Brexit : un nouveau report et toujours pas de garanties pour les emplois et les droits sociaux

Royaume-Uni par Evelyne Salamero

Et « re » rebelote. Le Brexit a été reporté pour la troisième fois. D’abord prévu le 29 mars 2019, il avait été repoussé au 22 mai puis au 31 octobre. La nouvelle date butoir a été fixée au 31 janvier 2020. Ce report est censé permettre aux députés britanniques et au parlement européen de ratifier l’accord conclu le 17 octobre entre le Premier ministre britannique Boris Johnson et les négociateurs de l’Union européenne. Un accord que la centrale syndicale TUC rejette, appelant les députés à ne pas le valider, car, dénonce-t-elle, il n’apporte aucune garantie en termes d’emplois et de droits sociaux notamment. La perspective d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et son ex-État membre renforce les inquiétudes.

Alors que le Premier ministre britannique Boris Johnson visait, depuis son arrivée au pouvoir en juillet dernier, une sortie du Royaume-Uni de l’UE coûte que coûte le 31 octobre 2019, menaçant même de s’en retirer sans accord, les 27 autres membres de l’Union européenne ont donné lundi 28 octobre leur feu vert à un nouveau report de trois mois. Les députés britanniques avaient en effet refusé d’examiner et de ratifier à marche forcée l’accord laborieusement conclu le 17 octobre entre Boris Johnson et l’Union européenne, tout en acceptant le principe.

Ce texte qui règle les modalités du divorce, dont le sort réservé à la province du Royaume-Uni l’Irlande du Nord, doit également être ratifié par le Parlement européen. Il s’accompagne d’une déclaration politique qui exclut toute renégociation de l’accord et pose le cadre de la deuxième étape des négociations. Il reste en effet à définir les règles de la nouvelle relation économique et commerciale qu’entretiendront l’Union européenne et son ex-État membre.

Cet accord est pire que celui négocié par Theresa May

Cette déclaration politique fixe comme objectif la recherche d’un accord de libre-échange entre les deux parties. Un objectif qui fait bondir la confédération syndicale britannique, le Trades Union Congress (TUC). Un accord de libre-échange, souligne l’organisation syndicale, entraînerait une contraction de l’économie du pays, détruirait des emplois et mettrait aussi en danger le système de santé et l’ensemble des services publics.

Ni l’accord, ni la déclaration politique qui l’accompagne, ne garantissent que que les droits des travailleurs britanniques seront protégés ni qu’ils progresseront au même rythme de ceux des autres travailleurs de l’Union européenne, a notamment dénoncé sa secrétaire générale, Frances O’Grady. Boris Johnson a négocié un accord qui enfoncerait l’économie, ferait perdre des emplois et jetterait par-dessus bord les droits des travailleurs. Cet accord est pire que celui négocié par Teresa May. Tous les députés doivent voter contre, a-t-elle déclaré dès le 17 octobre.

Des droits sociaux soumis aux aléas du commerce et de la concurrence

De fait, la déclaration politique n’évoque la protection des emplois et des droits sociaux que pour indiquer que la nature précise des engagements en la matière (en vue d’établir des règles du jeu équitables) devra être proportionnelle à la nature de la relation économique. Plus celle-ci sera étroite, plus les droits et les droits seront élevés. Et inversement, donc.

Pour le TUC, cela revient à laisser les mains libres à ceux qui voudraient mettre à profit le Brexit pour faire du Royaume-Uni un pays de dumping social, à commencer par l’actuel gouvernement : Il est clair que si Boris Johnson veut un accord de libre-échange, ce n’est pas pour avoir une relation étroite (…) Au vu des antécédents des conservateurs en matière de protection contre les licenciements abusifs, il semble certain que le gouvernement saisira cette occasion pour détériorer encore plus les droits du travail, explique Frances O’Grady.

Les revendications du TUC

Lors du référendum de 2016, le TUC avait appelé à voter contre le Brexit, ce qu’avaient fait 60% de ses adhérents. Un choix déjà motivé par la volonté de ne pas perdre les droits sociaux dérivés du droit communautaire (les quatre semaines de congés payés, la réglementation sur le licenciement, la protection des salariés à temps partiel…), dans ce pays où l’acquis social de départ n’a rien de comparable avec celui d’autres États membres de l’UE.

Au final, 52% de Britanniques avaient malgré tout voté en faveur d’une sortie de l’Union européenne. Un vote en partie motivé par les diktats de Bruxelles en matière d’austérité budgétaire.

Depuis, Dans l’espoir de trouver un compromis raisonnable qui pourrait rassembler, le TUC a posé trois conditions que tout accord de Brexit devrait remplir.

Premièrement, l’organisation syndicale veut le maintien des droits acquis des travailleurs britanniques avec des règles du jeu qui garantissent que ces droits ne puissent pas dégringoler en deçà de ceux des autres travailleurs européens.

Deuxièmement, elle demande l’absence de droits de douane et un commerce de marchandises et de services exempt de tensions pour préserver les emplois.

Un new deal pour les travailleurs

Troisièmement, elle souhaite que l’accord garantisse la protection du commerce et des moyens de subsistance à Gibraltar et en Irlande, sans frontière dure entre l’Irlande et l’Irlande du Nord [province du Royaume-Uni, NDLR] et sans restrictions à la frontière entre Gibraltar et l’Espagne.

Enfin, refusant que les débats sur le Brexit occultent les préoccupations réelles et urgentes des travailleurs, le TUC vise un New deal pour les travailleurs qui inclurait l’interdiction des contrats zéro-heure (contrats de travail à la tâche), l’augmentation des salaires et une politique industrielle audacieuse, créatrice d’emplois de qualité.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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