Commerce non alimentaire : des dizaines de milliers d’emplois sur la sellette

Article inFO militante par Evelyne Salamero, journaliste L’inFO militante

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19

Conforama, mais aussi La Halle, André, Alinéa… La survie de nombreuses enseignes se joue aujourd’hui. La crise sanitaire est venue aggraver une situation déjà bien précaire. La section commerce de la Fédération FO des Employés et Cadres tire la sonnette d’alarme et rappelle la promesse du chef de l’État qu’aucune entreprise ne restera sur le carreau.

Les salariés de Conforama étaient déjà sous le coup du plan de restructuration de 2019 qui avait programmé la suppression de 1900 emplois et la fermeture de 32 magasins (sur 180) en trois vagues à partir de ce printemps 2020. Ils craignent aujourd’hui la mise en redressement judiciaire pure et simple de l’entreprise et attendent avec appréhension de savoir si, pour l’éviter, l’enseigne va obtenir des banques le Prêt garanti par l’État (PGE).

Conforama : les banques traînent des pieds

L’enjeu est de taille car au-delà des 9 000 emplois internes à l’enseigne, environ 20 000 emplois indirects sont concernés dans les entreprises dont l’activité dépend de ses ventes (fournisseurs, monteurs de meubles, livreurs…).

Depuis le mois de mars et jusqu’au 31 décembre 2020, une entreprise dont la trésorerie est impactée par l’épidémie du Covid-19 peut demander un PGE, quelle que soit sa taille et son statut. Le but de ce dispositif est d’éviter la faillite à une entreprise dont la trésorerie est fortement menacée à cause de l’épidémie de Covid-19, le chef d’État ayant promis qu’aucune entreprise ne restera sur le carreau.

Malheureusement, cela ne suffit pas toujours à convaincre les banques de prêter à des entreprises en difficulté. Dans le cas de Conforama, l’État a pourtant accepté d’élever le niveau de sa garantie de 80 à 90% de la somme que l’entreprise devrait emprunter, à savoir 320 millions d’euros.

Mais après déjà plusieurs semaines de tractations avec les quatre banques sollicitées (LCL, Crédit du Nord, HSBC et BNP Paribas), deux d’entre elles (HSBC et BNP Paribas) se font encore tirer l’oreille. Pour le moins. BNP-Paribas n’a pas même daigné participer à la dernière réunion organisée le 15 mai dernier par le Comité interministériel de restructuration industrielle (le Ciri, rattaché au ministère de l’Économie et des Finances, coordonne l’ensemble des acteurs financiers privés ou publics, susceptibles d’agir pour tirer d’affaire les entreprises de plus de 400 salariés en difficulté).

Les délégués syndicaux ont rendez-vous le 22 mai à Bercy

Dans ce contexte, le secrétaire général de la confédération FO, Yves Veyrier, est intervenu auprès du ministère, ce qui a permis d’obtenir un rendez-vous en visio-conférence pour le vendredi 22 mai entre les délégués syndicaux centraux de l’entreprise et M.Louis Margueritte, secrétaire général du Ciri, ainsi que Marc Glita, délégué Interministériel aux restructurations d’entreprises.

Les organisations syndicales attendent aussi des explications claires de la part de la direction de Conforama. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer, confie Jacques Mossé-Biaggini, délégué syndical central FO. Nous apprenons maintenant par les média que le concurrent BUT est en embuscade, subitement prêt à investir de 200 millions à 300 millions dans Conforama et qu’un conciliateur a été nommé par le tribunal pour se pencher sur ce projet. Nous avons l’impression d’assister à un jeu de poker menteur.

La situation est d’autant plus alarmante, que l’entreprise n’est même pas en mesure de financer ses engagements pris dans le cadre du Plan de sauvegarde de l’emploi de 2019, tant en termes de reclassement interne que d’indemnités de licenciements, ont également découvert les organisations syndicales.

Pour que ces mesures puissent être financées, les actionnaires s’étaient engagés à injecter des fonds en février, mais ils ne l’ont pas fait, explique Gérald Gautier, secrétaire général de la section Commerce de la Fédération FO des employés et cadres (FEC FO). Dénonçant l’incurie des actionnaires, il rappelle que l’entreprise est en réalité dans la tourmente depuis 2017 à cause de la gestion pour le moins hasardeuse de sa maison-mère, le groupe sud-africain Steinhoff.

La crise sanitaire s’est donc abattue sur une entreprise déjà bien mal en point. Aujourd’hui, face au risque d’une casse sociale épouvantable (…) soit les banques jouent le jeu, soit l’État trouve une solution via la Banque publique d’Investissement (BPI) résume Gérald Gauthier.

La Halle : les actionnaires du groupe Vivarte doivent mettre la main au porte-monnaie

Si les salariés de Conforama attendent anxieusement de savoir comment les banques vont se comporter à l’égard de leur entreprise, ceux de La Halle, du groupe Vivarte, sont malheureusement déjà fixés sur ce point. Aucune banque n’a suivi et il n’y aura pas de PGE, indique Claire Vigouroux, déléguée FO.

À ce jour, La Halle n’est toujours pas placée en redressement judiciaire. Mais ses 6000 salariés, répartis dans 809 magasins, deux dépôts logistiques, le siège parisien et ses deux antennes en province, craignent d’apprendre le pire dans les jours qui viennent.

L’entreprise est aujourd’hui en attente de trouver un investisseur ou un repreneur, ou plusieurs. La Halle est à vendre, en totalité ou par parcelles. Elle pourrait aussi disparaître, résume Claire Vigouroux, rappelant que la date limite pour les appels d’offres a été fixée aux lundi 25 mai.

Mais si La Halle est endettée jusqu’au cou, en revanche, il y a de l’argent dans le groupe, souligne la déléguée syndicale. Ses actionnaires se sont gavés pendant des années à coups d’intérêts et de dividendes et aujourd’hui ils ne veulent pas mettre un centime pour sauver une des enseignes du groupe dénonce-t-elle.

Pour le syndicat FO, insiste la déléguée, il faut qu’ils mettent la main au porte-monnaie pour accompagner les salariés qui vont perdre leur emploi dans le cadre d’un PSE, qu’ils investissent dans la formation et le reclassement, de façon à ce que chaque salarié retrouve une solution d’emploi.

André : le groupe Spartoo chercherait-il à échapper à ses engagements de 2018 ?

Le redressement judiciaire est en revanche acté pour l’enseigne de chaussures André, qui, elle, appartient au groupe Spartoo depuis 2018. Actuellement, l’entreprise emploie 400 salariés (contre 700 avant son rachat il y a un an et demi). En attente de repreneurs, la direction doit toutefois présenter un plan de continuation de l’activité qui devrait lui permettre de garder 33 à 35 de ses 120 magasins. Mais alors qu’il était prévu qu’elle le fasse le 27 mai, l’échéance a été reportée au 1er juillet.

Un report qui provoque une inquiétude supplémentaire. Ce décalage dans le temps pourrait permettre au président du groupe Spartoo, Boris Saragaglia d’échapper aux engagements qu’il avait pris lorsqu’il a racheté l’enseigne en juillet 2018. En effet, il avait alors été acté que si un PSE devait intervenir avant deux ans, celui-ci devrait inclure les garanties obtenues par les organisations syndicales, dont une indemnité de licenciement supra-légale conséquente.

Premières mauvaises nouvelles dans l’industrie ….

Autre exemple du désastre en cours en termes d’emploi : le placement en redressement judiciaire de l’enseigne Alinéa (ameublement et décoration intérieure) où 2000 emplois sont sur la sellette.

Conforama, Alinea dans le secteur de l’ameublement… La Halle et André dans l’habillement… Et l’on pourrait encore citer Naf-Naf ou Prémaman…

Alors que les mauvaises nouvelles se succédaient depuis plusieurs jours déjà dans ces secteurs du commerce non-alimentaire, d’autres sont venues noircir un peu plus le tableau du côté de l’industrie. Le groupe Renault envisagerait de fermer trois de ses sites (à Choisy-le Roi dans le Val-de-Marne, à Caudan dans le Morbihan et à Dieppe en Seine-Maritime) et d’arrêter la production de véhicules à Flins dans les Yvelines, faisait savoir le quotidien Les Échos le 19 mai au soir.

C’est dans ce contexte que quelques heures plus tôt ce même 19 mai, la commission exécutive de la confédération FO avait réaffirmé l’urgence à la suspension des procédures de licenciement, au renoncement à la réforme de l’assurance chômage et appelé à un contrôle strict des procédures de suppressions d’emplois, afin d’empêcher les licenciements, notamment quand une entreprise a bénéficié ou bénéfice d’aides publiques en particulier.

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