Emploi et Salaires

Commerce alimentaire : Ça chauffe chez Picard

, Françoise Lambert

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Jeudi 9 avril, les salariés du groupe de surgelés Picard seront en grève, répondant ainsi à l’appel lancé par la confédération Force Ouvrière à une journée de grève et de manifestations.

« Notre action se situe bien évidemment dans le cadre de la mobilisation contre l’austérité, qui nous touche de plein fouet », indique Jocelyne Bourgeois, déléguée syndicale centrale adjointe FO chez Picard, « nous dirons notre refus de recevoir l’aumône. »

Lors des négociations annuelles obligatoires sur les salaires, le syndicat demandait une augmentation de 2,8%. La direction a finalement décidé fin mars d’accorder une hausse de 0,4%. Largement insuffisant pour Force Ouvrière, qui rappelle que le salaire moyen d’un vendeur assistant est de 1 000 euros par mois. « Nos représentants ont quitté la table au moment où la direction nous a proposé d’ouvrir une négociation sur une meilleure indemnisation des arrêts maladie de longue durée après la signature de l’accord sur les salaires », explique Jocelyne Bourgeois. FO n’a donc pas paraphé un accord « qui ne tient pas compte des économies substantielles réalisées par l’entreprise avec les crédits d’impôts accordés dans le cadre du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, ndlr). »

Autre élément qui interpelle les salariés : Le boulanger industriel suisse Arysta a signé le 31 mars avec l’actuel propriétaire de Picard, le fonds d’investissement Lion Capital, un accord pour racheter l’entreprise. Arysta devrait dans un premier temps acquérir 49% du capital (un investissement qu’il évalue à 446,6 milions d’euros) avant éventuellement d’en reprendre la totalité d’ici trois à cinq ans. La transaction globale, évaluée à 910 millions d’euros, atteint 2,25 milliards d’euros si l’on inclut les reprises de dettes. Picard est en effet une société qui a recours aux LBO (sigle de l’expression anglophone Leverage Buy Out - achat à effet de levier en français), une technique de montage financier qui permet l’acquisition d’entreprises, en ayant recours à un endettement remboursable par la société achetée elle-même. « Ce sont donc les salariés qui financent le remboursement de la dette d’acquisition de « leur » entreprise et rémunèrent les actionnaires. L’enseigne préférée des Français chouchoute ses clients, sert un festin à ses actionnaires, mais néglige ses salariés ! », protestent dans un tract commun le syndicat FO de Picard et la fédération de l’Agriculture et de l’Alimentation FO (FGTA-FO).

Le syndicat FO, majoritaire chez Picard a prévu de manifester devant le siège administratif du groupe à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Des rassemblements auront aussi lieu devant un magasin de centre ville à Marseille et devant l’atelier de conditionnement situé en périphérie de Nemours (Seine-et-Marne). A Issy-les-Moulineaux, les représentants FO demanderont à être reçus par la direction pour exposer leurs revendications touchant aux salaires et aux conditions de travail.

Le groupe Picard emploie environ 4 500 personnes en France, dont 3 000 dans ses magasins.