L’incidence de l’IA sur l’emploi n’est pas qu’un débat d’économistes. La direction du groupe de presse Infopro digital (L’Usine Nouvelle, LSA, Le Moniteur, L’Argus de l’assurance, La Gazette des communes, etc.) a annoncé la suppression des 19 postes de secrétaires de rédaction au profit d’une intelligence artificielle (IA). Le secrétaire de rédaction corrige, vérifie et met en forme les articles.
La direction propose des reclassements pour seulement 12 d’entre eux dont cinq créations de postes de chefs d’édition. Sept autres se voient proposer des postes de rédacteurs, d’iconographes, de journaliste vidéo et de chef de service maquette. Sept sont sans solution.
Cette annonce de la direction a été suivie, quelques jours plus tard, par l’ouverture d’un plan de sauvegarde de l’emploi puis ensuite, et seulement à ce moment-là, d’une première démonstration du fonctionnement intelligence artificielle.
Technologie « bancale »...
Jérôme Ribault, délégué du syndicat national de la presse, de l’édition et de la publicité (SNPEP-FO), y a assisté : L’article brut est déposé dans l’IA, qui traite la typographie, l’orthographe, propose une réécriture et vérifie les faits. La vérification des faits consiste simplement à les mettre en exergue, même quand ces faits sont anciens. La réécriture s’est traduite par un rallongement de l’article. L’outil est toujours en cours de test. Un numéro zéro sera réalisé en juin
.
Le PSE est donc lancé avant même que les tests soient terminés. Les secrétaires de rédaction étant indispensables car nos lecteurs sont exigeants et paient un abonnement onéreux pour nos journaux
, Jérôme Ribault craint, s’ils sont remplacés par un outil bancal
, une baisse de la qualité des articles.
… introduite sans consultation
La technologie a été élaborée sans concertation. Arguant d’une recherche d’efficacité, la direction a fait tester l’IA sur des dizaines d’articles par une équipe réduite ne comportant aucun journaliste
, rapporte Jérôme Ribault. Les représentants du personnel n’ont pas non plus été consultés avant les tests. Nous avions entendu dire qu’une IA était mise en place. A nos demandes de consultation, la direction répondait qu’il ne s’agissait que d’un Word amélioré
, rapporte le délégué FO. Les représentants du personnel ont dû aller en justice pour obtenir confirmation, par un arrêt de la cour d’appel de Paris du 21 mai 2026, que cette IA est bien une nouvelle technologie dont l’incidence sur les conditions de travail justifiait une consultation du CSE. Les rédactions ne sont pas opposées par principe à l’IA,
.
Mobilisation
En réponse à l’annonce de la direction, les salariés d’Infopro ont fait grève les 6 et 7 mai à l’appel des syndicats, dont FO. Ils ont également voté une motion de défiance à l’égard de la direction. Leur mobilisation a par ailleurs aussi trouvé des soutiens politiques.
Le comité social et économique a jusqu’au 15 juillet pour se prononcer sur le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Infopro, qui affichait en 2024 un chiffre d’affaires de 141 millions d’euros, avec une marge de 27%, ne peut pas faire valoir un motif économique. La direction prétexte le contexte de la presse en général
, explique Jérôme Ribault. Les effectifs d’Infopro sont passés de 500 à moins de 300 salariés en 13 ans.
