Amazon ne doit plus s’en tirer à bons comptes

Emploi et Salaires par Clarisse Josselin

© Fred MARVAUX/REA

L e géant américain du commerce en ligne a connu fin novembre le Black Friday le plus important de son histoire en matière de ventes. Mais l’enseigne fait l’objet de critiques de plus en plus vives dans l’Hexagone. Les destructions d’emplois et les conditions de travail sont notamment dans le collimateur.

A  l’occasion du Black Friday le 29 novembre, trois syndicats, dont FO, ont appelé à la grève les salariés de l’entrepôt Amazon de Lauwin-Planque (Nord). Nous ne sommes pas contre le Black Friday, mais pour que cela soit profitable aussi aux salariés, explique le syndicat FO d’Amazon LIL1.

Il revendique notamment des primes et avantages à la hauteur du business et des résultats (hors optimisations fiscales…). Le syndicat s’insurge contre les dérives de la direction, des conditions de travail de plus en plus difficiles, les droits des salariés et représentants du personnel bafoués. L’intersyndicale, qui dénonce un climat ultra-répressif, demande l’ouverture d’une négociation avec la direction.

Des grèves ont aussi éclaté en Allemagne. Chez le géant du e-commerce, les ventes records réalisées à l’occasion du Black Friday entraînent pour les employés de la chaîne logistique une hausse de la cadence et de la pression pour livrer les clients au plus vite. Et ce, alors qu’Amazon est déjà connu pour sa productivité élevée.

En France, l’enseigne est accusée par l’ancien secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi, de détruire des emplois. Selon lui, pour un emploi créé chez Amazon, le commerce de proximité en perd 2,2. Ainsi, 7 900 emplois auraient disparu dans le commerce physique en 2018. Ces estimations sont validées par Gérald Gautier, secrétaire général de la section commerce de la fédération FEC-FO, qui s’élève aussi contre la précarité des emplois. On nous vend qu’Amazon crée de l’emploi mais la moitié des effectifs sont intérimaires, rappelle-t-il. Amazon en a encore recruté 8 000 pour le Black Friday.

Gérald Gautier est également remonté contre le gouvernement qui a autorisé, en septembre dernier, la plate-forme à changer de convention collective par accord. Elle a quitté celle du commerce de détail non alimentaire pour celle du transport et de la logistique, poursuit-il. Cela lui permet notamment de réaliser des économies sur le travail de nuit.

Évasion fiscale

Autre inquiétude, la robotisation. Fin octobre, Amazon a inauguré à Brétigny-sur-Orge son premier entrepôt robotisé en France. Il fonctionne avec 4 000 robots, pour 1 000 emplois en CDI promis sur trois ans. Outre l’impact sur l’emploi, une enquête parue fin novembre aux États-Unis sur le site Reveals News accuse ces machines de provoquer des accidents en imposant des cadences infernales aux humains. Selon le site, avec l’arrivée des robots dans un entrepôt californien, le nombre d’accidents sérieux aurait presque quadruplé en trois ans. L’enquête révèle par ailleurs que le nombre d’accidents du travail est globalement deux fois plus élevé chez Amazon (9,6%) que chez ses concurrents (4 %).

En France, 30 millions de personnes achètent chaque mois sur Amazon. Mais l’enseigne essuie aussi des refus d’implantation de la part de maires, comme à Mondeville (Calvados) ou au Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis). Dans cette dernière commune, l’élu a dénoncé une entreprise qui pratique l’optimisation fiscale et impose des conditions de travail indignes à ses salariés. Par ailleurs, un récent rapport de l’Inspection générale des finances (rattachée au ministère de l’Économie et des Finances) fait part de ses soupçons de fraude à la TVA chez Amazon.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

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