L’Éditorial de Jean-Claude Mailly

Le pacte républicain mis à mal par le pacte de responsabilité

, Jean-Claude Mailly

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14,6 milliards d’euros : c’est le montant des recettes fiscales qui ont manqué en 2013 par rapport aux prévisions gouvernementales.

On peut certes y voir des prévisions jugées trop optimistes et démenties par les faits.

Mais les moindres rentrées au titre de l’impôt sur le revenu, de l’impôt sur les sociétés et de la TVA sont avant tout le reflet d’une croissance molle, elle-même due à la politique d’austérité suivie.

Croissance faible, chômage en hausse, paupérisation, inégalités, pouvoir d’achat en berne : tel est le cocktail détonant qui explique en grande partie les résultats des élections politiques, dont les européennes dans la plupart des pays, France comprise bien entendu.

Si nous en sommes conscients, si nous expliquons depuis plusieurs années que l’austérité est suicidaire socialement, économiquement et démocratiquement, ce n’est pas parce que nous sommes devins. Nous connaissons l’Histoire, nous sommes au contact direct des travailleurs, nous alertons et nous combattons cette logique politiquement mortifère.

Si nous le savons, d’autres le savent et la question qu’il faut se poser c’est : pourquoi ne changent-ils pas de politique économique et sociale ?

Mais encore :

  • - Pourquoi, par les réductions de dépenses, abîment-ils le service public républicain ?
  • - Pourquoi brident-ils le Smic et le point d’indice dans les fonctions publiques, préférant des contorsions dangereuses de réduction des cotisations sociales ?
  • - Pourquoi focalisent-ils sur la compétitivité par la réduction du coût du travail ?
  • - Pourquoi vantent-ils la flexibilité et, cela vient de sortir, la remise en cause des seuils sociaux pour les délégués du personnel, le comité d’entreprise et le CHSCT ?
  • - Pourquoi ont-ils renoncé à une grande réforme fiscale basée sur la justice et l’équité ?
  • - Pourquoi laissent-ils de plus en plus de demandeurs d’emploi basculer dans les minima sociaux et renoncent-ils à remettre en place l’AER (allocation équivalent retraite) ?
  • - Pourquoi reculent-ils dans les faits l’âge de la retraite en obligeant le quarantenaire d’aujourd’hui à devoir travailler quarante-trois ans ?

Cette liste de questions n’est, bien entendu, pas close.

Partout dans le monde les travailleurs et leurs organisations syndicales se battent contre l’austérité, comme l’a montré le récent congrès de la Confédération syndicale internationale (CSI), auquel nous avons participé.

Alors nous ne baisserons pas la tête et nous continuerons à porter haut et fort nos revendications.

Il en va aussi du pacte républicain, mis à mal par le pacte dit de responsabilité.

Nous ne servirons pas de caution aux thuriféraires du capitalisme libéral.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Jean-Claude Mailly

Secrétaire général de FO


Marche générale de l’Organisation - Expression publique - Relations avec les Fédérations Nationales et les Unions Départementales - CSI/CES


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Éphéméride

18 janvier 1803

Mort de Sylvain Maréchal
Fils d’un marchand de vin, Pierre-Sylvain Maréchal suit des études de droit et devient avocat à Paris. A l’âge de 20 ans il publie Bergeries, un recueil d’idylles, dont le succès lui vaut d’obtenir un emploi de sous-bibliothécaire au collège Mazarin dont il retirera une grande érudition. Admirateur de (...)

Fils d’un marchand de vin, Pierre-Sylvain Maréchal suit des études de droit et devient avocat à Paris. A l’âge de 20 ans il publie Bergeries, un recueil d’idylles, dont le succès lui vaut d’obtenir un emploi de sous-bibliothécaire au collège Mazarin dont il retirera une grande érudition. Admirateur de Rousseau, Voltaire, Helvétius, Diderot, il fréquente un cercle d’auteurs incroyants et développe une philosophie basée sur un socialisme agraire où les biens seraient mis en commun. Ses critiques du pouvoir absolu (Livre échappé du déluge, 1784) et son athéisme lui font perdre son emploi. Sylvain Maréchal est alors obligé de vivre modestement de ses oeuvres littéraires. Il est condamné à quatre mois de prison pour son Almanach des Honnêtes Gens (1788) où il substitue aux saints, des personnages célèbres, annonçant ainsi le futur calendrier révolutionnaire.
Sylvain Maréchal s’enthousiasme pour la Révolution française et défend les pauvres, tout en se montrant un adversaire de l’autoritarisme. Son article de février 1791, « Des pauvres et des riches », où il évoque « dans toute son ampleur le problème social qu’il n’avait abordé jusqu’ici que sous une forme sentimentale et morale » (Dommanget) s’inscrit dans la lutte entre royalistes et républicains. Dans la lutte entre Girondins et Jacobins, il ne prend partie pour l’un ni l’autre. Il montre son scepticisme sur le cours pris par la révolution dans son livre Correctif à la Révolution. Après la chute de Robespierre, il s’approche des Conjurés de Babeuf et rédige le Manifeste des Égaux, où il montre les hommes dupés par les belles paroles des politiciens ambitieux, les nouveaux tyrans assis à la place des anciens : « Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvres, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés ». C’est à cause de cette phrase que le Comité directoire secret des Conjurés refuse de publier le manifeste. Le manifeste prône encore une fois la communauté des biens, c’est-à-dire la terre. Son originalité réside, selon Dommanget, dans « la double réunion du principe révolutionnaire et de l’idée communiste au mouvement de la masse laborieuse ». Ses écrits n’étant pas signés, Maréchal échappe aux poursuites judiciaires contre les Conjurés, et continue de publier jusqu’à sa mort survenue le 18 janvier 1803.