[Cinéma] « Twist à Bamako » de Robert Guédiguian

Culture par Christophe Chiclet, L’Info Militante

Le cinéaste germano-arménien de Marseille, a quitté sa chère Estaque et ses chroniques sociales marseillaises pour faire un film sur les jeunes indépendances africaines, entre espoir et désenchantement.

L’histoire : en 1962, le Mali a accédé à l’indépendance deux ans plus tôt, sous la direction de Modibo Keïta. Tiers-mondiste et socialiste, il oriente son pays vers une socialisation de l’économie. C’est dans cette époque post-coloniale où les rêves de lendemains qui chantent séduisent une partie de la population que se situe l’action du film. Samba, fils d’un riche commerçant vit corps et âme l’idéal révolutionnaire. Il parcourt le pays pour expliquer aux paysans les vertus du socialisme. C’est là en pays bambara, que surgit Lara, une séduisante jeune fille mariée de force, comme le veut la tradition. Samba et Lara savent leur amour menacé. À l’image de la révolution malienne, la danse, la joie, la beauté et la jeunesse des corps et des âmes donnent à ce film un élan et une vitalité jouissive. Cette ode à la vie, à la pureté des idéaux et à l’évidence du premier amour, ne peut qu’accoucher d’un drame. On connaît la suite. La Françafrique qui refuse et combat toute tentative socialiste dans ses anciennes colonies africaines, la corruption généralisée, les coups d’État militaires à répétition. Bref, le terreau idéal pour l’implantation d’un islam radical et des groupes djihadistes qui mettent aujourd’hui toute l’Afrique sahélienne à feu et à sang, imposant le pire des obscurantismes !

Guédiguian l’idéaliste

Interviewé par le mensuel Nouvelles d’Arménie Magazine, le réalisateur déclare : Je crois que l’on assiste à un retour en grâce des idées collectives. Si la pandémie a généré un repli sur soi, sur le réseau familial et amical proche, elle a aussi suscité des solidarités inattendues (...) les gens ressentent la nécessité de se montrer plus collectifs à tous les niveaux.

Quant à la situation au Mali : L’endroit où je dénonce non pas l’islam mais l’islamisme est la fin. Je voulais montrer que si cette voie de la révolution avait pu se maintenir, on n’en serait sans doute pas là où on est aujourd’hui au Mali. Des voyous aujourd’hui interdisent tout. Je condamne cet intégrisme là, comme tous les intégrismes.

Robert Guédiguian [1] est infatigable. Il prépare actuellement un nouveau tournage sur Marseille. Son prochain film a déjà un titre : « Et la fête continue ». Par ailleurs, en décembre, il a sorti un livre d’entretiens avec Christophe Kantcheff, rédacteur en chef adjoint de Politis. Guédiguian y livre ses idées politiques et sociales passées et présentes, ses idéaux, ses espoirs, ses déceptions.

 

Réalisation Robert Guédiguian, avec Stéphane Bak, Alice Da Luz Gomes, Saabo Balde, sorti le 5 janvier, encore dans les salles d’art et d’essai, durée : 2h07.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

Notes

[1Guédiguian , avec Chrsitophe Kantcheff. Les éditions de l’Atelier, 2021, 19,90 €.

Sur le même sujet

Stéphane Brizé : « la colère des salariés est légitime »

Cinéma par Françoise Lambert

Avec « En guerre », actuellement en salles et présenté au dernier festival de Cannes, le réalisateur Stéphane Brizé signe un nouveau récit, dans la foulée de « La loi du marché », sur l’indécence à l’œuvre dans le monde du travail. Interview autour d’un film qui met en scène la lutte de salariés contre la fermeture de leur usine rentable, avec Vincent Lindon en tête d’affiche dans la peau d’un représentant syndical, et des militants syndicaux dans leur propre rôle.