Aux origines de la CGT-FO

Histoire par Christophe Chiclet, L’inFO militante

Dans un contexte international très tendu, les syndicalistes libres et indépendants de France ont choisi, non sans difficulté, de quitter la « vieille maison » pour fonder la CGT-Force Ouvrière, refusant ainsi la stalinisation du syndicat, restant ainsi fidèles à la Charte d’Amiens.

L e 11 octobre 1948 s’ouvre le XXVIIe congrès de la CGT. C’est Benoît Frachon qui est aux commandes pendant ces quatre jours. Un absent de marque : Léon Jouhaux. L’homme qui fut secrétaire général de la CGT depuis 1909 a finalement décidé, sept mois plus tôt, de fonder la CGT-FO, d’où son absence. La CGT stalinisée tire à boulets rouges contre les militants restés fidèles aux principes de l’indépendance du syndicalisme.

Dans les usines, les ateliers, les bureaux, les militants FO seront régulièrement agressés physiquement. À la Libération, Robert Bothereau, la cheville ouvrière de la fondation de FO, écrit à Frachon : Ou je me trompe, ou bien je dois considérer que nous n’avons pas, dès le départ, envisagé sous le même angle le pourquoi de notre unité.

Les confédérés n’étaient pas des naïfs vis-à-vis des ex-unitaires de la CGTU. Dès 1943, ils lancent clandestinement le journal Résistance Ouvrière, qui reparaît légalement le 29 novembre 1944. Le 20 décembre 1945, ils transforment l’hebdomadaire, dirigé par Albert Boudu, en Force Ouvrière.

L’œuvre de Bothereau et Viot

André Viot, qui prend alors en main le journal, témoigne :  La machine à broyer communiste était en marche et le bureau de Bothereau était devenu le bureau des pleurs de tous ceux qui perdaient leur syndicat, leur union départementale ou leur fédération. Ils venaient lui exposer comment les ex-unitaires les avaient mis sur la touche. Nous étions de plus en plus nombreux à voir enfin clair. Nous devions donc réagir avant d’être laminés par les communistes. Il fallait changer le titre de Résistance Ouvrière. J’ai expliqué que l’époque n’était plus à la résistance mais à l’attaque, et j’ai inventé le slogan :  Hier résistance, aujourd’hui force. Le but était alors de créer une force à l’intérieur de la CGT pour contrer la communisation stalinienne, mais pas une scission. En effet Jouhaux pense, à tort à cette époque, que l’influence communiste va retomber. Mais avec raison, il craint qu’un départ précipité s’avère un désastre au niveau de l’intendance.

Dans une Europe exsangue après la guerre, le plan Marshall peut aider à la reconstruction. Moscou refuse. Force Ouvrière écrit alors le 3 juillet 1947 : Dans les pays qu’ils gouvernent par l’intermédiaire des communistes, les Russes s’efforcent de supprimer toute liberté d’opinion et d’empêcher les contacts avec l’Europe occidentale.

Le 19 décembre 1947, Jouhaux, Bothereau, Bouzanquet, Neumeyer et Delamarre démissionnent du bureau confédéral. Le congrès constitutif de la CGT-FO aura lieu les 12-13 avril 1948.

 

Benoît Frachon, 1893-1975
Anarchiste en 1909 quand Léon Jouhaux est devenu secrétaire général de la CGT, il est entré au PCF en 1920. Dès 1928, il s’est rendu régulièrement à Moscou où le Komintern l’a choisi pour essayer de « communiser » la CGT. Secrétaire de la CGTU lors de la scission, numéro deux de la CGT en septembre 1945 et membre du bureau politique du PCF de 1956 à 1975.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’inFO militante Le bimensuel de la Confédération