient amené les organisateurs à passer aux équipes nationales, et sur les conséquences qui s’en sont suivies : une révolution culturelle pour la course, des rivalités exacerbées entre les pays, mais aussi la particularité des équipes régionales et enfin le débat « pour ou contre 32 les équipes nationales », qui ne s’éteint jamais complètement tout au long de ces années... Plus novateur, Fabien Conord analyse aussi assez longuement la dimension politique de ce système : comment la droite, les socialistes ou les communistes ont utilisé, honni ou applaudi, et parfois même les trois, ces équipes nationales.

❑ Le Tour de France à l’heure nationale, 1930-1968, de Fabien Conord, PUF, 23 euros.

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