Clinique de la muette : les salariées toujours en grève

InFO militante par L’Info Militante

Clinique de la Muette

Face au projet de sous-traitance du bio nettoyage, des agents de la clinique ont entamé un bras de fer avec la direction. En grève depuis le 15 novembre, ces salariées en souffrance ont le sentiment d’avoir été « trahies ».

Elles s’appellent Mabella, Ounisa, Tsatiana, Aldjia et Farida. Elles sont en grève depuis le 15 novembre. Chaque jour, bravant la météo et le froid, elles sont présentes de 8h à 11h30 devant la clinique de la Muette à Paris dans le 16e arrondissement.

Ces Agents de Service Hospitalier (ASH) qui s’occupent du bio-nettoyage, de la restauration, refusent l’externalisation de leur service au groupe ELIOR décidé par leur employeur. En tout, ce sont 14 personnes qui sont concernées à partir du 1er janvier 2022. Alors qu’elles ont été en première ligne pendant toute la pandémie, avec ou sans confinement, elles vivent cette décision comme une trahison. C’est un vrai sentiment de déshumanisation, de chosification qui transparaît dans leurs propos. Comment peut-on décider de les traiter comme cela, alors qu’elles ont été présentes, ont fait plus que leur travail, bravé toutes les inquiétudes pendant les moments les plus durs pour être présentes ? indique Éric Khat, délégué syndical FO à la clinique de la Muette, en grève lui aussi pour les soutenir.

En effet, externaliser dans le groupe Elior ces salariés signifierait concrètement les sortir des équipes de soins et à leur faire perdre de nombreux avantages liés, entre autres, à la convention collective souligne Franck Houlgatte, Secrétaire général de FO Santé Privée.

Ce serait leur faire perdre le bénéfice de la filière soignante et concourant aux soins de la convention collective de l’hospitalisation privée applicable dans l’entreprise. Leur nouveau statut impliquerait qu’elles n’appartiennent plus au personnel de la clinique, mais seraient salariées d’un prestataire extérieur. Elles perdraient alors beaucoup d’acquis comme celui de la prévoyance dont la couverture est de 6 ans actuellement mais uniquement de 3 mois si elles venaient à basculer dans la convention collective du nettoyage, moins disante.

La direction a rencontré collectivement les salariés non concernés pour vanter ce projet de transfert. Et les salariées concernées par cette externalisation ont été reçues individuellement, la direction leur assurant que les rémunérations ne seraient pas impactées. Ce sont des personnes payées au Smic rappelle Carmen Catarino. Le Ségur leur a permis de gagner un peu plus. La direction a fait une étude comparative et soutient que ce transfert n’implique pas une baisse des salaires. Mais quid des autres droits sociaux, comme la prévoyance ? s’interroge la représentante syndicale. On le sait, souvent le fait de travailler en sous-traitance détériore les conditions de travail. Notamment parce que l’entreprise cherche à faire baisser ses coûts pour être plus concurrentielle , souligne Carmen Catarino.

Oui, elles ne sont que des ASH pour certains. Et pourtant, chaque jour, malgré la pression de la direction, de certaines cadres ainsi que de certains salariés, elles votent la grève et n’entendent pas se laisser faire. C’est David contre Goliath. Mais David a gagné, non ? Car elles affrontent un groupe qui pèse énormément : le groupe Ramsay Santé, présent dans 350 établissements, dans 5 pays européens avec plus de 36 000 salariés. Les salariées qui restent mobilisées tiennent bon, quitte à se faire licencier par la suite car elles ne veulent pas d’être salariées d’Elior. indique Eric Khat.

C’est d’autant plus aberrant qu’il ait la volonté de s’attaquer à une dizaine d’ASH pour pouvoir encore une fois augmenter ses bénéfices. indique Franck Houlgatte. Alors qu’il bénéficie depuis le début de la pandémie de la garantie financière du gouvernement, il n’a aucun scrupule à s’attaquer à ses salariés exerçant le bio-nettoyage au prétexte falla cieux qu’il ne sait pas les former. En effet la direction n’invoque aucun motif économique. Elle considère qu’elle n’est pas en capacité de gérer le bio nettoyage car n’ayant pas les compétences, notamment pour former les agents. Or, elle en garde cinq dans divers blocs explique Carmen Catarino, représentante syndicale FO au Comité de groupe Ramsay Santé, pointant le paradoxe.

Alors que jusqu’à présent, les agents du bio-nettoyage sont sous la responsabilité de la directrice des soins, ce que prévoit la convention collective de l’hospitalisation privée dont dépendent la clinique et le groupe, la direction a réorganisé le bio nettoyage en affectant au service Assurance Qualité les treize agents des services hospitaliers (ASH) concernés par l’externalisation. Pour rendre crédible son projet, la direction voudrait faire croire que ces personnels ne sont pas en charge du soin, explique Carmen Catarino. Or, ils le sont puisque dans les établissements de soins privés et publics, la prise en charge est globale, ce qui inclut le bio nettoyage.

Après vingt ans d’ancienneté…

Pour les agents concernés, majoritairement des femmes, cette incertitude sur l’emploi est source de souffrance. Elles sont là depuis parfois plus de 20 ans. Après avoir été en première ligne l’année dernière, certaines ont eu le Covid. Et là, en guise de reconnaissance, la direction les pousse vers la sortie avec un coup de pied aux fesses, comme elles le disent elles-mêmes. Pour elles, c’est un sentiment de trahison qui est très dur à vivre s’indigne Eric Khat.

Accompagnées de leur syndicat FO, elles ne baissent pas les bras. Un rapport d’expertise des risques psycho-sociaux liés au projet d’externalisation a été demandé par le CSE qui doit se réunir en session extraordinaire. Celui-ci serait fortement accablant selon les indications des représentants syndicaux. Force Ouvrière a également sollicité l’inspection du travail sur le recrutement de CDD pour remplacer les grévistes et effectué un droit d’alerte pour danger grave et imminent relatif aux pensées suicidaires d’une ASH concernée par ce projet d’externalisation. On a agi avant qu’un drame ne survienne. Les personnes que j’ai rencontrées sont vraiment en grande souffrance souligne Carmen Catareno.

Si aucune d’entre elles n’étaient syndiquées jusqu’à maintenant, elles le sont aujourd’hui, et à FO qui représente 60% aux dernières élections. Elles peuvent compter sur le soutien plein et entier de beaucoup de camarades, notamment de l’UD FO de Paris, de la Fédération ainsi que de l’Union Locale FO de Courbevoie. Elles ont pu concrètement le constater avec la venue de camarades pour leur apporter leur soutien devant la clinique à différents moments. Tous n’ont pu que constater le courage et la détermination qui animent ces femmes qui ne veulent pas baisser les bras.

« Elles ont déjà des petits salaires, indique Eric Khat. Aucune ne demande rien. Elles ont apprécié les marques de soutien que beaucoup leur ont apportées. Mais après 30 jours de grève, elles ont besoin de la solidarité financière de chaque camarade. » Un message relayé également par la Fédération FO Santé Privée.

Pour les soutenir, une caisse de grève a été mise en place. Les chèques sont à établir à l’ordre de FO 75 en indiquant sur le dos du chèque : Clinique de la Muette et à envoyer à :

Union Départementale FO de Paris
Caisse de grève de la Clinique de la MUETTE
131 rue Damrémont
75018 PARIS
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