Au sein de Vueling, une grève d’envergure pour les salaires

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

Laurent GRANDGUILLOT/REA

Après l’échec des NAO, le SNPNC-FO, unique syndicat de la compagnie Vueling, a déposé un préavis de grève pour les trois week-ends de vacances scolaires et ponts, donc jusqu’au 8 mai. En avril, au premier jour de la mobilisation, plus de 80 % des hôtesses et steward se sont mis en grève, se réjouit le délégué syndical FO Cédric Bruaux. Aux côtés de FO, les salariés exigent une revalorisation salariale.

Pour une première étape de mobilisation, c’est une réussite ! Au sein de l’aéroport Paris-Orly, à la suite du préavis de grève du SNPNC-FO, seule organisation représentative des hôtesses et stewards au sein de la compagnie, Vueling a annoncé avoir dû supprimer 66 vols au départ ou à l’arrivée de l’aéroport vendredi 21 et samedi 22 avril. Samedi, sur les 40 vols prévus au départ de Paris-Orly, seuls trois ont effectivement décollés, souligne Cédric Bruaux, délégué FO au sein de la compagnie.

Le syndicat a déposé le 15 avril un préavis de grève couvrant au moins les trois week-ends de vacances scolaires et de ponts entre avril et mai. La direction n’a pas réagi à ce préavis, relate le militant. Résultat : plus de 80 % des hôtesses et steward se sont mis en grève. Selon nos estimations, 10 000 passagers ont été affectés par cette mobilisation. Pourtant, le syndicat a déposé un préavis uniquement sur les week-ends, vendredi compris, de la période. Notre but n’est pas de faire payer les usagers, mais bien la compagnie.

Les salaires les plus faibles du secteur

Ce préavis ne sort pas de nulle part. À la veille des vacances scolaires de la zone C, les réunions de négociations annuelles obligatoires ont pris fin, laissant au syndicat un goût amer. La direction n’a mis sur la table qu’une seule et unique proposition, précise Cédric Bruaux. Durant les trois réunions, elle n’est jamais revenue dessus. Pour le SNPNC-FO, c’est décevant, au pire inacceptable.

La direction propose une augmentation de 1,50 euro par secteur de vol, la prime que nous percevons à chaque trajet de vol. Mais nous demandions une hausse de 15 % de cette prime ainsi que 15 % de plus pour les salaires de base. Pour FO, c’est un minimum dans ce contexte de forte inflation. Et c’est aussi d’autant plus compréhensible que les salaires au sein de la compagnie sont les plus faibles du secteur. Chez nous, le salaire de début est inférieur à 1 800 euros net. Il est en fait au niveau du Smic, détaille le délégué FO. Dans le secteur du transport aérien, les 35 heures ne sont pas appliquées et les personnels aériens effectuent autour de 85 heures de vol par mois. Mais la prime secteur de vol ne concerne que les heures effectives en l’air, et ne prend pas en compte par exemple l’embarquement. Ce matin, j’ai travaillé de 5h à 11h, mais je n’étais en vol que 3 heures, illustre Cédric Bruaux.

Une prime à condition de ne pas être malade

De fait, steward et hôtesses voient leur rémunération changer d’un mois à l’autre. Certains mois où l’on vole beaucoup, comme en juillet ou en août, sont des mois de bons salaires. À l’inverse, quand on vole peu, notamment en février, il y a des mois compliqués. D’autant que la prime de secteur peut être annulée quand le vol lui-même est annulé, pour des problèmes techniques par exemple. Le personnel aérien n’a aucune prise là-dessus. Cela signifie que dans un cas d’annulation de vol, les salariés se sont bien rendus sur leur lieu de travail mais ils ne toucheront pas cette prime, explique Cédric Bruaux.

Le militant fustige par ailleurs une proposition de la direction faite lors des réunions de NAO. Elle a suggéré de mettre en place une prime de 250 euros mais qui serait perçue par les salariés seulement s’ils ne sont pas malades durant deux mois l’été ! C’est inacceptable. Cela encouragerait les collègues à venir travailler en étant malades. Jamais nous ne signerons cela, et nous l’avons fait savoir à la direction.

Un droit à la déconnexion piétiné

Dans son communiqué annonçant le préavis de grève, le SNPNC-FO évoque par ailleurs la dégradation des conditions de travail : un changement important des plannings à de nombreuses reprises dans le mois ainsi qu’une déconnexion lors des jours de repos non respectée. Lorsque nous arrivons au travail, nous devons signaler notre présence sur une application, celle-ci étant raccordée à notre planning, témoigne Cédric Bruaux. Or, à chaque changement de planning, un pop-up apparaît sur l’écran de portable via cette même application, y compris lorsque nous sommes de repos. Or, pour faire disparaître ce pop-up, le travailleur doit cliquer dessus, ce qui le conduit automatiquement sur son planning. C’est un non-respect du droit à la déconnexion, déplore le syndicat.

Il pointe également de nombreuses erreurs dans la paie. Chaque mois, énumère le délégué FO, des collègues constatent qu’il leur manque telle prime, que tel arrêt maladie n’a pas été bien pris en compte, qu’il manque une ligne... Les salariés sont obligés de tout vérifier eux-mêmes, c’est épuisant. Et ces erreurs arrivent bien trop souvent. Et on ne parle pas de deux ou trois euros mais bien d’une centaine d’euros en moins sur la fiche de paie.

Dans l’attente d’une date de rencontre avec la direction

Dans un message transmis à l’AFP, Vueling a mis en garde contre le fait qu’ une grève, dans ce contexte, affectera la situation actuelle de l’entreprise, réduira les ressources qu’elle peut investir dans son personnel et mettra en péril les investissements dont la compagnie aérienne a besoin pour assurer son avenir. Et Vueling, membre du groupe IAG aux côtés notamment des compagnies British Airways et Iberia, a appelé le SNPNC-FO au dialogue plutôt qu’à l’affrontement social.

Pour Cédric Bruaux, c’est une stratégie connue de la compagnie : demander une fois le préavis déposé, de le retirer. Mais la direction a lancé cet appel uniquement dans la presse et à la veille de la grève. Or, le SNPNC-FO est disposé à être reçu par la direction. Nous n’attendons qu’une invitation de sa part. Mais il est hors de question que nous arrêtions la mobilisation seulement sur la promesse d’un dialogue : il nous faut une date. En attendant, les hôtesses et stewards semblent remontés à bloc pour poursuivre la mobilisation souligne le militant. Les PNC de Vueling sont prêts à se mobiliser à nouveau le week-end prochain. Un rapport de force est en train de se construire indique Cédric Bruaux.

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