Air France : 80% du personnel passe en « activité partielle »

L’inFO militante / Air France par Elie Hiesse

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19
Laurent GRANDGUILLOT/REA

La quasi-totalité des 45.000 salariés de la compagnie aérienne commenceront, lundi 23 mars, une période d’« activité partielle », prévue pour une durée maximale de six mois. A cette date, Air France ne devrait plus opérer que 10% de ses vols.

Face à la crise sans précédent du coronavirus, Air France réduit chaque jour un peu plus ses vols dans le monde et en France. La compagnie, qui avait déjà diminué de 55% son programme de vols mercredi 18 mars, a prévu une décroissance de 90% de son activité à la date du lundi 23 mars. Inédite, cette réduction de capacité va s’accompagner de la mise au chômage partiel (appelé aujourd’hui « activité partielle ») de 80% des 45.000 salariés. Après l’annonce faite en début de semaine en CSE-C (Comité social et économique central), les modalités de mise en œuvre ont été précisées ce matin dans tous les CSE d’établissement.

Ce chômage technique concerne tous les personnels, opérationnels et des fonctions supports, qui subissent une baisse d’activité : seuls les employés affectés à des fonctions dites « fonctions vitales » ne seront pas concernés par la mesure. Néanmoins, la demande de « recours à l’activité partielle » auprès des services de l’État a été déposée pour l’ensemble des salariés.

Elle porte sur une durée maximale de six mois. Ce qui ne présage de rien. « Cette période de six mois est la règle dans ce genre de procédure, et non pas la durée forcément envisagée », précise Christophe Mallogi, secrétaire général du syndicat FO Air France.

« Chaque jour, la boule au ventre »

Pendant ces six mois, Air France prévoit un taux d’inactivité « moyen » de 50%. Car il sera modulé au fur et à mesure de l’évolution de l’activité. Dans le détail, la compagnie aérienne a annoncé un taux d’inactivité de 80% les trois premiers mois (soit jusqu’à la fin juin) et de 20% les trois derniers mois (soit jusqu’à la fin septembre).

Mais ces chiffres sont également des moyennes, qui recouvrent des aménagements différents selon les secteurs d’activité. Lundi, les agents chargés de la maintenance des équipements ne seront pas en chômage partiel à 80% mais à 50% ; ceux s’occupant de la maintenance des moteurs seront en chômage partiel à 40%… « La quasi-totalité du personnel au sol, qu’ils soient opérationnels, dans les fonctions « support » ou les agences, débuteront avec un taux d’inactivité de 80% », commente Christophe Mallogi, qui parle d’un « grand soulagement » parmi les salariés.

« Absence de masque, des gants en nombre insuffisant… Enormément de salariés, parmi ceux qui ne peuvent télé-travailler, viennent chaque jour la boule au ventre. Ils estiment être les « sacrifiés » de la compagnie. Dans les aéroports, il est difficile de respecter le mètre de distance nécessaire, ne serait-ce que lorsqu’il faut contrôler la pièce d’identité d’un passager », appuie le militant FO.

Vers la création d’un fonds d’aide supplémentaire ?

Pendant ces six mois, les salariés en « activité partielle » percevront, pour chaque heure chômée, une indemnité horaire correspondant à 70% de la rémunération brute (l’équivalent de 84% du salaire net horaire). D’ores et déjà, la direction a fermé la porte à toute négociation sur un éventuel complément salarial pour réduire les pertes de rémunération. Mais suite à la demande formulée par plusieurs syndicats dont FO d’accorder une attention particulièrement aux plus bas salaires et aux situations des personnes économiquement fragiles, elle pourrait envisager la création d’un fond d’aide supplémentaire. « Pour l’instant, il n’y a encore aucune annonce officielle », déplore Christophe Mallogi.

Chose certaine, la situation n’aura pas d’impact sur les augmentations générales : elles sont maintenues. Par contre, le versement des augmentations individuelles (AI) sera reporté, après réunion des organisations signataires de l’accord sur le sujet.

Les navigants en attente d’une disposition légale

Avec la réduction attendue des capacités d’Air France de 90% dès lundi, la très grande partie des personnels navigants va également passer en « activité partielle ». Mais en pratique, pas légalement. « Il n’existe pas de texte régissant le chômage partiel des personnels navigants. Les services de l’État et la Direction générale de l’aviation civile sont en train de le construire. Il devrait pouvoir s’appliquer début avril », espère David Lanfranchi, président du syndicat national du personnel navigant commercial (SNPNC) FO.

Payés à l’heure de vol, les personnels navigants – hôtesses, stewards, pilotes - ont un système de décompte du temps de travail particulier. Celui-ci relève du Code des transports et de l’aviation civile, et n’a pas d’équivalence dans le Code du travail. En attendant que cette disposition légale sur l’activité partielle se concrétise, les personnels navigants subissent donc une baisse de rémunération liée à la diminution du nombre d’heures de vol, et se retrouvent au « salaire minimum garanti ».

Dans cette crise sans précédent, Air France a assuré qu’il n’y aurait pas de licenciements secs. Rappelons que sa compagnie-sœur KLM a déjà annoncé la suppression de 1.500 à 2.000 postes, à commencer par ceux des salariés à temps partiels ou qui sont proches de la retraite.

Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

Tous les articles du dossier

AFPA : les salariés plus que jamais mobilisés

Communiqué de FO par Nathalie Homand

L’AFPA (Agence pour le Formation Professionnelle des Adultes) joue un rôle primordial pour les stagiaires qu’elle accueille. Elle permet à de nombreuses personnes en grande précarité de retrouver du travail. Depuis le 17 mars 2020, tous les salariés de l’AFPA sont confinés mais en télétravail, ils assurent toutes les missions qui leurs sont déléguées et/ou attribuées.

Nonobstant la crise sanitaire et le confinement des personnes, les revendications de l’UCR-FO demeurent !

Déclaration de l’UCR-FO par Didier Hotte, Michel Beaugas, Union Confédérale des Retraités-FO

Dans le contexte créé par la crise sanitaire grave à laquelle toute la population est confrontée, le bureau national de l’Union Confédérale des Retraités–Force Ouvrière réuni le 25 mars 2020 par téléconférence, déclare que les retraités de l’UCR-FO ne sont pas résignés et continuent à agir pour la satisfaction des revendications des retraité-e-s et des personnels soignants qui en ont la charge.

Outre-mer : focus sur La Réunion et Mayotte

Coronavirus / Covid19 par  Michel Pourcelot

Dans les Outre-mer depuis l’apparition du Covid-19, au moins 769 cas avérés ont été dénombrés dans huit territoires, au 31 mars. Six décès ont été déplorés en Guadeloupe, trois en Martinique, deux morts à Saint-Martin et un autre à Mayotte. La pauvreté, le sous-équipement des services de santé et le manque de matériel de protection contre le virus constituent un cocktail éminemment dangereux a dénoncé FO.