Caves coopératives vinicoles : un accord salarial à déguster sans modération

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

Jean Luc LUYSSEN/REA

Il apporte une augmentation de 3 % pour l’ensemble de la grille de salaire, soit 70 euros brut, en moyenne, pour chaque salarié. L’accord signé en décembre dans les caves coopératives vinicoles et leurs unions, notamment par FO (2è syndicat du secteur, n’a pas été obtenu facilement. D’autant après un échec des premières négociations traduisant une dureté patronale qui va crescendo.

Si les fêtes de Noël évoque souvent le vin chaud parfumé aux épices, pour les salariés des caves coopératives vinicoles, cette fin d’année a le goût d’une augmentation salariale, forcément la bienvenue. Le 15 décembre, la FGTA-FO et les autres organisations syndicales représentatives dans le secteur ont signé avec la coopération agricole vignerons-coopérateurs un accord prévoyant une hausse de 3% sur l’ensemble de la grille salariale.

Applicable au 1er janvier 2022, cet accord a été le fruit d’une discussion difficile avec le patronat. Un premier rendez-vous avait été fixé le 30 novembre. Mais face à la proposition très minime du patronat, qui évoquait une hausse de 2 % et seulement pour les plus bas salaires de la grille, nous n’avions pas trouvé de compromis, raconte Pascal Saevoyet, secrétaire fédéral de FGTA-FO. Il nous semblait inconcevable de négocier une hausse en deçà de celle de l’inflation, ajoute Hervé Proksch, secrétaire général FO Agriculture Vaucluse et salarié dans une coopérative.

Dans un contexte d’inflation à plus de 2%, l’augmentation des salaires paraissait plus que nécessaire. D’autant que la colère commençait à se sentir, ajoute Hervé Proksch. Nous le notions sur le terrain, ainsi que plusieurs directeurs de coopératives. Les syndicats avec Force Ouvrière à la manoeuvre ont demandé une seconde réunion avant la fin de l’année. Et lors de celle-ci, après avoir obtenu une suspension de séance, l’accord a été signé. Je dis souvent qu’il n’y a ni gagnant ni perdant dans une négociation, sourit Pascal Saevoyet. Il faut saluer celle-ci, tant du côté des syndicats que des employeurs qui ont pris leurs responsabilités.

En 2022, on reparle salaires et carrières

Cet accord, qui se traduit par une augmentation de 70 euros brut mensuels, en moyenne, pour chaque salarié, intervient également après plusieurs années de d’un manque de reconnaissance salariale pour les travailleurs du secteur. En 2020, l’accord, signé par une seule organisation syndicale, prévoyait une hausse de 0,8 % des salaires. Une mesure ridicule aux yeux de FO !, souligne Pascal Saevoyet.

D’autres chantiers attendent les organisations syndicales, dès le début de 2022. La question du télétravail, qui s’est posée pour la première fois lors des confinements, n’a toujours pas été résolue, indique le secrétaire fédéral de la FGTA-FO. Pour cette année qui s’annonce, il sera encore question des possibilités de progression dans la carrière et donc de salaires.

La grille de la convention collective nationale des caves coopératives agricoles (CCVF), appliquée depuis 2008, prévoit quatre échelons (embauché, confirmé, maîtrisé et expert). Un mécanisme d’évolution du salarié a été mis en place dans la grille avec des durées spécifiques à chaque échelon. Seul le passage à l’échelon Expert se fait après une évaluation conjointe entre l’employeur et le salarié. Les conditions sont floues et il ressort de nos constats du terrain que très peu de salariés sont placés à cet échelon, précise Hervé Proksch. FO demande que les salariés puissent accéder effectivement ce niveau Expert.

Les employeurs durcissent le ton

Dans ce secteur, qui en 2015 comptait 623 caves coopératives pour un chiffre d’affaire de 5,6 milliards d’euros, les évolutions se font sentir. L’état de santé du secteur demeure bon certes, mais… On constate les changements de consommation, par exemple le fait que les gens achètent plus de cubis de vin que de bouteilles, explique Pascal Saevoyet. Ce qui renvoie à un problème plus large, celui du pouvoir d’achat… Mais les inquiétudes des professionnels concernant l’avenir économique du secteur sont liées en premier lieu aux conditions climatiques faites d’aléas. Or, le succès, ou pas, des vendanges, indispensable pour les caves coopératives, dépend directement de ces conditions climatiques.

Dans ce contexte, Pascal Saevoyet et Hervé Proksch constatent que le ton se durcit du côté de la délégation des employeurs. Si nous sommes conscients que certains sont de petites caves coopératives et peuvent connaître des difficultés, ce n’est pas le cas de tous, souligne le secrétaire fédéral de FGTA-FO. Il y a de très grosses caves agricoles qui sont bien loin de connaître les conditions de travail et des difficultés du monde agricole. Et, insistent les deux militants, FO, 2e syndicat dans le secteur continuera de faire valoir les droits de travailleurs.

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