Emploi et Salaires

Air France : les salariés manifestent ce 22 octobre

, Valérie Forgeront

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« Air France A380 F-HPJA » by Joe Ravi. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Commons.

Les salariés d’Air France manifestent ce jour, jeudi 22 octobre, devant l’Assemblée nationale à l’appel de FO et de la plupart des organisations syndicales des personnels au sol et navigants.

Les salariés, qui seront vêtus de leur uniforme d’Air France, demandent le retrait de tout plan de licenciements mais aussi la levée des procédures disciplinaires et des poursuites en justice contre plus d’une vingtaine d’entre eux qui avaient participé à la journée d’action du 5 octobre, au cours de laquelle des membres de la direction ont été bousculés.

« Supprimer des emplois comme on arrache des morceaux de la banquise amène irrémédiablement la montée des eaux » rappelle le syndicat FO d’Air France.

Par le biais de cette métaphore FO fustige les tentatives de criminalisation de l’action syndicale alors qu’il existe des « violences sociales diffuses, sous-jacentes mais ô combien réelles » contre les salariés. « Plusieurs salariés ont exprimé à leur manière, leur désespoir. L’effet de foule a fait le reste. Leur interpellation (le 12 octobre , NDLR), digne des plus grands bandits, a révolté la majorité des collègues qui partage leur quotidien ».

Alors que se tient aujourd’hui un nouveau comité central d’entreprise (CCE) délocalisé pour l’occasion à Paris au lieu de Roissy, les salariés comptent bien demander l’arrêt des projets de suppressions d’emplois annoncés par la Direction, laquelle envisage même d’user des licenciements.

Les salariés appellent l’État à jouer son rôle de premier actionnaire de la Compagnie (avec 17% du capital) ou de « propriétaire moral » en engageant une « politique volontariste de défense du transport aérien français face à la concurrence déloyale ».

1 000 suppressions d’emplois en 2017 ?

Aujourd’hui, ces salariés appartenant à l’une des cinq premières compagnies au monde, contesteront donc dans la rue le projet de suppression d’un prétendu sur effectif portant sur 2 900 emplois d’ici 2017, tel qu’annoncé par la direction le 5 octobre.

Ce nouveau plan de réduction des coûts, dit plan B, a été décidé au lendemain de l’échec des négociations de productivité entre la Direction et les pilotes, contraints depuis par la justice d’appliquer les mesures de réduction de coûts qu’ils avaient refusées dans le cadre du plan Transform 2015.

Alors que ce plan était toujours en cours, la compagnie comptait 63 955 salariés fin 2014.

Le plan B s’accompagnerait lui d’une attrition, c’est-à-dire d’un recul substantiel des activités (fermetures de lignes, retrait d’avions…) long-courrier de la compagnie.

Le 18 octobre dernier, le P-DG du groupe Air-France-KLM, Alexandre de Juniac a annoncé que la compagnie programmait près d’un millier de suppressions d’emplois dès 2016. Pour 2017, estime le P-DG, la poursuite du plan de suppressions d’emplois serait conditionnée aux négociations avec les syndicats concernant les efforts de productivité.

Dans les secteurs (personnels au sol, navigants commerciaux, pilotes) où n’aboutirait pas une négociation sur de nouveaux efforts à réaliser, la Direction menace de lancer des licenciements s’insurge le syndicat FO qui demande la mise en place d’un médiateur.

Plus largement, les organisations syndicales dans l’action ce jour soulignent qu’elles sont les « seules à pouvoir transformer la violence sociale des projets de la direction d’Air France en négociation ».


En toile de fond du conflit Air France….
Le cadre : le plan B se substituerait au plan Perform-2020 qui prévoyait déjà lui aussi de réduire les coûts.
Perform-2020 avait lui-même été précédé du plan Perform 2015, lancé en 2012.
Celui-ci décliné en deux plans de départs volontaires (et dont le dernier est à peine achevé) a supprimé 5 500 emplois en deux ans à Air France.
Désormais, les salariés appellent l’État à jouer son rôle de premier actionnaire de la Compagnie (avec 17% du capital) ou de « propriétaire moral » en engageant une « politique volontariste de défense du transport aérien français face à la concurrence déloyale ».
La fédération FO des transports et services (FEETS-FO) précise les choses. Elle souligne ainsi « la nécessité d’une politique de développement du transport aérien français » basée notamment sur « l’arrêt du dumping social via l’accès des compagnies low cost » ou encore « l’arrêt du soutien aux compagnies Pétrodollars » (celles financées par les pays du Golfe, Ndlr).
Pour les syndicats d’Air France, « l’État régulateur défavorise l’environnement économique dans lequel la compagnie est plongée et arbitre souvent au profit de nos concurrents ».
De son côté, la compagnie –qui bénéficie du crédit d’impôt et compétitivité emploi (CICE)- demande toujours à l’État une baisse des charges sociales et la suppression de la taxe de solidarité sur les billets d’avions (dite taxe Chirac) créée en 2006. Cette taxe induit un surcoût de 70 millions par an estime la Direction d’Air France. Celle-ci peste encore contre des redevances aéroportuaires dues à aéroports de Paris (ADP) et revues cet été à la hausse sur acceptation de l’État actionnaire majoritaire d’ADP.
En marge du conflit actuel à Air France, la FEETS-FO fustige elle la dernière initiative en date du patronat de l’aviation marchande. Initiative qui en dit long sur son état d’esprit. La Fédération nationale de l’aviation marchande (FNAM) vient ainsi de décider qu’elle suspendait sa participation à la négociation pour la création d’une convention collective nationale des pilotes et « par voie de conséquences » souligne FO pour celle concernant les navigants commerciaux.
La FNAM dont Air France est le principal adhérent explique que « n’ayant plus aucun espoir pour améliorer en quoi que ce soit la compétitivité de nos entreprises, c’est à leur disparition progressive que nous allons assister ». Pour la FEETS-FO qui dénonce cette « orientation qui conduirait à la suppression de dizaines de milliers d’emplois dans ce secteur », l’attitude patronale jette le trouble sur sa capacité au « dialogue social ».