Le salaire minimum pour lutter contre les inégalités

La lettre électronique @ ctualités Europe – International n°20 par Secteur Europe - International

A l’heure où de nombreux travailleurs dans le monde voient leurs emplois supprimés, leurs salaires gelés ou baissés, ou bien travaillent de longues heures pour un salaire ne leur permettant pas de vivre décemment, la question du salaire minimum prend de l’ampleur au niveau international. Alors que la crise fait des ravages, le salaire minimum est un moyen pour réduire les inégalités.

L’OIT traitera de la question des salaires minima lors de la prochaine conférence internationale du travail (CIT) en juin à Genève. Lors de la création de l’OIT en 1919, seuls quelques pays avaient fixé des salaires minima, qui ne couvraient pas l’ensemble des travailleurs : la France, l’Australie, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. Plusieurs normes et déclarations de l’organisation font référence au salaire minimum. Dès 1931, Albert Thomas, le premier Directeur Général du Bureau International du Travail, exprimait déjà devant la CIT de sérieux doutes quant à la validité des réponses à la Grande Dépression fondées sur les bas salaires.

Dans son étude d’ensemble sur les systèmes de salaires minima, l’OIT constate « un regain d’intérêt pour la question au début des années 2000, après deux décennies de désaffection pour la politique du salaire minimum en tant qu’outil pour la protection sociale et la réduction de la pauvreté ». Les raisons de cet accroissement ? « L’accroissement du nombre de travailleurs vulnérables, le creusement des inégalités de revenus, les craintes d’érosion du pouvoir d’achat des salaires en raison des tendances inflationnistes ». La convention 131 sur les salaires minima a enregistré ainsi onze nouvelles ratifications depuis 2000. En 2009, le Pacte mondial pour l’emploi adopté par la CIT mentionne les salaires minima comme l’un des moyens de répondre à la crise économique internationale.

L’étude insiste pour que tous les travailleurs soient couverts, y compris dans le secteur informel, qui a explosé depuis 2008, plaçant de nombreux travailleurs dans la précarité et dans une grande vulnérabilité. Elle insiste également sur le principe de « salaire égal à travail égal », sur la nécessité d’informer ET de consulter les partenaires sociaux de façon effective dans les discussions sur le salaire minimum, recommande l’ajustement régulier des taux de salaires minima ainsi que le contrôle de son application par les corps d’inspection du travail.

L’OIT remarque également que la croissance des salaires réels est inférieure à celle des gains de productivité depuis le début des années 1980.

Des manifestations de salariés revendiquant une augmentation du salaire minimum sont parfois encore réprimées durement, voire dans le sang, comme au Cambodge en janvier dernier où les travailleurs du secteur textile demandaient une augmentation du salaire minimum de 80 $ - le salaire minimum actuel étant fixé à 80 $ par mois (voir lettre électronique numéro 19).

Plusieurs pays souhaitent mettre en place un salaire minimum. C’est le cas de l’Allemagne par exemple, elle aussi touchée par les formes précaires et atypiques d’emploi et les inégalités, conséquence des réformes Hartz au début des années 2000.

Les syndicats du monde sont unis sur trois fronts : la mise en place d’un salaire minimum dans les pays où il n’existe pas, son augmentation là où il existe ainsi que son universalité d’accès. Sans cela, la Confédération Syndicale Internationale estime que la cohésion sociale et la stabilité politique sont menacées. La CSI, qui réunira son congrès du 18 au 23 mai prochain à Berlin, aura parmi ses thématiques centrales la question du salaire. FO sera présente lors de la conférence internationale du travail à Genève et prendra part aux discussions afin de faire avancer les revendications et les droits des salariés en matière de salaire minimum, entre autres. Une délégation de FO menée par Jean-Claude Mailly sera également présente au congrès de la CSI.

P.-S.

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