BorgWarner : FO mobilisée pour éviter la fermeture

Article inFO militante par Elie Hiesse, journaliste L’inFO militante

Patrick ALLARD/REA

L’équipementier automobile américain a annoncé la fermeture, d’ici mars 2022, de son unique usine française, à Tulle en Corrèze. Une catastrophe sociale pour les quelque 400 salariés et industrielle pour le bassin d’emploi.

Le compte-à-rebours est officiellement enclenché pour les 368 salariés en CDI et la cinquantaine d’intérimaires de l’équipementier automobile américain BorgWarner, qui a annoncé la fermeture pure et simple d’ici mars 2022 de son unique usine française, implantée à une quinzaine de kilomètres de Tulle (Corrèze).

Le CSE extraordinaire (comité social et économique) du 8 juillet marque le démarrage de la procédure d’information-consultation des représentants du personnel.

Mais il n’a pas entamé, bien au contraire, la détermination de Pascal Cheze, délégué syndical FO. Nous allons tout faire pour maintenir le site en activité, avec tous ses emplois. La fermeture de l’usine, que la direction présente comme une réalité irréversible, ne l’est pas ! Il va falloir qu’elle s’explique sur le volet économique, martèle le militant.

Délocalisation en Hongrie

Dans l’immédiat, il dénonce, comme les deux organisations avec lesquelles FO s’est constituée en intersyndicale, la pression mise dans les ateliers pour maintenir la production au plus haut.

Des heures supplémentaires ont été programmées sur certaines lignes. Un passage de la production de 2X8 à 3X8 est même évoqué. La direction veut-elle faire des stocks en anticipation de mouvements sociaux ?, interroge Pascal Cheze. Il raconte des travailleurs passés de la sidération à la colère depuis l’annonce de la fermeture le 25 juin. Ils se sont investis à fond pendant des années. Aujourd’hui, ils se sentent trahis.

La filiale française, qui produit des modules de commandes pour boîtes de vitesse pilotées, principalement pour le groupe Volkswagen, justifie sa décision par un effondrement du volume de commandes. Celui-ci s’est traduit par la chute de plus de 40% du chiffre d’affaires entre 2017 et 2019. Et les perspectives seraient mauvaises : Des pertes de l’ordre de 6,8 millions d’euros pour la seule année 2020 sont anticipées, note dans un communiqué l’équipementier, qui compte au total 29.000 salariés dans le monde. Il juge trop élevés les coûts de production en France et compte délocaliser l’usine corrézienne en Hongrie.

FO appelait depuis 2017 à diversifier la production

Si ces difficultés étaient connues, l’annonce de la fermeture est un choc aussi violent qu’inattendu sur le bassin de Tulle où BorgWarner s’est implanté en 1995. Personne ne s’attendait à une telle issue, pas même les élus locaux, commente Pascal Cheze.

En 2017, le militant FO avait publiquement interrogé la pertinence des choix de l’équipementier dans un article publié dans la presse locale, jugeant dangereuse pour l’avenir du site la monoproduction et appelant à une diversification.

De substantielles aides publiques

Nous produisons des produits d’anciennes générations, qui ne sont ni électriques ni hybrides. A aucun moment, BorgWarner n’a eu la volonté d’orienter une partie de la production vers les nouvelles énergies, déplore le délégué FO.

Pour lui, la fermeture était programmée de longue date. Depuis 2017, en tous cas, les effectifs ont été ramenés de plus de 500 à moins de 400, par le non-remplacement des départs en retraite.

La question des très substantielles aides publiques, dont BorgWarner a bénéficié et qui n’ont pas toutes été attribuées avec des contreparties en terme de création ou de maintien d’emplois, reste entière. Aides à l’implantation, au développement, à l’embauche, CICE, CIR (Crédit d’impôt recherches, ndl), etc… Il n’est pas acceptable qu’une entreprise profite ainsi puis délocalise du jour au lendemain, tempête Pascal Cheze.

Une catastrophe sociale et industrielle

La décision de l’équipementier américain est une catastrophe sociale pour les 368 salariés en CDI, âgés de 42 ans en moyenne. Elle est un séisme pour le bassin d’emploi de Tulle. BorgWarner en est le poumon industriel. Longtemps, l’entreprise a incarné le renouveau sur ce territoire marqué par la lente agonie de l’ancestrale Manufacture d’armes (devenu GIAT industries) qui a occupé jusqu’à 2.000 personnes.

En 2005, l’équipementier avait construit une usine flambant neuve sur la zone industrielle d’Eyrein, à 15 kilomètres de Tulle et investi, en 2010, 10 millions d’euros dans de nouvelles lignes. Sur tout le département, il n’existe que trois entreprises comptant plus de 300 salariés dont BorgWarner, explique Marie-Christine Caquot, secrétaire générale de l’Union départementale FO de Corrèze.

Des centaines d’emplois indirects menacés

Au-delà des 368 salariés sur le site et de la cinquantaine d’intérimaires, il y a aussi des centaines d’emplois indirects liés aux sous-traitants locaux (restauration, nettoyage, logistique, maintenance).

La disparition attendue de la mutuelle d’entreprise inquiète beaucoup. Et pour cause, la mutuelle de la Marque (du nom de l’entreprise rachetée en 1995 par BorgWarner, ndlr) intervient auprès de 1.225 personnes, dont 793 sont des salariés et ayants-droits de BorgWarner et 387, des retraités de l’équipementier ou de l’ancienne usine de la Marque ainsi que leurs ayants-droits.

A ce tableau, il faut ajouter encore la perte à venir d’importantes ressources pour les collectivités locales, et pour les commerçants. Près de la moitié du chiffre d’affaires du magasin de jouets de Tulle est réalisé dans le cadre des activités sociales du CSE de BorgWarner.

1.500 personnes manifestent en soutien

De quoi expliquer l’ampleur de la mobilisation organisée, samedi 4 juillet au matin, par l’intersyndicale, avec les structures territoriales des différents syndicats la composant. Derrière des banderoles réclamant le maintien de la totalité des emplois, plus de 1.500 personnes ont défilé à Tulle, où les commerçants avaient baissé leurs rideaux.

Une grande solidarité s’est exprimée. L’usine représente un pan de la vie de notre département qu’il est hors de question de laisser disparaître, reprend Marie-Christine Caquot qui a obtenu que la manifestation soit organisée le plus rapidement possible.

Ce ne sera pas la dernière, pronostique Pascal Cheze qui se prépare à une très longue lutte. Les premiers départs doivent intervenir à partir de janvier 2021, et jusqu’au mois de mars 2022.

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