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Christine Lazerges présidente de la CNCDH : « Le racisme n’existe pas dans les cours de maternelle »

, Nadia Djabali

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Le rôle de l’école dans l’éducation à la tolérance est primordial, et ce, dès le plus jeune âge. © Michael LUMBROSO / REA

Un rapport récemment publié par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) constate que les préjugés hostiles aux minorités sont en recul. Entretien avec Christine Lazerges, présidente de la CNCDH.

Le rapport de la CNCDH indique que la parole publique est primordiale pour lutter contre le racisme.

Christine Lazerges : La parole publique peut être stigmatisante ou non. Lors des émeutes survenues en 2005 en banlieue, le discours de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, n’a pas été apaisant. A contrario, après les attentats de 2015 et 2016, la parole publique a été raisonnable et a bien établi la différence entre les terroristes de Daech et les musulmans de France. Du coup les grandes manifestations qui ont suivi les attentats ont été représentatives de la diversité du pays. Il y a eu des pics d’infractions antimusulmanes immédiatement après les actes terroristes. De la même façon, les manifestations d’antisémitisme sont plus nombreuses lorsque les tensions augmentent entre Israël et la Palestine.

Comment lutter efficacement contre le racisme ?

C. L. : Nous partons de l’hypothèse que le chemin est court entre le préjugé, la discrimination et l’acte raciste. L’éducation a donc un rôle primordial, et ce, dès la petite enfance. L’école doit venir compléter ou pallier le manque d’éducation à la tolérance. Les enseignants doivent être d’une fermeté absolue à cet égard. Les enfants ne naissent pas racistes. Le racisme n’existe pas dans une cour de maternelle. C’est seulement plus tard, au niveau du collège, du lycée, que certains jeunes, sous l’influence des médias, des réseaux sociaux, des jeux vidéo… adoptent des comportements à caractère raciste.
Parmi les onze principales recommandations émises par la CNCDH, la plus importante à mes yeux concerne l’éducation, notamment l’enseignement de l’histoire de la France et la connaissance du fait religieux en France. Il est essentiel que les élèves sachent que notre pays n’a jamais été un village gaulois, qu’ils apprennent d’où ils viennent, qu’ils comprennent pourquoi l’esclavage a existé et existe encore sous de multiples formes. L’éducation dès le plus jeune âge doit permettre aux jeunes de partager une culture commune, ce qui n’est pas encore le cas. Or la culture, l’intelligence de la curiosité, la rencontre de l’autre différent sont des préalables pour lutter contre le racisme.

Comment réagissent les victimes d’actes ou de paroles racistes ?

C. L. : La plupart des victimes ne portent pas plainte. En conséquence, les statistiques du ministère de l’Intérieur ne mesurent que l’écume du phénomène. Le comportement des victimes est très différent selon qu’elles ont un accès plus facile à la justice. Les juristes, par exemple, ont moins peur de se rendre dans un commissariat. Beaucoup ignorent qu’il est possible de porter plainte sur Internet, et dans un autre commissariat que celui de son quartier. Les réticences sont particulièrement fortes là où les relations avec la police sont difficiles. Il arrive que, lorsque les victimes cherchent à déposer plainte, la plainte ne soit pas enregistrée ou qu’elle fasse simplement l’objet d’une main courante, laquelle n’est pas transmise au parquet. Une difficulté supplémentaire vient de ce que les associations d’aide aux victimes ne sont pas assez connues. Leur siège est souvent dans les centres-villes et/ou dans les maisons de justice et du droit, mais pas assez facile d’accès pour les victimes potentielles.

 

Propos recueillis par Nadia Djabali

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Éphéméride

13 décembre 1980

État de guerre en Pologne
Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste. Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en (...)

Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste.

Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en 1970, lorsque, à Szczecin la grève paralyse les chantiers navals et qu’un comité de grève est élu démocratiquement avec à sa tête Edmund Baluka.

En juillet 1980, des grèves éclatent dans tout le pays suite à l’augmentation de 100% du prix de la viande. Mais l’étincelle vient d’un fait beaucoup plus mineur. Le 13 août, Anna Walentynowicz, une syndicaliste est licenciée des chantiers navals Lénine de Gdansk. Le lendemain, les 16.000 ouvriers débrayent, demandant la réintégration de l’ouvrière et une augmentation de 130 francs par mois.

Le 16 août, tous les ports de la Baltique sont touchés et un comité de grève interentreprises (MKS) est fondé. Les transports en commun entrent à leur tour dans la danse. Le patron du parti communiste polonais, Edward Gierek, annonce le 20 août quelques « réformettes » économiques et en même temps fait arrêter une vingtaine de dissidents. La grève générale touche alors tout le pays. Affolé, le pouvoir négocie avec le leader du MKS, un électromécanicien de 37 ans ayant déjà fait ses classes dans les grèves de 1970 : Lech Walesa, renvoyé en janvier 1980 pour fait de grève.

Débordé, le gouvernement cède. Les fameux accords de Gdansk sont signés le 31 août. Pour la première fois dans le bloc communiste, des syndicats indépendants sont reconnus. Solidarnosc, Solidarité rurale et l’Association indépendante des étudiants compteront dix millions d’adhérents à la fin de l’année.Face à ce raz-de-marée, Edward Gierek passe à la trappe en septembre et le général Jaruzelski devient Premier ministre en février 1981. Moscou, à l’époque d’un brejnévisme vieillissant, mise sur ce général aux lunettes noires et fait parvenir le 4 mars à Varsovie le message suivant :« Il faut renverser le cours des événements ».

Le premier congrès de Solidarnosc, réuni à Gdansk, du 5 au 10 septembre et du 26 septembre au 7 octobre, exige des élections libres. L’agence soviétique Tass parle alors« d’orgie anti-soviétique ». Jaruzelski confirme sa position en prenant la tête du parti le 2 octobre. Contrairement à ce qu’il racontera ensuite pour se dédouaner, Jaruzelski déclare l’état de guerre, sur ordre de Moscou, le 13 décembre 1981. Solidarnosc est décapité ; Walesa est en résidence surveillée puis en prison. Les communistes pensent avoir remporté la partie. Erreur, une direction clandestine, la TKK, est mise sur pied et organise efficacement une société parallèle bénéficiant de l’aide des syndicats libres de l’occident dont FO, qui d’ailleurs portera plainte auprès du Bureau international du travail contre l’interdiction officielle de Solidarnosc en octobre 1982.

L’avènement du gorbatchévisme, la pression américaine et l’exceptionnelle résistancede la population obligent legénéral Jaruzelski à composer. Entre février et avril 1989, une table ronde réunit pouvoir et opposition. Aux élections semi-libres de juin, Solidarnosc obtient 161 sièges à la Diète. Peu après, le symbole de Gdansk, Lech Walesa, est élu président de la République. Mais alors commence une autre histoire...

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