Emploi et Salaires

Air France : les PNC ne veulent pas de la filiale Boost

, Valérie Forgeront

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Photo : Olivier Cabaret (CC BY-NC-ND 2.0)

En parallèle de la négociation –difficile- de leur accord collectif avec la direction, les personnels navigants d’Air France doivent combattre le projet de création de la filiale à moindre coût, Boost. Cette nouvelle compagnie annoncée pour l’hiver prochain emploierait des personnels PNC aux conditions low cost ce qui créerait les conditions d’un dumping social dans le périmètre d’Air France.

Le projet Boost rimerait-il avec l’injonction « oust » pour les personnels navigants commerciaux d’Air France ? C’est ce que craint le syndicat FO des PNC de la compagnie, le SNPNC-FO dans le cadre du projet de création d’ici l’hiver prochain de cette nouvelle filiale d’Air France. Le projet Boost est lui-même intégré au nouveau plan de compétitivité « Trust together » (confiance ensemble, Ndlr) présenté le 3 novembre dernier par la direction.

En quoi Boost représente-t-il un danger, un ver dans le fruit explique FO ? Pour les PNC d’Air France, Boost mettrait en danger les conditions salariales et de travail des PNC au sein de la compagnie mère. La direction d’Air France conçoit Boost comme une filiale œuvrant sur les longs et moyens courriers et doté –au départ- de dix-huit avions moyen-courrier et dix avions long-courrier. Le projet prévoit notamment une reprise de quelques lignes actuellement déficitaires d’Air France.

Cette compagnie ne serait pas une low cost au plan des prestations offertes aux clients mais elle viserait à obtenir des coûts d’exploitation réduits. Les personnels PNC proviendront d’une filiale de recrutement spécifique aux conditions du marché explique la direction. Les PNC prendraient surtout une part importante dans ces économies.

Pas de CDI en vue

Air France estime ainsi que le recrutement de PNC aux conditions Boost génèrerait 40% d’économies. Dans un premier temps nous étions 30% trop chers et aujourd’hui la direction prétend que nous sommes 40% trop chers pour pouvoir opérer les lignes déficitaires en internes s’exaspère le SNPNC-FO. Les personnels navigants commerciaux (13 600 salariés à Air France) seraient donc non pas issus des rangs d’Air France mais recrutés spécialement et selon des conditions moindres que dans la maison mère.

Les PNC d’Air France sont totalement exclus du projet Boost s’irrite ainsi le SNPNC-FO rappelant les invraisemblances concernant la politique appliquée aux navigants commerciaux d’Air France. Ainsi, dans le cadre de la négociation du nouvel accord collectif d’entreprise, la direction d’Air France demande aux PNC de réaliser 7,5% d’efforts économiques sur cinq ans via notamment une réduction des équipages et des mesures de ralentissement salarial. Selon la direction, cela serait censé compenser l’augmentation annuelle de la masse salariale PNC d’Air France.

La situation de la masse salariale PNC à Air France et ses raisons n’est pas aussi simple rectifie FO. Entre 2012 et 2015, plus de 1132 PNC ont quitté l’entreprise (via notamment le plan Transform, Ndlr) et les départs naturels prévus entre 2017 et 2019 sont estimés à 921 ETP (équivalent temps plein).

Cependant regrette le SNPNC-FO aucune embauche en CDI n’est prévue pour remplacer ces départs alors que les besoins en effectifs supplémentaires pour les prochaines années avoisineront les 1 600 emplois de PNC. Pour compenser les besoins en effectifs, la direction d’Air France a choisi une méthode mettant à l’honneur le recrutement précaire.

PNC précaires aux portes…

Elle compte ainsi faire appel cette année à 350 étudiants dont les contrats équivaudront à 75 ETP, 200 CDD ainsi que 250 personnes en contrat CQP (certification de qualification professionnelle) ce qui équivaudra à 150 ETP.

Remplacer les CDI par des emplois précaires est inédit dans la compagnie relève FO rappelant qu’Air France a bénéficié de 27 millions d’aides du fonds social européen sans compter les 169 millions d’euros dont elle a profité au titre du CICE entre 2013 et 2015.

La direction qui accuse les PNC sous CDI de coûter trop cher semble donc avoir décidé de ne pas renouveler cette population. Or, cette politique de non renouvellement est insensée estime le SNPNC-FO qui apporte les explications techniques.

La structure de la rémunération GVT, le glissement vieillesse technicité marquant l’ancienneté est construite selon le principe que le coût des salaires des plus anciens est compensé par celui des plus jeunes. Cela équilibre la masse salariale. Un PNC nouvel embauché coûte ainsi 45% moins cher qu’un PNC en âge de partir à la retraite indique FO.

Le simple fait de remplacer les départs naturels des plus anciens par des jeunes embauchés (salaire de départ : moins de 1 800 euros bruts, Ndlr) créé mécaniquement une baisse du coût de l’heure de vol de l’ensemble de la population PNC explique encore le syndicat.

La crainte du dumping social

Or, par la décision de la direction d’Air France de ne plus embaucher, la masse salariale du PNC va augmenter inévitablement jusqu’à atteindre un point de rupture où le coût moyen à l’heure de vol deviendra hors norme. L’entreprise choisit d’aggraver le coût du PNC d’Air France souligne le SNPNC-FO. Cette politique menée vis-à-vis des PNC ferait facilement penser à la maxime qui veut tuer son chien l’accuse de la rage.

Les PNC FO s’inquiètent ainsi de la prochaine création de deux populations de navigants commerciaux, l’une coûtant plus cher que l’autre constituée par des précaires qui pourront être basculés vers Boost lors de la création de la filiale. Cette politique virant au dumping social constituerait la meilleure arme pour contraindre les PNC et les syndicats d’Air France à accepter une baisse importante des conditions de travail et de rémunération, le salarié n’ayant plus le choix face au risque de voir son emploi tout simplement remplacé par un salarié deux fois plus rentable.

L’intersyndicale des PNC comptant notamment le SNPNC-FO est bien décidée à combattre la création à travers Boost de deux compagnies juridiquement distinctes. L’intersyndicale a écrit une lettre aux collègues pilotes leur demandant de soutenir la position de refus du découpage de la compagnie.

Conflits majeurs à l’horizon

Les syndicats de pilotes négocient actuellement avec la direction les conditions du plan « Trust together » comprenant Boost. Pour l’instant, la direction a déjà accepté que les pilotes Air France qui voleront dans la flotte Boost conservent les règles, y compris salariales, de la maison mère. L’effort de productivité à l’origine de 15% et qui devait concerner exclusivement les pilotes de Boost sera en fait de 1,5% et réparti sur l’ensemble des pilotes d’Air France.

La direction a fixé au 24 février la date butoir pour la validation ou non du projet par les syndicats. L’option choisie par le syndicat majoritaire chez les pilotes aura un poids essentiel. Selon les règles en vigueur dans la compagnie, sans la signature de ce syndicat, le projet Boost ne pourra être validé.

De leur côté, les PNC à travers leurs syndicats dont le SNPNC-FO interpellent la Direction, l’invitant au dialogue social au risque d’un enchainement inévitable de conflits majeurs dans les jours à venir.