Cetelem : grève très suivie pour les salaires

InFO militante par Fanny Darcillon

©DENIS/REA

Les salariés de l’entreprise de crédits à la consommation n’entendent pas se contenter des 0,6% d’augmentation générale proposés par la direction, et se sont fortement mobilisés pour leurs droits. Après une grève très suivie, le bras de fer avec la direction continue.

Quand on travaille dans le monde bancaire, on nous considère comme des enfants gâtés, déplore Carla de Araujo, représentante de section syndicale FO chez BNP Personal Finance, la filiale de BNP Paribas qui détient la marque de crédits à la consommation Cetelem. Pourtant, depuis quelque temps, la militante voit monter la précarité autour d’elle, notamment chez les mères célibataires : De plus en plus de salariés font des demandes d’avances de salaire, parce que les fins de mois sont un peu justes.

Jeudi 16 juin, ils étaient nombreux à faire grève pour leurs salaires et leurs conditions de travail, à l’appel d’une intersyndicale à laquelle participe FO. Selon les services, entre 50 et 80% des salariés se sont mobilisés, avance Carla de Araujo. Leur revendication : une augmentation générale de 125 euros mensuels pour les salaires annuels fixes jusqu’à 41 000 euros bruts. Car si le montant alloué lors des NAO est acceptable, il est en fait essentiellement destiné aux hausses individuelles.

L’enveloppe est plutôt correcte : le gros problème, c’est la répartition, expose la représentante FO. Sur une équipe de quinze, environ deux personnes sont augmentées chaque année, donc on peut l’être tous les cinq ou six ans au mieux. Mais la direction nous dit que si on n’est pas augmenté tous les quatre ans, c’est qu’on ne s’investit pas assez pour l’entreprise. L’augmentation générale proposée par Cetelem plafonne pour sa part à 0,6%, quand l’inflation est en juin de 5,8% sur un an, selon l’Insee.

La méfiance demeure malgré l’ouverture des discussions

Lors d’une première réunion où les syndicats avaient fait part du mécontentement des salariés, la direction avait émis trois pistes : lisser le treizième mois sur toute l’année, réduire le budget reversé aux œuvres sociales du comité d’entreprise, ou renoncer à demander des expertises lorsque sont mis en place de nouveaux plans. On prendrait ce qu’on a déjà pour l’allouer d’une autre manière, déplore Carla de Araujo.

Face à la considérable mobilisation lors de la grève, la direction a proposé la mise en place de groupes de travail cet été, afin de discuter des revendications des salariés. Malgré une certaine impression que sa hiérarchie essaye de gagner du temps, les syndicats vont s’attabler, explique la représentante FO : On se doit d’essayer, mais on va tenter d’obtenir un geste de bonne foi dès le départ. Si le mouvement de grève est suspendu, elle prévient que les salariés restent très mobilisés à la suite des propositions décevantes de leur direction.

Force ouvrière se bat tout particulièrement pour les 2 000 techniciens de l’entreprise : les conseillers clientèle, les petites mains, ceux qui vous répondent au téléphone, détaille Carla de Araujo. L’inflexibilité de BNP Personal Finance face à des revendications salariales, motivées par la forte hausse du coût de la vie, contrarie d’autant plus les travailleurs que BNP Paribas se porte bien : le résultat net part du groupe a augmenté de 19,2%, atteignant 2,1 milliards d’euros. Ces résultats positifs sont aussi là grâce à l’engagement des salariés, qui se sont beaucoup adaptés pendant la crise du Covid. On nous a remerciés, mais il n’y a eu que des mots. Ça ne suffit plus.

Une organisation du temps de travail qui inquiète

A la faible reconnaissance salariale, s’ajoute une dégradation des conditions de travail ces dernières années. Un nouvel accord sur l’organisation du temps de travail a été signé en mars et doit entrer en vigueur en janvier 2023. On passe d’une journée de 8h30 à 19h, à une journée de 8h à 20h, avec travail pour tout le monde le samedi, affirme Carla de Araujo. Cela ne nous permet pas d’avoir un équilibre décent entre vie professionnelle et vie personnelle.

Une alternance de semaines hautes à 45 heures et de semaines basses à 22 heures devrait également être mise en place, en fonction des périodes et des flux téléphoniques associés. Pour une maman ou un papa solo, si ça tombe sur sa semaine de garde, c’est un problème, souligne-t-elle. Ce sera décidé en amont, donc on aura de la visibilité, mais ce ne sera évidemment pas au choix du salarié. C’est un bouleversement que l’on subit, et qui fait peur.

Une ambiance d’incertitude plane en outre sur certains services, appelés à fermer faute d’activité suffisante, afin de réaffecter les salariés ailleurs. On a l’impression d’être des pions, que l’on bouge en fonction des besoins du moment. Les salariés vivent dans l’inquiétude de se demander : est-ce que demain mon service ou mon poste existeront toujours, est-ce que ce sera ceux que j’ai choisis ? Face à un dialogue social de plus en plus tendu, les arrêts maladie et les burn out se multiplient selon la représentante FO. Autant de chantiers à ouvrir dans les groupes de travail appelés à se réunir cet été.

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