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Air France : les salariés ont tranché. C’est non !

, Valérie Forgeront

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© Pascal SITTLER/REA

Les salariés d’Air France ont tranché. Ils n’ont pas cédé au chantage. Ils ont rejeté à 55,44% l’offre salariale de la direction, proposition que les 10 organisations syndicales de la compagnie dont FO avaient précédemment rejetée. Le P-DG d’Air France et du groupe Air France KLM a annoncé ce 4 mai sa démission. Organisée par la direction, cette consultation –sans aucune valeur légale– visait à contourner les dix organisations syndicales, dont FO (pour les navigants commerciaux/PNC et les personnels au sol), qui avaient déjà rejeté cette offre salariale la jugeant bien en deçà des attentes des personnels et qui programmait une modération salariale pour les 3 prochaines années. Les dix organisations, dont FO, sont à l’initiative du mouvement de grève lancé depuis plus de 2 mois. Ce 4 mai marquait d’ailleurs la 13e journée de grève organisée par les trois catégories de personnels (pilotes, PNC et salariés au sol) depuis le 22 février. Deux autres grèves sont prévues les 7 et 8 mai

Air France a dévoilé ce vendredi 4 mai les résultats de la consultation des personnels lancée le 26 avril et portant sur une proposition salariale faite par la direction mais rejetée par dix organisations syndicales de la compagnie dont FO. Ce 4 mai marquait aussi la 13e journée de grève à Air France depuis le 22 février. Une nouvelle fois toutes les catégories de personnels (salariés au sol, navigants commerciaux/PNC et pilotes) participaient à cette action de protestation à l’appel de dix organisations syndicales dont FO (pour les PNC et salariés au sol). Les syndicats ont acté d’ores et déjà deux autres dates de grèves, les 7 et 8 mai.

Depuis plus de deux mois et alors que la direction a annoncé que la compagnie a réalisé de bons résultats financiers sur 2017, les salariés demandent que leurs revendications salariales soient entendues à travers une augmentation générale des salaires pour 2018. Une augmentation qui serait susceptible de rattraper la perte de pouvoir d’achat de 6% due au gel des salaires entre 2012 et 2017. La direction refuse, arguant d’une mise en péril de l’avenir d’Air France au plan de ses comptes et de ses capacités d’investissements, alors même que pour 2017, le groupe Air France-KLM affiche toutefois un bénéfice d’exploitation en hausse de 42% à 1,48 milliard d’euros dont près de 600 millions d’euros pour la partie française.

Cherchant à contourner les syndicats à travers la manœuvre d’une consultation des personnels –laquelle n’a aucune valeur juridique– la direction s’entête à minimiser la revendication salariale et propose un accord salarial trisannuel (2019-2021).

FO s’oppose à un accord triennal de modération salariale

La direction a soumis en effet aux syndicats son « ultime » proposition le 16 avril, soit une augmentation générale des salaires à hauteur de 2% seulement sur 2018. Elle promettait –si la compagnie faisait des bénéfices au cours des trois prochaines années– une augmentation générale de 5% sur trois ans, soit environ 1,65% par an.

Le 20 avril, les syndicats ont rejeté cette proposition qui était loin d’être à la hauteur des attentes des salariés. La direction avait alors fait le choix d’une consultation du personnel. Le P-DG d’Air France (et du groupe Air France-KLM), M. Jean-Marc Janaillac avait annoncé par ailleurs qu’en cas de rejet de la proposition salariale lors de la consultation, il démissionnerait. C’est fait !

Pour les syndicats, cela relevait du chantage. Quant à l’ultime proposition salariale faite par la direction, elle relevait, elle, d’une tentative de modération salariale souligne FO-Air France. Pour rappel, la possibilité d’un accord salarial triennal dans les entreprises a été introduite par les ordonnances de la loi Travail.

Alors qu’il a fallu attendre le mois d’avril pour que la direction accepte de rencontrer les syndicats sur ce dossier des salaires, les organisations soulignent qu’elles avaient fait ces dernières semaines une nouvelle proposition salariale. Elles ont demandé une augmentation de 5,1% sur 2018, répartie en deux temps : +3,8% en avril et +1,3% en octobre.

Une telle augmentation permettrait de rattraper les pertes de salaire sur sept ans indiquent les organisations rappelant leurs efforts dans les discussions avec la direction. Elles avaient fait en effet plusieurs propositions. La demande de rattrapage de pouvoir d’achat a été ramenée à 5,1% contre 6% initialement. Ce rattrapage serait qui plus est échelonné dans le temps. Les syndicats ont ainsi démontré que tous les curseurs ont été négociables et le sont encore.

La direction responsable du coût des grèves

Initialement, en février dernier, la direction avait décidé d’une augmentation générale à hauteur de 1% et en deux temps. Cela équivalait à moins de 0,6% de hausse des salaires sur douze mois… Cette décision découlait d’un accord signé –lors des négociations salariales annuelles (NAO)– par les seuls syndicats CFDT et CFE-CGC. Un accord contesté ensuite par plusieurs syndicats, dont FO, ce qui a rendu l’accord caduc.

Depuis le début du mouvement de grèves, la direction tient par ailleurs un discours alarmiste concernant le coût de la grève (300 millions d’euros à cette date) alors qu’elle est totalement responsable de cette situation insistait ces derniers jours Christophe Malloggi, secrétaire général du syndicat FO-Air France.

Le nouveau secrétaire général de la Confédération FO, Pascal Pavageau, a rappelé lui aussi cette vérité ce 4 mai. Les salariés font grève parce qu’on leur a refusé de pouvoir négocier et d’aboutir à un accord. Et le secrétaire général de souligner qu’au lieu d’être perdus via le coût de la grève, les fameux 300 millions d’euros auraient été mieux utilisés en redistribution salariale.

FO demande un accord salarial annuel négocié

Les navigants commerciaux FO ont de leur côté fait part de leur indignation ayant appris dans les instances que l’enveloppe de rémunération du COMEX AF/KLM [le comité exécutif du groupe Air France KLM, NDLR] aurait été augmentée de 65% en 2017… Cela serait une récidive honteuse de l’augmentation de 41% ayant bénéficié aux membres du Comex en 2016 souligne FO.

Alors que dès le 26 avril les dix organisations syndicales, dont FO, avaient appelé les salariés à se prononcer contre la proposition salariale de la direction, les syndicats CFDT et CFE-CGC avaient appelé eux à voter « oui ». A l’évidence, les salariés ne les ont pas suivis ! La question concoctée par la direction pour cette consultation était la suivante : pour permettre une issue positive au conflit en cours, êtes-vous favorable à l’accord salarial proposé le 16 avril ?

Le syndicat FO des navigants commerciaux (SNPNC-FO) rappelait ces derniers jours que cette consultation n’avait aucun cadre légal et que quelle qu’en soit l’issue, elle ne permettrait de valider aucun accord. Les dix organisations inscrites dans l’action demandent toujours ainsi un accord salarial annuel négocié. Les organisations, dont FO, vont consulter leurs instances.

La FEETS-FO demande à être reçue à Matignon

Dans le cadre de la préparation de cette consultation, l’Exécutif n’avait pas hésité de son côté à s’immiscer dans le conflit. Le 26 avril, le Premier ministre, M. Édouard Philippe, avait ainsi prédit des turbulences qui ne seraient pas minimes pour Air France si le « non » l’emportait lors de la consultation. Et le Premier ministre d’enfoncer le clou. Une entreprise qui verrait son patron partir dans ces conditions, je ne suis pas sûr qu’elle serait dans de bonnes conditions pour affronter la suite. C’est la responsabilité des salariés d’Air France. […] Chacun prend ses responsabilités.

Les travailleurs ont pris les leurs et respecté leurs revendications. Ils demandent leur dû après avoir subi 7 ans « d’efforts salariaux » et moult restructurations.

La fédération FO de l’Équipement, de l’Environnement, des Transports et Services (FEETS-FO) soutient l’action des salariés de la compagnie via l’action du syndicat FO-Air France. Puisque le gouvernement a cherché à être acteur de ce conflit jusque-là interne et lui donner ainsi une dimension nationale, la FEETS-FO a invité le gouvernement à prendre toutes ses responsabilités, notamment via sa position de premier actionnaire. La FEETS-FO et les deux entités FO d’Air France (navigants commerciaux et personnels au sol) ont demandé à être reçues par le Premier ministre.

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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