Onéreuses prestations : consultants et SSII, seuls gagnants de la RGPP et de la MAP

Modernisation de l’Action Publique par Mathieu Lapprand

Les décisions qui sont arrêtées dans le cadre de la RGPP ou, plus récemment, de la MAP sont issues d’audits menés par des cabinets spécialisés tels qu’Accenture, Capgemini, Ernst & Young, McKinsey ou encore le Boston Consulting Group. Les dépenses des ministères en cabinets de consultants ont explosé ces dernières années. Dans le livre noir de la RGPP, FO estimait ces dépenses à quelque 950 millions d’euros entre 2007 et 2010.

Fin janvier, Mediapart a publié la réponse à l’appel d’offres du marché, proposé par l’État en 2010, d’assistance à la mise en œuvre opérationnelle du programme de la RGPP. Cette réponse émanait du cabinet McKinsey et prévoyait déjà de faire baisser les dépenses publiques de 50 milliards d’euros en trois ans…, soit le même projet que celui que le chef de l’État a annoncé lors de ses vœux quatre ans plus tard : 50 milliards de coupes d’ici à 2017.

Le cabinet McKinsey est comme un poisson dans l’eau avec la mise en œuvre de la réforme de l’État. La Direction générale de la modernisation de l’État (DGME) pilotait, sous Nicolas Sarkozy, la RGPP depuis Bercy. Éric Woerth, alors ministre du Budget, avait fait appel à François-Daniel Migeon, un ancien directeur de projet, puis partenaire associé de ce cabinet, pour prendre la tête de cette structure. Le même McKinsey, moins d’un mois avant cette nomination surprise, avait été retenu, avec Accenture, pour accompagner la DGME…L’accompagnement par ce type de cabinet est particulièrement onéreux, les consultants facturant, en fonction de leur expérience, entre 1 500 euros et 3 000 euros la journée. Un rapport parlementaire de 2011 signale que McKinsey fut, entre 2006 et 2011, le cabinet le plus engagé dans la RGPP et qu’il a perçu, avec Accenture, près de 39 millions d’euros d’honoraires sur cette période.

Si quelques semaines après l’élection de François Hollande le patron de la DGME a quitté ses fonctions, le cabinet dont il était issu n’a pas lâché pour autant le juteux marché de la réforme de l’État. Comme pour ses concurrents, les contrats de McKinsey ont été reconduits.

3 000 EUROS : LE PRIX D’UNE JOURNÉE DE MAUVAIS CONSEILS

Mais quand les solutions préconisées par ces cabinets doivent être mises en œuvre, les bienfaits paraissent bien minces. Dans l’Éducation nationale, le projet Sirhen (Système informatique des ressources humaines de l’Éducation nationale) est un coûteux exemple d’externalisation ratée, mise en œuvre dans le cadre de la réforme de l’État. Le recours quasi automatique à des prestataires extérieurs (Capgemini, IBM, Steria…) pour ce projet a réduit les compétences des administrations et ruiné le contribuable. Le projet a été lancé en 2007, au départ pour cinq ans et à un tarif de 22 millions d’euros. Il aura finalement coûté 200 millions d’euros. Précisons que Sirhen ne fonctionne toujours pas correctement dans les rectorats où il est implanté… l’ancien système devant être maintenu parallèlement.

Mathieu Lapprand Journaliste à L’inFO militante

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