[Cinéma] Reprise en main ou le rêve d’une usine idéale

Culture par Sandra Déraillot, L’Info Militante

Gilles Perret porte à l’affiche son premier film de fiction. Reprise en main livre l’histoire d’un trio d’amis qui décident de reprendre une entreprise de décolletage de haute précision avant qu’elle ne soit rachetée par un énième fonds d’investissement. Des porteurs d’espoir dans un monde bien brut.

T’es sérieux avec cette histoire ? Vous pouvez pas vous planter ? demande Nathalie, inquiète, à son compagnon Cédric. Mais c’est pour nous aussi, parce qu’on peut pas vivre avec la tête baissée comme ça. Berthier, l’usine de décolletage dans laquelle il travaille va encore être rachetée. Cette fois par l’un de ces fonds vautours dont l’objectif est de récupérer un maximum d’argent en un minimum de temps, laissant derrière eux des outils de production exsangues. Mais dans la tête du salarié jaillit un autre projet, celui de racheter – avec un petit trio d’amis – l’entreprise à laquelle il tient. Et quand ce sera leur boîte, les salaires y seront plafonnés de 1 à 3, il n’y aura pas de versement de dividendes (car tout sera « réinvesti dans l’outil de production ») et 50 % des sièges du CA seront occupés par les ouvriers.

Reprise en main est le premier long métrage de fiction de Gilles Perret, réalisateur connu pour ses documentaires engagés sur le front social. Très récemment, il a tourné avec François Ruffin Debout les femmes (2021) et J’veux du soleil (2019). Précédemment il s’est intéressé à l’histoire de la Sécu (La Sociale, 2016) et au programme qui a présidé à sa création, le Conseil national de la résistance (Les Jours heureux, 2013). Et son premier long métrage sorti en salle portait sur la mondialisation (Ma Mondialisation, 2006) racontée à travers le portrait d’un patron atypique de la vallée de l’Arve. L’endroit même où il est revenu tourner sa fiction.

Un retour aux sources

Il faut dire que Gilles Perret est né là, en Haute-Savoie. D’abord ingénieur, il y a commencé sa vie professionnelle avant d’être séduit par le cinéma. Et il y vit toujours : Je me suis inspiré de ma propre histoire, de celle de mon père, de celle de mes copains, explique le réalisateur. Le fait d’avoir travaillé dans l’usine que l’on voit dans le film (c’est celle d’un copain, j’y ai installé des machines) ça m’a permis de me sentir à ma place sur ce plateau.

Ce long métrage prend le temps d’installer le décor, de montrer le travail, de suivre ouvriers et contremaîtres dans leur environnement, les cadences qui s’accélèrent, les risques qu’elles font peser sur les hommes sous la pression des investisseurs… confortablement installés outre-Manche.

On est loin des secteurs industriels en passe d’être sinistrés. Le décolletage est une activité de précision, désormais soumise à rude concurrence, et dans laquelle des entreprises françaises excellent. C’était un des buts du film : montrer qu’il existe en France une industrie performante, souligne Gilles Perret. Pourtant ça fait trente ans qu’on nous fait croire que l’industrie est finie, qu’il n’y a plus d’ouvriers, que les Français sont nuls tout en modifiant les règles pour que l’industrie puisse partir. Il y a eu une irresponsabilité dramatique de la part de des responsables politiques.

De l’humour et de la profondeur

Au casting : Pierre Deladonchamps (meilleur espoir masculin pour L’Inconnu du Lac en 2014), l’excellent Gregory Montel (qui n’en finit pas de briller depuis la série télévisée de France 2, Dix pour cent), mais aussi Rufus qui campe un ancien syndicaliste retraité et Laetitia Dosch en adjointe de direction qui doit choisir entre une brillante carrière internationale au risque de trahir ses origines et le fou projet de reprise de Cédric. Tous jouent juste dans une intrigue relativement simple sans être simpliste.

Les personnages sont attachants et leur combat touchant. On rit souvent, car l’objectif du réalisateur n’est pas de faire pleurer dans les chaumières : C’est par les aspects positifs qu’on peut donner envie de se relever, souligne Gilles Perret. Il ne faut pas laisser croire que rien n’est possible. Ce sont les dominants qui véhiculent ce discours.

 

En salle le 19 octobre, Reprise en mains, 107 minutes (Elzévir films, Jour2fête et VLR production).

 

Sandra Déraillot Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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