Climat : malgré la pression, la COP 25 a fait flop

International par Evelyne Salamero, journaliste L’inFO militante

Article publié dans le Dossier Climat
© Juan Carlos Rojas/ZUMA Press/ZUMA/REA

La Cop 25 s’est terminée le 15 décembre, soit deux jours plus tard que prévu. Mais ces deux journées supplémentaires n’ont pas suffi aux représentants des États participants pour parvenir à un accord à la hauteur de l’urgence climatique, a regretté le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, « déçu » du résultat. Pour le mouvement syndical international, la déception est double. Une fois de plus. Si les résultats ne sont pas satisfaisants du point de vue de l’urgence climatique, ils ne le sont pas davantage du point de vue de l’urgence sociale, ont constaté les 150 syndicalistes qui composaient la délégation de la Confédération syndicale internationale (CSI), dont Marjorie Alexandre, secrétaire confédérale FO et Eric Keller, secrétaire fédéral FO Métaux.

Cette 25e conférence des 196 pays signataires en 1992 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUC) s’était pourtant ouverte le 2 décembre sous la pression d’un contexte alarmant. Mais les signaux n’ont visiblement pas été entendus.

Délocalisée pour cause de crise sociale

Premier signal : alors qu’il était initialement prévu qu’elle se déroule à Santiago, la capitale du Chili, la COP 25 a dû être délocalisée à Madrid, en raison du mouvement social qui secoue l’un des pays les plus riches, mais aussi les plus inégalitaires d’Amérique Latine.

L’échec de la Cop 25 ne peut que se lire à l’aune des multiples crises qui secouent le monde, et en premier lieu celle du multilatéralisme qui conduit à l’incapacité des États à s’accorder au niveau mondial pour lutter contre les inégalités, donner toute sa place au dialogue avec les interlocuteurs sociaux et garantir la paix et la démocratie, a réagi la confédération FO à l’issue des travaux.

Deuxième signal : la publication par l’ONU, à la veille de l’ouverture des travaux, d’un rapport selon lequel les États devraient revoir nettement à la hausse leurs ambitions en matière de diminution des émissions de gaz à effet de serre, pour pouvoir tenir les objectifs fixés par l’accord signé en 2015 à Paris, lors de la COP 21.

L’accord de 2015 prévoit que chaque pays présente – au plus tard – en 2020, soit d’ici la COP 26 qui se tiendra l’an prochain à Glasgow, un plan national détaillé pour réduire ses émissions de façon à maintenir le réchauffement climatique entre +1,5° et +2°. Désormais, même si les engagements déjà pris étaient respectés, ce qui est loin d’être le cas, la température mondiale pourrait augmenter de plus de 3°, indiquent les experts du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Inégalités entre États aussi

Quelque 80 pays seulement se sont engagés à revoir leurs efforts à la hausse. Et ils ne sont responsables que de 10% des émissions mondiales. Ils étaient 68, représentant 8% des émissions, au début de la COP... L’avancée est donc infinitésimale. Il avait d’ailleurs été acté dès la fin de la première semaine des travaux de cette COP 25, qu’aucun accord global visant à mettre la barre plus haut ne serait trouvé cette année.

Aucun des grands émetteurs (États-Unis, Brésil, Inde, Chine…) n’a accepté de revoir ses engagements à la hausse, sachant que la Chine et l’Inde insistent sur la responsabilité des pays les plus riches à investir davantage pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

De plus, les pays en développement devront batailler encore pour obtenir des aides financières à la hauteur pour les aider à faire face aux catastrophes naturelles dues aux changements climatiques.

Un financement degré zéro ou presque

En clair, la question du financement de la lutte contre le réchauffement climatique est très loin d’être réglée. La communauté internationale a raté une occasion importante de faire preuve d’une ambition plus grande en matière d’atténuation (c’est-à-dire de réduction des émissions de gaz à effet de serre), d’adaptation et de financement de la crise climatique, a d’ailleurs résumé le secrétaire général de l’ONU.

De fait, le fonds vert pour le climat, mécanisme visant à transférer des fonds aux pays les plus exposés aux conséquences du changement climatique n’a reçu que 20 milliards de dollars depuis sa mise en fonction en 2015, pour un objectif fixé à l’origine à 100 milliards de dollars par an d’ici 2020… Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris, officiellement confirmé le 4 novembre et qui sera effectif dans un an, ne va rien arranger…

La question de l’augmentation de la taxe carbone dont les pays les plus pollueurs doivent s’acquitter pour aider les plus vulnérables a été repoussée à la prochaine Cop.

Et les emplois ?

Quant à la question du devenir des emplois dans la cadre de la transition énergétique… Elle reste entière.

Pour FO, qui a toujours revendiqué de concilier l’urgence climatique et l’urgence sociale, il est indispensable d’évaluer les impacts du changement climatique sur l’emploi afin d’anticiper et accompagner la reconversion des territoires concernés, et aussi des entreprises et des travailleurs dont les emplois sont appelés à disparaître., afin de garantir un emploi décent à chacun.

Menant campagne avec la CSI pour l’adoption d’une nouvelle norme de l’OIT (Organisation internationale du travail) qui garantisse une transition socialement juste, la confédération FO réaffirmait en septembre dernier : la protection de l’environnement ne doit pas se faire au détriment de l’emploi, de la protection sociale collective et de l’ensemble des droits (…). Pour FO, au contraire de ceux qui s’inscrivent dans un pacte social sur l’urgence climatique, il n’est pas question de soumettre les revendications sociales à des considérations sociétales ou écologiques.

FO entend donc être consultée sur les engagements nationaux que présentera le gouvernement français à la COP 26 afin qu’un dialogue soit ouvert tant sur l’investissement nécessaire en recherche et développement dans le cadre d’une vision prospective de l’emploi que sur les mesures de protection sociale essentielles à une transition socialement juste dans les secteurs impactés, a-t-elle fait savoir à l’issue de cette COP 25.

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