Commerce et banque : FO condamne des licenciements boursiers en cascade

Emploi et salaires par Clarisse Josselin

Conférence de presse organisée le 21 septembre à la FEC-FO, avec de gauche à droite : Jean-Paul Gathier, DSC FO Castorama ; Mireille Herriberry, responsable FO Banques et Sociétés Financières ; Sébastien Busiris, secrétaire général de la FEC-FO ; Gérald Gautier, Secrétaire de la section fédérale du Commerce & VRP à la FEC-FO ; Jacques Mossé-Biaggini, DSC FO chez Conforama et Mouloud Hammour, secrétaire FO du CCE chez Conforama. © C. JOSSELIN

En amont de la manifestation contre le projet de réforme des retraites, la fédération des employés et cadres FEC-FO a organisé le 21 septembre une conférence de presse pour dénoncer les licenciements boursiers en cascade dans les secteurs du commerce et des banques. Des représentants des salariés de Conforama et Castorama ont apporté leur témoignage.

Il n’y a pas que dans le commerce qu’il y a des patrons voyous, où que l’on soit, c’est toujours la même chose : pour augmenter les résultats et la rentabilité à court terme pour les actionnaires, on détruit l’emploi, a dénoncé Sébastien Busiris, secrétaire général de la fédération des employés en cadres FEC-FO, en ouverture de la conférence de presse. Ces entreprises gagnent de l’argent mais il leur en faut toujours plus. Vu qu’on ne peut pas augmenter les marges, le salarié devient le variable d’ajustement. Mais il ne faut pas oublier que derrière, il y a des familles.

La veille, la Société Générale avait annoncé la suppression de 530 emplois. Cela s’ajoute à un plan déjà en cours, qui prévoit la suppression de 3 450 emplois jusqu’à fin 2020 et la fermeture de 500 agences. L’enseigne a pourtant enregistré 4 milliards d’euros de bénéfices en 2018, a souligné Sébastien Busiris.

Toujours dans le secteur du crédit, des rumeurs annoncent la possible mise en vente de la banque de détail HSBC France, qui emploie 10 000 personnes en France. Et on doit s’attendre à d’autres annonces sur d’autres établissements, a alerté Mireille Herriberry, à la tête de la section banques et sociétés financières à la FEC-FO.

Chez Casto, les effectifs ont fondu de 10% en deux ans

Dans le secteur du commerce, Conforama a annoncé début juillet la suppression de 2 000 emplois et la fermeture de 32 magasins. Et ce n’est pas le premier plan social subi par l’enseigne. En dix ans, on a perdu 10 emplois en équivalent temps plein par magasin, explique Jacques Mossé-Biaggini, DSC FO chez Conforama. Il a dénoncé l’absence de motif économique à ces licenciements. En revanche, des bastions syndicaux sont voués à la fermeture, alors qu’ils n’ont aucune concurrence dans les 20 km alentour, a-t-il ajouté. Une pétition contre les fermetures a déjà recueilli 12 000 signatures.

Ce plan va permettre d’apporter directement du cash pour les créanciers qui représentent des fonds de pension, a poursuivi le délégué central. La France va payer l’addition des malversations financières de sa maison-mère, Steinhoff, découvertes en 2017. Il n’y a pas de problème de compétitivité en France.

Même schéma chez Castorama, détenu par le groupe Kingfischer. La direction a annoncé 700 suppressions de postes en 2019, après 400 suppressions en 2018. L’objectif est d’augmenter de 600 euros les dividendes pour les actionnaires, dénonce Jean-Paul Gathier, DSC FO. Les effectifs ont baissé de 10% en deux ans pour améliorer la rentabilité et satisfaire les promesses faites aux actionnaires. Mais Kingfisher se porte bien et n’est pas endetté.

46 milliards d’euros versés aux actionnaires en 3 mois

La négociation du plan social s’est achevée le 16 juillet 2019 avec la signature des syndicats CFE-CGC, CFDT et CFTC. Pourtant, le CCE reconnaît qu’il n’y a pas de motif économique, pointe le DSC. Les mesures d’accompagnement sont relativement hautes pour le secteur. Mais on incite les gens à partir avant la fermeture par rupture amiable, avec impossibilité derrière d’aller aux prud’hommes.

Sébastien Busiris a dénoncé le laisser-faire du gouvernement dans ces dossiers. La France est championne d’Europe des dividendes, il y en a assez pour tout le monde, (NDLR : au deuxième trimestre 2019, les entreprises tricolores ont versé 46 milliards d’euros à leurs actionnaires) a-t-il rappelé. Pour nous, l’augmentation du pouvoir d’achat ne signifie pas baisse d’impôts ou exonération de cotisations mais vivre d’un salaire décent.

Les deux délégués centraux ont dénoncé les « nouvelles lois », comme la loi Travail ou les ordonnances Macron, qui servent avant tout les actionnaires. Ces nouvelles lois ne nous permettent plus de résister comme auparavant, a déploré Jacques Mossé-Biaggini. Par le passé, on avait bloqué un PSE sur le SAV pendant des années pour défaut de consultation du CCE. Aujourd’hui ce n’est plus possible. Aujourd’hui, à Bercy, on nous dit juste de vérifier que la loi est bien respectée.

Les créanciers se gavent deux fois

Gérald Gautier, secrétaire de la section fédérale du Commerce à la FEC-FO, a fait le lien entre le système de retraite par capitalisation et les fonds de pension qui détiennent les groupes comme Vivarte ou Conforama, et qui les pressent au maximum. Les créanciers se gavent deux fois, en cédant les actifs et en pratiquant des emprunts usuriers à 12%, comme chez Conforama, tout ça sur le dos des salariés, a ajouté Sébastien Busiris. Mais les entreprises doivent comprendre que sans les salariés, elles ne sont rien.

A quelques heures de manifester à Paris, il a aussi rappelé son opposition au projet de réforme des retraites. Le calcul ne sera plus fait sur les 25 meilleures années, mais sur toute la carrière. S’il y a des trous dus au chômage ou à des accidents de santé, on le paiera plein pot à la retraite. Quand on voit la conjoncture, c’est inacceptable. Il a aussi dénoncé le système à points, la plus grande escroquerie, dont la valeur pourra être changée tous les ans. On ne veut pas se retrouver comme en Grèce, où le niveau des pensions a baissé de 20%.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

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