Communiqué de FO

Comptes de la Sécu et PLFSS 2019 : le grand saut vers la déprotection sociale

, Serge Legagnoa

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Ces dernières années, Force Ouvrière dénonçait une présentation des comptes trompeuse, laissant croire à des déficits, de fait purement artificiels, et laissant présager sa non-soutenabilité financière. Cette présentation des comptes nous donne raison pour nos analyses passées : les comptes sont au vert, et même l’État de prévoir des excédents pouvant dépasser la dizaine de milliards d’euros d’ici à peine 3 ans !

Victoire, la Sécu est sauvée ? Loin de là… Force Ouvrière dénonçait chaque année un danger grandissant résultant de décisions politiques : un transfert financier de la Sécurité sociale envers les caisses de l’État et les marges des entreprises. Vendue comme une politique en faveur du pouvoir d’achat des actifs, l’État donne ce qu’il a pris par ailleurs : le salaire différé. En outre, il renoue avec une bien mauvaise pratique, la non-compensation à la Sécurité sociale des pertes de recettes induites par les exonérations de cotisations patronales. Et revoilà que la Sécu paie les entreprises, pourtant déjà championnes du monde de distribution de dividendes ! La politique « sociale » du gouvernement révèle la justice sociale du « nouveau monde » : la solidarité des travailleurs envers les entreprises, la solidarité des plus faibles envers les plus forts !

Désormais, et après avoir attaqué sa gouvernance paritaire, l’État affaiblit financièrement la Sécurité Sociale, obérant alors sa capacité à être un amortisseur de crise qui, à n’en pas douter, surviendra inéluctablement. Un ONDAM à 2,5% – chiffre à rapprocher d’une inflation à 2,3% ! – signifie un relâchement budgétaire de 400 millions d’euros, soit une goutte d’eau dans l’océan des missions supplémentaires imposées.

Force Ouvrière le répète : il est possible à la fois d’améliorer les droits et de diminuer les cotisations en garantissant la pérennité financière de la Sécurité sociale. Comment ? En luttant contre le travail dissimulé et l’évasion fiscale, et en substituant à l’actionnariat salarié – très avantageux pour ne pas cotiser – une augmentation générale des salaires.

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Serge Legagnoa

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Éphéméride

20 octobre 1876

Le congrès de la salle de la rue d’Arras
Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne. Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, (...)

Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, le gouvernement dissout la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Un an plus tard, une restauration monarchiste échoue de très peu. Mais aux élections législatives de février-mars 1876, royalistes et bonapartistes n’obtiennent que 155 sièges contre 360 aux républicains. Or, ces derniers ne sont pas hostiles au mouvement ouvrier. Les travailleurs de Besançon en profitent et créent le premier syndicat de l’horlogerie en 1876, en liaison avec le puissant mouvement suisse.

C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

Le congrès réclame la liberté de réunion et d’association, le droit au travail, un salaire décent et les assurances chômage, vieillesse et maladie. Il affirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État, des partis et de l’idéologie socialiste pour se pencher sur l’étude pratique des revendications citées en introduction par le Comité d’initiative. Il est remarquable que, durant la réunion, seuls les ouvriers eurent le droit de s’exprimer. Ce congrès, où se côtoient des mutualistes, des coopérateurs et des syndicalistes, est, à sa manière, un pas vers la construction du syndicalisme autonome.

Les communards socialistes en exil, par la plume d’Édouard Vaillant, critiquent violemment cette autonomie d’action, traitant les délégués de « syndicaux de formation versaillaise, auxiliaires et point d’appui du monde bourgeois ». Cette forme d’indépendance syndicale dérange, dans les rangs des militants marxistes comme Vaillant et Chabert. En revanche, proudhoniens et positivistes résistent à la propagande politique. Les collectivistes repassent à l’offensive lors du troisième congrès de Marseille en octobre 1879. Ils réussissent à faire voter un texte demandant « la collectivité du sol, du sous-sol, des instruments de travail et des matières premières ». Ils tentent, sans succès, d’affirmer la primauté du politique sur le social. Leur but ultime : la création d’un parti des travailleurs. Mais le syndicalisme français résista à cette tendance, contrairement à ses homologues allemands, belges et hollandais.