Audiovisuel public : une grève massivement suivie dans un contexte de flou inquiétant

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© F. BLANC

A l’appel d’une intersyndicale de huit organisations dont FO, les personnels de l’audiovisuel public étaient en grève et manifestaient ce 28 juin, à Paris, notamment. Une journée d’action massivement suivie. Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, est venu apporter le soutien de la confédération. Au sein de France Télévisions, dont 25% des salariés du siège parisien ont débrayé, on comptait par exemple 45% de grévistes dans le réseau de France3. La suppression de la redevance audiovisuelle, sans piste alternative sérieuse de financement à ce jour, alarme les salariés du secteur, de même que la proposition de fusion des quatre grandes entités du service médiatique public.

Dans les couloirs de France Télévisions et de Radio France, l’heure est aux questionnements. Les murs des vénérables institutions du service audiovisuel public ont tremblé deux fois. D’abord, l’annonce pendant la campagne présidentielle de la volonté d’Emmanuel Macron de supprimer la contribution à l’audiovisuel public (CAP), autrement dit, la redevance. Puis, début juin, un rapport sénatorial a proposé de fusionner les quatre entités de l’audiovisuel public : Radio France, France Télévisions, France Médias Monde (RFI et France 24) et l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Ce serait bien de savoir où on va, avant de savoir comment on y va, tance Bruno Demange, secrétaire général de FO Médias (rattaché à la fédération Fasap-FO) et lui-même salarié de France Télévisions, où FO a recueilli 21% des suffrages aux dernières élections.

Car derrière les problèmes d’organisation et de financement se posent de sérieuses questions sur l’avenir des missions et l’indépendance du secteur public audiovisuel, dont le budget s’élève à plus de 3,5 milliards d’euros chaque année. L’inquiétude plane sur une éventuelle réduction prochaine du rôle de ces antennes souligne le militant, ou encore sur un contrôle indirect des rédactions par le pouvoir politique, via un système de budgétisation annuelle.

La redevance contribue à une forme de stabilité et d’indépendance

Cherchant à obtenir des réponses dans cet immense flou, les salariés du secteur ont appelé à la grève ce 28 juin, jour symbolique de l’investiture des nouveaux députés, puisque c’est le Parlement qui aura la responsabilité de voter le projet de loi de finances rectificative en juillet, explique Bruno Demange.

Le gouvernement présente en effet la fin de la redevance comme une mesure de pouvoir d’achat. A moins de supprimer le service public audiovisuel, c’est un mensonge, estime le secrétaire général du syndicat : ce que les gens ne sortent plus de leur poche gauche sortira de leur poche droite. On essaye de mettre la poussière sous le tapis.

La CAP s’élevait jusqu’à présent à 138 euros par an par foyer équipé d’un téléviseur. Soit 38 centimes d’euros par jour : le tiers d’une baguette de pain, rappelle FO Médias dans un communiqué. La redevance contribue à une forme de stabilité et d’indépendance, détaille le militant FO. Nous n’étions pas tributaires d’arbitrages politiques, comme peuvent l’être d’autres structures financées directement par l’État.

La perspective d’un changement rapide est en outre très inconfortable, parce qu’en attendant, on est à la moitié de l’année : les dépenses ont déjà commencé à être engagées. Dans un entretien au Parisien le 21 juin, la nouvelle ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, s’est voulue rassurante sur ce point : Le gouvernement proposera une garantie supplémentaire rendant impossible les baisses de crédits en cours d’année.

De gauche à droite : Frédéric Souillot (Secrétaire général de FO), Patricia Drevon (Secrétaire confédérale) et Françoise Chazaud (Secrétaire générale de la FASAP-FO).

Pour un financement pérenne et indépendant

Si le message de l’intersyndicale à l’origine de la grève du 28 juin est pour l’essentiel non à la suppression de la redevance, Bruno Demange indique qu’il sera difficile d’obtenir satisfaction sur ce point. On demande de la transparence, et que le nouveau mode de financement choisi garantisse pérennité et indépendance, et à même niveau de financement, car on est déjà arrivé à l’os par rapport aux missions qui sont les nôtres. Le militant rappelle au passage que l’annonce de la suppression de la redevance a été faite sans concertation préalable et sans discussion avec les syndicats depuis.

La crainte d’un bouleversement à des fins d’économies budgétaires est bien présente. Dans un entretien au Figaro le 24 juin, la présidente de Radio France, Sibyle Veil, souligne, elle aussi, les efforts consentis par la rédaction en ce sens : 10% du budget économisé ces dernières années. Si le débat public conduit à de nouvelles économies, nous ne pourrions désormais plus le faire sans suppression d’offres et de missions de service public, prévient-elle.

Une offre publique d’information et de qualité est plus que jamais nécessaire analyse quant à lui Bruno Demange. Les audiences montrent que les gens ont besoin de ce service public, même s’ils ne savent pas toujours très bien comment ça marche, affirme-t-il. Nous sommes convaincus que les gens sont attachés à l’audiovisuel public.

Les dangers d’une fusion de l’audiovisuel public

Quant à la potentielle fusion des différentes maisons à des fins d’économies, proposée par deux sénateurs dans l’optique de la suppression de la redevance, Bruno Demange met en garde : Ça n’est pas si simple. Nos missions ne sont pas exactement les mêmes, et nos façons de travailler non plus. La radio produit la grande majorité des contenus qu’elle diffuse, tandis que la télévision en achète une bonne partie à des boîtes de production.

Au Figaro, la patronne de Radio France, Sibyle Veil, a déclaré être défavorable à une fusion. Je crains que l’on se trompe de débat. […] La création d’un conglomérat public ne permet de gagner ni en efficacité, ni en agilité. Bruno Demange tient à corriger l’idée d’un audiovisuel public « divisé » tel que présenté par les rapporteurs du Sénat : On travaille ensemble sur beaucoup de choses. Pourquoi pas mutualiser davantage, mais on ne gagnera rien à fusionner, le fonctionnement ne coûtera pas moins cher. Sans parler de la diversité de messages que permet aujourd’hui la pluralité des antennes, soit une forme d’indépendance.

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