Beaubourg : la culture Duchamp

Exposition par Michel Pourcelot

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Sa rétrospective inaugura le Centre Pompidou en 1977. Aujourd’hui, il y revient avec une exposition majeure : Marcel Duchamp. La peinture, même. Entretemps, il est devenu l’une des clés de l’art contemporain.

Depuis peu, il y a un Prix Marcel Duchamp. Ce qui aurait pour le moins amusé cet anti-académisme qui avait l’art de se jouer des conventions. Audacieusement, sans doute, l’exposition actuelle au Centre Pompidou (CNAC) présente, en grandes pompes, un peu funèbres, l’œuvre peinte de Marcel Duchamp (1887-1968), « perçu comme celui qui a tué la peinture ». Et de s’interroger si « le projet de Duchamp n’a-t-il pas été de la reformuler ? Pour proposer une "lecture renouvelée de l’œuvre peint" ».

Mais c’est l’art tout entier que Duchamp renouvelle. La peinture, pratiquée dès l’âge de 15 ans, à la suite de ses frères et sœurs, et de surtout Picabia, n’est qu’une première marche. Comme ceux de sa génération, il multiplie les explorations avant-gardistes, largement présentée lors de cette exposition. Mais, ni à toile ni à labeur, il déborde des châssis pour devenir, un Picabia pré-dadaïste aidant dès 1911, le Duchamp des possibles. Réfutant la suprématie de la peinture, il rejette également les mercantis de l’art et la place de l’artiste dans la société. Il se définit alors comme anartiste. Prenant conscience de l’envahissante installation de l’industrialisation, de la production et de la communication de masse dans la vie quotidienne, Duchamp s’amuse à exhiber leurs rapports. D’où l’idée du ready-made, objet tout fait et détourné. Ainsi la présentation en 1913 du plus célèbre d’entre eux, un urinoir renversé intitulé Fontaine et signé d’un jeu de mots sur le nom du fabricant. Le choc des images, le poids des mots. Les graines de Duchamp ensemenceront ainsi l’art conceptuel actuel. Duchamp, lui, a fait germer l’héritage de quelques électrons libres de la génération le précédant. Des symbolistes comme Odilon Redon et de cruels farceurs comme Alfred Jarry et Alphonse Allais, mais aussi les étranges Lautréamont et Raymond Roussel. Sans oublier Mallarmé et l’almanach Vermot, né en 1886. Et puis tous les délirants clubs et mouvements littéraires fin de siècle tels que les Fumistes, Hirsutes, Incohérents, Jemenfoutistes et autres Zutistes. Duchamp cultivera toujours un humour décapant, de ceux qui mettent à nu les mécanismes. Et ça, c’est la clé Duchamp.

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Marcel Duchamp. La peinture, même du 24 septembre 2014 au 5 janvier 2015, au Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou (CNAC), Place Georges Pompidou, 75004 Paris, de 11h00 à 21h00, Tarifs : d 10 à 13 euros, TR 10 euros.

Michel Pourcelot Journaliste

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