Air France : le soutien de l’État n’enlève pas les inquiétudes

InFO militante par  Valérie Forgeront

Laurent GRANDGUILLOT/REA

Dire que le secteur aérien est dans la tourmente est un doux euphémisme. Depuis la pandémie, le trafic aérien mondial s’est écroulé, reculant de près de 70% l’an dernier. Et l’association internationale du transport aérien estime déjà que cette année le trafic sera réduit au tiers de ce qu’il était en 2019. Les compagnies et leurs salariés sont donc à la peine et Air France qui certes a reçu le soutien de l’État, n’échappe pas à cette situation.

Lors des NAO (négociation salariale annuelle) ouvertes fin mars et qui s’étirent jusqu’à la fin avril, la direction a présenté les chiffres traduisant les difficultés économiques. Le résultat d’exploitation est en baisse de 3,4 milliards, le résultat net est de -5,5 milliards d’euros, le chiffre d’affaires est inférieur de 60% à celui de l’an dernier… Les chiffres concernant les effectifs traduisent aussi bien sûr cette situation compliquée. Chez les personnels au sol, les effectifs ont reculé de 3% depuis 2019. Et l’effet de l’activité partielle sur la masse salariale porte le recul à près de 26% par rapport à 2019. Chez les PNC dont les effectifs ont reculé de 9% en deux ans, l’effet de l’activité partielle porte le recul à près de 42%.

Dans le cadre de ces NAO, sur fond de crise, la direction présente des mesures telle l’intégration de la prime de fin d’année au salaire de référence APLD ce qui ferait perdre au salarié 16% de cette prime horaire note le syndicat des navigants commerciaux SNPNC-FO. Si elle maintient la prime uniforme versée en juin ce qui sera une bouffée d’oxygène, pour les plus petits salaires en particulier réagit le syndicat, elle évoque en revanche une réduction des jours de majoration relatifs aux les congés annuels. Le SNPNC- FO prévient qu’il ne signera l’accord NAO que si celui-ci est équilibré et protecteur.

L’État devient actionnaire à près de 30%

Plus largement, si l’État français est venu en soutien à la compagnie, ce qui était attendu et nécessaire indique FO-Air-France, tout n’est pas résolu pour autant. Et début avril, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire n’écartait pas la nécessité de nouvelles aides en fonction de la situation sanitaire.

Après un prêt de 7 sept milliards d’euros en 2020, une recapitalisation du groupe Air France a été acceptée par la commission européenne après des négociations difficiles et qui ont duré plus de six mois entre la France et Bruxelles note un membre du SNPNC-FO siégeant au conseil d’administration de la compagnie.

L’aide, côté français, consiste en un prêt de l’État de trois milliards d’euros qui est converti en capitaux propres et une augmentation de capital à hauteur d’un milliard. Avec ces quatre milliards, l’État passe ainsi sa part actionnaire de 14,3% à près de 30% mais cela ne devrait durer que six ans, cette part devant redescendre ensuite sous les 15%.

Des contreparties qui coûtent cher

Pour l’instant par cette recapitalisation l’avenir proche est assuré indique FO Air France, rappelant toutefois que cette aide fait l’objet de conditions imposées par Bruxelles au nom de la concurrence. La commission impose ainsi des remèdes à la compagnie. Et ce qu’il faut plutôt nommer contreparties, réagit FO-Air France, sont des potions au goût amère. La demande de Bruxelles nous coûte cher financièrement et socialement souligne le syndicat.

Certes si Bruxelles demandait la rétrocession par Air France de vingt-quatre slots sur Paris-Orly, la négociation a permis de limiter la perte de ces créneaux horaires à dix-huit. Mais rappelle FO ces 18 slots sont l’équivalent de trois avions court/moyen courrier et de plusieurs centaines d’emplois en moins pour Air France.

Par ailleurs, s’indigne-t-il encore, parmi les remèdes, l’Europe prescrit aussi la modération salariale. La direction pratiquait hélas déjà cela remarque le syndicat soulignant l’inquiétude globale qui règne chez les salariés.

Un rassemblement sur la base de Toulouse le 9 mai

Adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la lutte contre le dérèglement climatique, la mesure consistant à supprimer certains vols intérieurs lorsqu’une alternative existe par le train et pour des durées de trajets n’excédant pas deux heures trente, pourrait aussi présenter un danger à travers une réduction de voilure ayant des répercussions sur l’emploi.

Par ailleurs, Air France s’engage actuellement dans une restructuration de ses implantations régionales, programmant la fermeture d’ici fin 2021 ou début 2022 de ses trois bases Marseille, Nice et Toulouse, créées il y a dix ans. 329 salariés PNC sont impactés souligne Stéphane Pasqualini représentant le SNPNC-FO à Marseille. Ces personnels qui avaient accepté à l’époque de s’installer dans ces villes de province ignorent pour l’instant le sort qui leur est réservé : une réaffectation sur Paris, un plan de départ… Interpellant la Direction et cherchant aussi à sensibiliser les élus locaux, ces salariés ont organisé fin mars un rassemblement à l’aéroport de Marseille à l’initiative du SNPNC-FO notamment. Le 9 mai, un autre rassemblement est prévu à Toulouse.

 Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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