Angoulême 2016 : une histoire de femme

Festival de la BD par  Michel Pourcelot

La 43e édition du festival international de la bande dessinée d’Angoulême, aura été, avant même son ouverture, le 28 janvier, marquée par une polémique sur la place occupée par les femmes dans cet évènement.

Mille cinq cents auteurs, plus de deux cents rencontres prévues, des séances de dédicaces à gogo, des dizaines d’expositions et d’activités diverses : l’édition 2016 du Festival international de la BD d’Angoulême (28-31 janvier 2016) s’annonçait comme marquante. Elle le sera. Mais pas pour les raisons pré-citées, ni pour l’hommage rendu par 42 auteurs au pape du manga post-apocalyptique Katsuhiro Otomo, le créateur d’Akira. En effet, après la publication, le 5 janvier, de la liste de 30 dessinateurs dans laquelle devait être choisi le prestigieux grand prix du festival et où ne figurait aucune femme, s’ensuit immédiatement un bon nombre de protestations. Notamment du Collectif des créatrices de bande dessinée (http://bdegalite.org), dont l’objectif est la « conscientisation du sexisme et des inégalités ». Il souligne que « depuis 43 ans, Florence Cestac est la seule femme à avoir reçu cette distinction. Claire Bretécher, pilier du neuvième art, n’a elle-même jamais reçu le Grand Prix, repartant en 1983 avec le prix du 10e anniversaire ». Des figures de proue telles que Christophe Blain, Milo Manara et Joann Sfar apportent leur soutien en se retirant de la liste des nominés. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #WomenDoBD explose. Des noms d’oiseaux fusent et le festival est accusé de privilégier le business. La direction du festival, qui s’est défendue en invoquant la sous-représentation historique des femmes dans la BD, intègre Rumiko Takahashi, Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi et Catherine Meurisse, dans la liste de pré-sélection... qu’elle finit par supprimer. Non sans écarter Claire Brétecher, qui a eu le malheur d’avoir déjà reçu, il y a quelque trois décennies, un prix de second ordre. Quoiqu’il en soit, le Grand Prix sera bel et bien décerné, le 27 janvier, comme désormais juste avant le début du Festival. Les trois derniers dessinateurs en lice étant le Britannique Alan Moore, (La Ligue des gentlemen, V pour Vendetta, Watchmen), l’historique Hermann, à 77 ans légende vivante de la BD belge, et l’Angoumoisine Claire Wendling (Les lumières de l’Amalou), la récompense suprême pourrait bien revenir à une femme. Au forceps.


43e festival international de la bande dessinée. Angoulême.
Du 28 au 31 janvier 2016.
Tarifs : de 11 à 37 euros. Pour plus d’infos :
http://www.bdangouleme.com

 Michel Pourcelot Journaliste à L’inFO militante

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