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Burkina, Sénégal : deux fenêtres sur les enjeux sociaux africains

, Evelyne Salamero

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Les membres de l’association des femmes et des enfants d’Abtenga, village à 50 km de Ougadougou, la capitale du Burkina, entourent Andrée Thomas, secrétaire confédérale FO (au centre), M.Kaboré, responsable de l’association (à sa droite) et Laurent Grognu du secteur développement de la confédération FO (à l’extrême gauche). A l’arrière-plan : le bâtiment construit pour que les femmes fabriquent le beurre de karité dans de meilleures conditions, grâce au soutien la Confédération FO.

Multiplication des mouvements sociaux, pouvoir d’achat en chute libre, dégradation des conditions de travail, aggravation de la répression contre l’action syndicale… Autant de points communs que partagent le Burkina Faso et le Sénégal par-delà leurs particularités respectives et qui donnent un aperçu des enjeux actuels sur l’ensemble du continent africain. Une délégation de la confédération FO l’a constaté sur place, à l’occasion de deux séminaires organisés du 22 janvier au 1er février, au Burkina, puis au Sénégal, dans le cadre de la solidarité et de la coopération entre la Confédération FO et les organisations syndicales des deux pays, notamment l’ONSL (Organisation nationale des syndicats libres) au Burkina Faso et la CNTS (Confédération nationale des travailleurs du Sénégal).

Les échanges dans le cadre des séminaires animés par André Thomas, secrétaire confédérale FO chargée de l’international et Laurent Grognu, du secteur développement, ont porté sur les techniques de communication et de négociation collective.

Objectif pour les dizaines de syndicalistes qui ont participé aux séminaires : s’outiller le plus efficacement possible face à une situation économique et sociale de plus en plus tendue.

Au Burkina, quatre mois de grève dans l’Education nationale

Particulièrement illustrative du contexte, notamment du niveau déplorable du pouvoir d’achat au Burkina Faso, une manifestation des chauffeurs de taxis a eu lieu à Ouagadougou, à laquelle Andrée Thomas a participé. Ces derniers, témoigne-t-elle, ne peuvent plus vivre de ce qu’ils gagnent, car s’ils augmentaient leur prix pour répercuter la hausse de celui du pétrole, la population, pour qui le taxi est en réalité le transport en commun ( à cinq ou six) le plus courant y compris pour aller quotidiennement travailler, ne pourrait plus payer la course.

L’actualité pendant le séminaire au Burkina était également fortement marquée par la grève des agents du secteur de l’Education qui, avec le soutien des élèves, durait depuis quatre mois et s’est achevée le 28 janvier, jour où les syndicats de l’éducation et le gouvernement burkinabé ont signé un accord.

Si cet accord ne satisfait pas à 100% les organisations syndicales qui ont néanmoins voulu éviter de compromettre l’année scolaire pour leurs élèves, comme l’a indiqué le porte-parole de la coordination des syndicats de l’éducation, Wendyam Zongo, le gouvernement a tout de même dû s’engager à rehausser progressivement le budget alloué à l’Education.

Il a également accepté d’améliorer les bourses d’études, de fournir davantage de place en internat pour les élèves et d’ouvrir les cantines scolaires neuf mois par an au lieu de trois.

Enfin, le statut des agents de l’éducation sera revalorisé. Les conditions de vie et de travail vont connaître une évolution significative a indiqué W.Zongo à l’issue de la négociation.

Cette dernière revendication est littéralement vitale pour les enseignants au Burkina, comme dans beaucoup d’autres pays du continent africain. Ainsi, alors que les enseignants et les élèves manifestaient au Burkina le 11 janvier janvier, les écoles publiques de la capitale Tchadienne, N’Djamena ont fermé le 29 janvier et des manifestations éclataient pour protester contre la diminution des salaires des enseignants. La situation est tout aussi explosive au Mali, au Niger, au Congo, en Côte d’Ivoire, et au Sénégal.

Dans un tel contexte, au moment où les remises en cause du droit de grève se sont multipliées, mais aussi où un Haut Conseil pour le Dialogue Social (HCDS) est en train de se mettre en place, le secrétaire général de l’ONSL (Organisation nationale des syndicats libres) a insisté à l’occasion du séminaire sur la nécessité d’un dialogue social bien suivi au Burkina Faso, rappelant que c’est déjà une réalité dans d’autres pays, tels que le Benin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Au Sénégal, manifestation nationale massive le 23 janvier à l’appel de la CNTS contre la dégradation du pouvoir d’achat et de meilleures conditions de travail

Sénégal

Le séminaire au Sénégal a commencé le 29 janvier, six jours après la grande manifestation nationale du 23 janvier qui a rassemblé en masse les travailleurs de tous les secteurs d’activité (santé, éducation, collectivités locale, pêche, aquaculture, élevage…), à l’appel de la CNTS (Confédération nationale des travailleurs du Sénégal).

Précarité de l’emploi, perte de pouvoir d’achat, conditions de travail de plus en plus difficiles… Le monde du travail est dans la tourmente avait résumé le secrétaire général de la CNTS, Mody Guiro, en lançant en décembre l’appel à cette manifestation, précisant : Les travailleurs sont devenus les nouveaux pauvres, du fait de l’inadéquation entre les grilles salariales et le renchérissement du coût de la vie.

Une jeune enseignante qui participait au séminaire et qui fait la classe à 90 élèves a témoigné : avec huit ans d’ancienneté, elle gagne l’équivalent de 200 euros par mois (un litre de lait coûte 1,20 euro contre moins d’1 euro en France et un litre d’essence coûte 1 euro contre 1,54 au maximum en France pour l’essence la plus chère).

La marche organisée le 30 janvier par la CNTS et les quatre autres centrales syndicales avec lesquelles elle a formé une coalition et qui étaient toutes présentes au séminaire, était en réalité une étape dans la campagne nationale engagée par ces organisations pour défendre une quinzaine de revendications.

Les organisations syndicales commencent par revendiquer le respect des accords qu’elles ont conclus avec l’État et le patronat, tant dans le secteur public que privé. Elles demandent ensuite, entre autres, l’augmentation généralisée et hiérarchisée des salaires, la revalorisation du salaire minimum, le respect des droits et libertés syndicales, l’arrêt de la précarisation de l’emploi et l’approfondissement et l’élargissement de la protection sociale des travailleurs, y compris ceux du travail dit informel.

Ces petits boulots non déclarés qui font vivre des familles entières occupent plus de 50% de la main d’œuvre au Sénégal et plus de 80% au Burkina. Sur l’ensemble du continent africain, le travail informel représente 25 à 65% du PIB selon les pays.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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