Action syndicale : l’exercice se complique

Emploi et Salaires par Clarisse Josselin

© Pascal SITTLER/REA

Aurore Misuraca est hôtesse d’accueil, déléguée FO et RSS au Conforama de Châtellerault, magasin condamné par le groupe Steinhoff. Le 22 octobre, elle a courageusement fait grève, toute seule, pour dénoncer les conditions du PSE. Je n’ai même pas réfléchi. J’étais seule devant la porte mais on était des milliers mobilisés dans toute la France. Je ne veux pas crever dans le silence et je me bagarre pour tous mes collègues. Pour les élections CSE, elle se félicite des 90 % de participation au premier tour dans son magasin.

Elle ne participe pas directement aux négociations mais suit les avancées quotidiennement. Rien n’est encore acté, mais grâce à la mobilisation les propositions ont été revues à la hausse, même si ce n’est pas encore assez, souligne-t-elle. Elle espère une possibilité de mobilité interne chez Conforama, où elle travaille depuis huit ans.

Chez Conforama, FO a dénoncé des conditions de négociation épouvantables. La direction, s’appuyant sur de récentes lois antisociales, a imposé une fin de négociation aux IRP le 28 novembre 2019. Impossible de négocier un PSE si important dans des délais si brefs, pour la fédération FEC-FO. D’autant que les élus ont dû gérer en parallèle la campagne électorale pour les élections CSE du 12 novembre et 5 décembre.

Le rôle des syndicats est compliqué car les nouvelles lois ne laissent pas trop de moyens d’action, reconnaît Gérald Gautier, secrétaire de la section commerce à la FEC-FO. La direction peut agir unilatéralement même sans accord. Et en cas de licenciement économique, le périmètre d’appréciation est limité à l’échelle nationale. Gérald Gautier pointe aussi les effets de la mise en place des CSE avec une concentration des moyens sur moins d’élus, qui se retrouvent surchargés.

FO progresse chez Leclerc

Plus globalement, il constate la dégradation des échanges avec la direction et une stigmatisation des syndicats. Dès qu’un délégué est un peu trop au fait des procédures, il devient une personne à abattre, dénonce-t-il. C’est ce qui s’est passé pour Nadia Ferrante chez Happychic, on a essayé de l’écarter. Et il n’y a pas de réelle protection dans la loi, sauf contre le licenciement. Le délégué subit une pression monumentale. Cela me fait penser au lanceur d’alerte.

FO est le premier syndicat dans la branche de la grande distribution. Le dialogue social est plus élaboré dans les entreprises intégrées comme Carrefour ou Casino, où la culture des ressources humaines permet de créer un progrès social, explique Carole Desiano, secrétaire fédérale chargée de la grande distribution à la FGTA-FO. C’est très difficile à faire avec les indépendants, où chaque patron a sa vision des choses. Néanmoins, il y a de plus en plus d’équipes FO chez Leclerc. Le syndicat est aussi le seul implanté au siège, qui compte 900 salariés. Avec la loi Travail et les accords majoritaires, même les indépendants ont intérêt à avoir des syndicats pour négocier, poursuit-elle. Et nous, nous cherchons à négocier le meilleur accord possible. Le salarié qui n’est pas organisé ni syndiqué devient une variable d’ajustement. D’où la nécessité de monter des structures.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

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