Congrès d’UD

Au pays de Jacquou le Croquant, FO plus que jamais dressée contre l’injustice sociale

, Evelyne Salamero

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Sous la présidence de Roxane Idoudi, secrétaire confédérale en charge du développement de l’organisation, le 45e congrès de l’Union départementale FO de la Dordogne a réuni environ 170 militants le 5 avril dernier, à Bassillac, en périphérie de Périgueux,. Des militants déterminés et optimistes.

La difficulté à gratter quelque chose pour les salaires dans le cadre des NAO (négociations annuelles obligatoires), la diminution des moyens d’action syndicale engendrée par la mise en place des CSE en vertu des ordonnances Macron… Les suppressions d’emplois qui ont fait grimper le taux de chômage du département de 2 points en trois ans, avec notamment 200 emplois perdus aux papeteries de Condat, le plus gros employeur privé du département… Si les délégués au 45e congrès de l’union départementale FO de la Dordogne n’ont pas fait l’impasse sur les obstacles qu’ils affrontent quotidiennement, visiblement leur détermination et leur optimisme n’en ont pas souffert.

Aux voix extérieures qui ces derniers temps ont laissé entendre que les syndicats ne servent à rien, Pierre Courrèges-Clercq, le secrétaire général de l’Union départementale FO, réélu à l’issue des travaux, a répondu que les syndicats signent chaque année 36 000 accords d’entreprises qui font progresser les droits des travailleurs.

Forts d’une progression qui se confirme d’année en année depuis dix ans dans les entreprises et les administrations du département, en termes de résultats électoraux, mais aussi d’implantations et d’adhésions, avec l’arrivée de nombreux jeunes, les militants FO ont conclu leurs travaux en appelant les travailleurs à s’engager au sein du syndicat libre et indépendant FO, et à prendre toutes les initiatives qui contribueront à la réussite d’un mouvement de grève interprofessionnelle pour un blocage économique du pays, seule réponse adaptée aujourd’hui à la violence subie au quotidien par les travailleurs, chômeurs et retraités. (Résolution générale votée à l’unanimité).

Nous ne cautionnons aucune forme de violence, mais ça ne nous empêche pas d’essayer de comprendre

Cette violence, Pierre Courrèges-Clercq, l’avait abordée dès le début du congrès, en présentant le rapport d’activité de l’union départementale depuis trois ans (rapport voté à l’unanimité). Depuis plusieurs semaines, nous n’entendons plus parler que de violence. Alors oui il y a violence et notamment envers les plus fragiles quand on supprime des droits, des emplois, des services publics. Quand on envisage de conditionner les aides sociales en demandant des contreparties aux bénéficiaires, il y a violence. Quand dans la 6e puissance économique mondiale, 12% des 160 000 sans-abri ont un emploi et ne peuvent pas accéder à un logement, il y a violence. Quand un SDF meurt chaque jour dans la rue, il y a violence. (…) Quand 2 650 exploitations agricoles disparaissent chaque semaine et qu’un agriculteur se suicide tous les deux jours, là aussi il y a violence.

Et de conclure : Il n’est pas interdit de penser que toute cette violence explique les autres formes de violence qui explosent ici ou là chaque fin de semaine. Bien évidemment nous sommes une organisation syndicale et nous ne cautionnons aucune forme de violence mais ça ne nous empêche pas d’essayer de comprendre..

Faisant le parallèle entre le mouvement des Gilets Jaunes et la révolte des croquants lors des jacqueries, ces révoltes paysannes qui sous l’ancien régime embrasèrent le cœur de son département, Pierre Courrèges-Clercq n’a pas hésité à citer quelques lignes du roman d’Eugène Leroy, Jacquou Le Croquant, dont celles-ci : L’affaire qui vous est soumise n’est qu’un épisode de cette longue suite de soulèvements de paysans, amenés par des vexations cruelles, une insolence sans bornes et par la plus brutale oppression. Poussés à bout par des brutalités insolentes, par des cruautés gratuites, par la violation humiliante de leur dignité d’hommes, ils se sont révoltés.

Salaires, services publics, sécurité sociale, retraites, liberté syndicale… Le cahier de revendications FO

Unanimement, les congressistes ont approuvé cette analyse, leur résolution générale résumant : Ces politiques (d’austérité dictées par Bruxelles ndlr) et les mesures socialement injustes mises en œuvre par les gouvernements successifs ont créé les conditions de la colère légitime d’une grande partie de la population laissée pour compte. Cette colère s’exprime depuis des mois à travers le mouvement des gilets jaunes.

Dans cette situation qualifiée d’inédite par le secrétaire général de l’union départementale, ils ont point par point réaffirmé les revendications de FO et rappelé leur détermination à agir pour obtenir qu’elles soient satisfaites.

Outre une revalorisation significative du Smic à hauteur de 1 450 euros nets mensuels dans le privé, l’augmentation du point d’indice pour les fonctionnaires à hauteur de 16% pour rattraper les pertes de pouvoir d’achat cumulées depuis près de vingt ans, l’égalité salariale entre hommes et femmes, les délégués ont aussi réaffirmé leur attachement profond à la cotisation sociale comme seul moyen de financement de la protection sociale, toutes cotisations ouvrant des droits.

Ils ont donc condamné le système universel de retraite par points que le gouvernement vise à imposer, dans le cadre de la concertation déloyale, instrumentalisant les organisations syndicales et réaffirmé leur exigence du maintien de tous les régimes. De plus ils ont rappelé leur revendication d’un retour à la retraite calculée sur la base des 10 meilleures années pour le privé et le maintien du calcul sur les six derniers mois de la carrière pour le public.

Les délégués ont également condamné le projet de réforme de la Fonction publique qui remet en cause le statut par un recours massif à la contractualisation.

Dans ce département à la population vieillissante, la question des hôpitaux et des Ehpad a évidemment été centrale, les délégués FO se prononçant notamment pour l’arrêt de tous les plans d’économie et l’effacement de la dette des hôpitaux, ainsi que l’application du plan solidarité grand âge dans tous les Ehpad.

Après s’être attaqué au droit du travail, le gouvernement s’attaque à ceux qui le défendent.

Au cœur des préoccupations des militants FO, figurait aussi la nécessité de défendre la liberté syndicale et de manifester. Après s’être attaqué au droit du travail le gouvernement s’attaque à ceux qui le défendent, ont résumé les militants FO dans leur résolution.

Motion de Soutien aux retraités victimes de la dérive autoritaire

Condamnant les lois Rebsamen et les ordonnances Macron qui ont fusionné les instances représentatives du personnel au sein des CSE, et mettant en garde contre le projet de faire de même dans la Fonction Publique, les délégués ont ensuite rappelé que la liberté de manifester relève des droits fondamentaux inscrits dans la Constitution française. Ils ont condamné les restrictions contenues dans la loi anti-casseurs et la répression contre les manifestants et les syndicalistes.

Une motion spécifique a d’ailleurs dû être adoptée pour demander au préfet du département de revenir sur sa décision d’interdire les rassemblements des retraités tels que leur intersyndicale les avaient définis.

Dans ce texte, adopté à l’unanimité, le congrès FO s’élève vigoureusement contre la dérive autoritaire que l’accumulation de faits et de mesures administratives l’amène à constater.

Les délégués y condamnent aussi « la répression dont ont été victimes de très nombreux citoyens » et réaffirme son rejet de la loi anti-casseurs, véritable loi bâillon et dont l’application, avant même son adoption et sa promulgation (…) établit qu’il s’agit avant tout d’une loi anti-manifestation, déniant aux organisations syndicales la liberté d’organisation des formes de mobilisation.