Action sociale : les salariés entrent en résistance

Entre Militants par Françoise Lambert, journaliste L’inFO militante


Françoise Lambert / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0 (https://www.flickr.com/photos/force-ouvriere)

La Fédération FO de l’Action sociale a réuni plus de deux cents délégués syndicaux à Paris mardi 27 octobre pour des « États généraux des salariés en résistance ».

Ces représentants des salariés des secteurs social et médico-social sont venus témoigner de la dégradation sans précédent des conditions de travail dans leurs branches professionnelles. Ils ont dénoncé le blocage des salaires, le manque des moyens humains et financiers et la baisse de la qualité de prise en charge des personnes accompagnées. Dans une motion adoptée à l’unanimité, ils ont décidé de « mener une campagne d’information et de mobilisation » auprès de leurs collègues afin de préparer, « dans l’unité la plus large possible », « une initiative nationale d’ampleur ».

Parmi les trente-cinq interventions à la tribune, de nombreux délégués ont fait état de conditions de travail de plus en plus difficiles, comme Sabine [1], auxiliaire de vie depuis une vingtaine d’années. Salariées au sein d’une association d’aide à domicile du département du Nord, elle et ses collègues sont notamment confrontées à des surcharges de travail importantes. « Nous devons régulièrement bâcler nos missions pour terminer dans les délais », a-t-elle indiqué. « Nous ne disposons en général que de 30 minutes pour effectuer une toilette complète, faire le lit, le petit déjeuner, remplir le cahier de liaison, et ce, quel que soit le degré d’autonomie de l’usager, alors qu’il nous faudrait presque une heure. »

Dégradation des conditions de travail

Le gel des salaires depuis 2010 a aussi largement été dénoncé par les intervenants. « Dans nos secteurs à financement public qui emploient des salariés de droit privé, nous sommes sur une perte de pouvoir d’achat de l’ordre de 16 % », a souligné Pascal Corbex, secrétaire général de la Fédération FO de l’Action sociale. « Les négociations salariales se font dans le cadre d’enveloppes fermées et les accords sont soumis à un agrément ministériel », explique-t-il.

L’ouverture à la concurrence – comme dans le secteur de l’aide à domicile et de la petite enfance – et l’insuffisance des moyens alloués aux établissements conduisent aussi les employeurs à remettre en cause des conventions collectives qui seraient trop avantageuses pour les salariés. La convention collective de 1951, qui couvre les salariés du secteur médico-social, a ainsi été dénoncée par la fédération patronale du secteur, la FEHAP, et des pressions s’exercent désormais sur la convention collective de 1966, dont dépendent les salariés du secteur social.

Les réductions de budgets conduisent en outre à des fermetures de services et d’établissements, ainsi qu’à une importante augmentation des fusions-absorptions. Pascal Fanjat, délégué FO dans un institut médico-pédagogique de Haute-Savoie, est justement venu témoigner du combat mené par son syndicat pour maintenir une partie des acquis des salariés dans le cadre d’une fusion-absorption de son établissement au sein de l’Association départementale des pupilles de l’enseignement public 74, qui impliquait un passage vers une convention collective moins avantageuse.

Les délégués FO ont de surcroît rappelé leur opposition à la « refonte » des diplômes envisagée par le gouvernement. Pour dire non à la déqualification de leurs métiers.

Notes

[1Le nom a été changé à la demande du témoin.