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Brésil : la CSI appelle à soutenir l’ex-président Lula

, Evelyne Salamero

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Manifestation à Sao Paulo le 5 décembre dernier contre le projet de réforme des retraites du gouvernement Temer. © ZUMA Wire/ZUMA/REA

La démocratie est menacée au Brésil, alerte Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale qui lance un appel mondial à la solidarité en soutien à l’ancien président du Brésil, Luiz Inacio Lula Da Silva, condamné sans preuve pour corruption en première instance à une peine de prison de 9 ans et six mois de prison. Le jugement en appel sera rendu ce 24 janvier. La CSI dénonce de fausses accusations qui visent à empêcher Lula de se présenter aux élections présidentielles d’octobre prochain, alors qu’il bénéficie d’un soutien grandissant des travailleurs brésiliens confrontés aux mesures anti sociales de l’actuel gouvernement.

Le 11 janvier dernier, l’agence de notation Standard and Poor’s [1] a abaissé la note du Brésil, justifiant sa décision par des progrès plus lents que prévu de la part du gouvernement brésilien dans la mise en œuvre des réformes structurelles attendues par les marchés financiers.

Le ministre des Finances brésilien, Henrique Meirelles s’est voulu rassurant, soulignant immédiatement les réformes économiques déjà mises en œuvre, comme l’inscription dans la constitution du gel des dépenses publiques pendant vingt ans, mais aussi la loi Travail adoptée le 12 juillet dernier qui, entre autres choses, rend plus difficile l’adhésion des travailleurs aux syndicats et favorise la négociation dans l’entreprise au détriment de la branche.

Des millions de travailleurs qui défendent leurs droits et Lula : les marchés ont peur

Mais, ce n’est visiblement pas encore assez pour tranquilliser les marchés financiers, d’autant que le gouvernement brésilien a tout de même dû reporter le vote de la réforme des retraites initialement prévu début décembre 2017 au mois de février prochain, sous la menace d’une grève générale appelée par l’ensemble des organisations syndicales du pays.

Autant dire que dans ce contexte, la candidature aux prochaines élections présidentielles de l’ex-président du pays Lula (de 2003 à 2010), également ancien président du syndicat de la métallurgie dans les années 1970, ancienne figure du syndicalisme brésilien à l’échelle nationale, puis dirigeant du Parti des travailleurs fondé en 1980, soit cinq ans avant la fin de la dictature, ce qui lui valut d’être emprisonné, a de quoi en effrayer plus d’un.

L’inquiétude des marchés et du gouvernement brésilien est d’autant plus vive que Lula, sous les mandats duquel 33 millions de personnes ont été sorties de la pauvreté et des dizaines de millions d’emplois créés, recueille une approbation croissante du peuple brésilien.

Un dernier sondage donne ainsi 34% des intentions de vote à Lula, contre seulement 17% au député d’ultra-droite Jair Bolsonaro, alors que l’actuel président Temer a décidé de ne pas se représenter, étant lui-même… Sous le coup d’une enquête pour corruption et entrave à la justice.

Aucune preuve formelle contre Lula

Alors que strictement rien n’a été trouvé permettant d’établir un lien entre Lula et les détournements de Petrobas, le président Temer fait l’objet de révélations tonitruantes avec notamment un enregistrement dans lequel il donnerait son aval à un chef d’entreprise pour verser des pots de vin destinés à acheter le silence de l’ancien président de la Chambre des députés emprisonné dans le cadre du scandale Petrobas, l’entreprise pétrolière publique.

Dans le cas de Lula, l’enquête n’a révélé aucun versement suspect, aucun compte à l’étranger, aucune société écran, pas un centime qui n’ait été gagné normalement et déclaré à l’administration fiscale… Le juge Moro lui-même a reconnu que rien ne pouvait indiquer que des ressources de Petrobas aient été envoyées à l’ex-président Lula pour qu’il bénéficie d’avantages indus, souligne l’avocat de l’ancien président brésilien, cité le 22 janvier par RFI.

Pourtant Lula a été condamné à 9 ans et six mois de prison en première instance le 12 juillet dernier.

Ses avocats dénoncent cette violation de la présomption d’innocence, l’absence d’un juge impartial et de procédures judiciaires équitables, sans compter une litanie d’infractions aux droits fondamentaux : privation de liberté, écoutes téléphoniques illégales, interception de correspondance avec ses avocats.

Temer s’est évertué à démanteler l’héritage social de Lula

Cette position des avocats de Lula a été corroborée par des experts juridiques internationaux renommés, dont l’avocat britannique des droits de l’Homme Geoffrey Robertson, souligne la CSI.

Temer s’est évertué à démanteler l’héritage social de Lula, y compris à travers des réformes antisyndicales du code du travail, des réductions dans les dépenses publiques, des attaques contre la protection sociale, voire des tentatives de légalisation du travail forcé par le biais d’une redéfinition de l’esclavage, condamne l’organisation internationale.

Rappelant qu’en 2016, un groupe de politiciens corrompus menés par Michel Temer a évincé Dilma Roussef [qui avait succédé à Lula en 2010 NDLR] du pouvoir à l’issue d’un coup d’État parlementaire, la CSI conclut : L’élite et les corrompus de cette nation ne peuvent être respectés si nous tenons sérieusement à guérir notre monde malade, à la paix mondiale, à la démocratie et aux droit humains. Le mouvement syndical international se solidarise avec Lula dans la lutte pour le peuple brésilien et sa démocratie.