Congrès de la FEC-FO : Les militants déterminés à défendre notre modèle social

InFO militante par Clarisse Josselin, L’Info Militante

© F. BLANC

Le 57e Congrès de la fédération des employés et cadres FEC-FO s’est tenu à Albi du 25 au 29 octobre, avec près de 900 participants. Commerce non alimentaire, organismes sociaux, banques et assurance… Le vaste périmètre de cette fédération couvre plus d’un quart du secteur privé, représentant plus de 100 conventions collectives. Si chaque secteur a ses spécificités, des problématiques communes ont émergé lors des débats, notamment concernant la question des salaires et de l’emploi, les nouvelles formes de travail ou encore la mise à mal du dialogue social. Quant à l’enjeu de la prochaine mandature, il concernera avant tout la syndicalisation.

Qu’est-ce que ça fait du bien de se retrouver, a lancé le secrétaire général de la FEC-FO Sébastien Busiris en ouverture du 57e congrès de la fédération. On a pris le risque d’organiser ce congrès, Covid ou pas on doit avancer. Le congrès s’est tenu à Albi, patrie de Jean Jaurès aussi appelée la Ville rouge, terre de syndicalisme et de solidarité ouvrière. Il a rassemblé près de 900 participants.

La fédération de la FEC-FO, c’est un vaste périmètre qui représente 28% du secteur privé et plus de 100 conventions collectives : banques, assurances, sociétés de crédit, sociétés de bourse, organismes de Sécurité sociale, Pôle emploi, mutualité, institutions de prévoyance, caisses de retraite, plateformes téléphoniques, informatique, sociétés d’études et de conseils, prestataires de services, professions juridiques, immobilier, gardiens concierges, tourisme, organismes de formation, sport, organismes agricoles, commerce non alimentaire, clercs et employés du notariat, personnels sédentaires des compagnies de navigation, presse, édition, publicité, routage, casinos et clubs de jeux…. C’est la fédération de rattachement de 19 secrétaires d’unions départementales.

Les congressistes ont reçu la visite du secrétaire général de la confédération Yves Veyrier ainsi que de plusieurs secrétaires confédéraux et d’une dizaine de secrétaires d’UD hors FEC-FO. Le Congrès a aussi accueilli une représentante de structures internationales des services (UNI), et invité David Cayla, membre des Economistes atterrés. Il interviendra sur la situation économique du pays, l’idée est de montrer qu’il y a d’autres visions et solutions que ce que propose le gouvernement, a ajouté Sébastien Busiris.

Le secrétaire général de la FEC-FO, qui a été renouvelé dans ses fonctions à l’unanimité des congressistes, a dénoncé la volonté du gouvernement de mettre à mal le modèle républicain français, que ce soit la retraite, l’Assurance chômage ou la protection sociale. Tous les personnels de ces organismes sociaux sont rattachés à la fédération FEC-FO. Toutes ces réformes et ces projets à l’œuvre, nous les contestons fermement car ils remettent profondément en cause les droits des salariés mais aussi notre modèle social qui a pourtant joué un rôle d’amortisseur important lors de la pandémie de Covid-19, a-t-il rappelé, ajoutant que La FEC-FO ne laissera pas démanteler la Sécurité sociale ni fusionner avec la MSA.

Pérenniser notre modèle social

Malgré la crise sanitaire, les différentes sections n’ont jamais cessé de fonctionner. Sébastien Busiris a dénoncé la perte de pouvoir d’achat pour les salariés mis en activité partielle, l’effet d’aubaine pour certains patrons qui en ont profité de la période épidémique pour lancer des plans sociaux et ont tenté de mettre les représentants du personnel sous cloche avec une consultation a minima. Il a salué le travail des IRP qui ont répondu présent contre ces remises en cause de l’emploi ou des conditions de travail.

Il a également dénoncé la remise en cause des droits syndicaux notamment par les ordonnances Macron. C’est aussi pour cette raison qu’il y a seulement 900 participants, il y a moins de détachements et de moyens pour les syndicats, a-t-il ajouté. Le précédent congrès à Lille en 2017 avait rassemblé 1 500 participants. Le secrétaire général a aussi insisté sur une remise en cause des désignations par les employeurs. Les patrons vont au tribunal, licencient les camarades pour avoir fait leur job. On doit les soutenir, a-t-il ajouté.

Si les 500 plus grandes fortunes de France ont vu leur richesse augmenter de 300 milliards d’euros, si 51 milliards de dividendes ont été redistribués en 2021, les employeurs n’accordent rien pour les salaires lors des NAO. Outre les politiques d’austérité, les salariés doivent aussi faire face à une individualisation à outrance en matière de rémunération. Cela justifie pleinement la revendication de la FEC-FO d’une hausse des salaires et de négociations dans chacune des branches.

Dans son rapport d’activité, Sébastien Busiris a dénoncé quatre années noires pour l’emploi. Malgré les bénéfices réalisés par nombre d’entreprises, les dirigeants continuent à détruire des emplois avec pour unique objectif d’accroître les bénéfices. Tous les secteurs de la FEC sont concernés.

Il faut défendre et pérenniser le modèle social, on doit faire savoir qu’il y a une autre solution et qu’on peut financer un autre modèle, a lancé Sébastien Busiris. On veut nous faire croire que la période est trop difficile pour revendiquer mais dans ce cas, on n’aurait jamais eu la retraite ni l’Assurance chômage. Rien ne se fera sans rapport de force.

Pascal Lagrue, pour le secteur des banques, a lui aussi appelé les camarades à combattre. Les profits doivent servir à augmenter le pouvoir d’achat, préserver l’emploi et les conditions de travail. Le quoi qu’il en coûte entraîne des économies sur le dos des chômeurs, des attaques contre le service public, il a permis de baisser les droits des salariés. Il faut se battre..

Pour Jocelyne Baussant, Pôle emploi, l’heure n’est pas au désespoir mais à la revendication. La question des salaires est centrale. C’est la Sécu, la protection sociale... Les mobilisations empêchent de mettre les réformes en place. Malgré nos faiblesses nous sommes extrêmement puissants, on ne lâchera rien.

Sébastien Busiris a aussi appelé les militants à aller au plus près du terrain, à la rencontre des salariés. L’objectif est d’augmenter les implantations et de développer les syndicats existants. On va travailler ensemble pour déposer des listes partout où on a des adhérents, c’est l’enjeu de la mandature, a-t-il ajouté.

Quarante-deux intervenants sont montés à la tribune, contre 37 lors du précédent congrès, un signe de mobilisation et de motivation souligné par Sébastien Busiris. Après une séance plénière en ouverture du congrès, chaque secteur a débattu de ses problématiques propres dans des commissions nationales et procédé au renouvellement de ses instances.

Non à la destruction de la Sécurité sociale

L’heure est grave pour le secteur des organismes sociaux, confronté à une phase destruction de la Sécurité sociale à échéance rapide, a alerté Frédéric Neau, membre du bureau de la section fédérale. Les principes fondamentaux de la Sécu sont aujourd’hui remis en cause. Au fil des années, il y a eu le remplacement de la cotisation par la CSG, l’intégration du RSI au régime général, le changement de nom des organismes, le projet de régime unique de retraite...

Laurent Weber, secrétaire général de la section des organismes sociaux, a aussi rappelé les 500 milliards d’euros exonérations de cotisations patronales accordées depuis 1993, dont 62 milliards d’euros n’ont pas été compensés par l’État. La Sécu a payé quasiment toute la crise sanitaire et les exonérations de cotisations patronales ont encore augmenté, a-t-il ajouté. Fin 2020, le déficit s’élevait à 30 milliards d’euros et à la fin, on va dire que la Sécu n’est plus possible.

La politique d’austérité se décline dans les contrats d’objectifs et de gestion (COG), avec toujours de nouvelles suppressions de postes. Et cela entraîne une dégradation des conditions de travail des agents et des services rendus aux usagers. Il y a aussi des réorganisations sans fin des organismes, qui entraînent des bouleversements permanents dans les organisations de travail. Après le regroupement départemental, on est passé à l’échelle régionale, puis désormais inter-régionale.

De nombreux intervenants ont évoqué la lettre de mission datée du 1er avril 2021 et adressée par le gouvernement à l’IGAS et à l’IGF en vue de l’élaboration de la COG 2023. Cette lettre déstructure toute la Sécu, a dénoncé Laurent Weber. Dans ce courrier, il est notamment écrit pour la première fois noir sur blanc la volonté d’intégrer la MSA au régime général, comme ça s’est déjà fait pour le RSI.

Signe de ce rapprochement, les calendriers des COG de la Sécu et de la MSA sont également en train d’être synchronisés, ajoute Dominique Manissier, secrétaire fédéral chargé des organismes agricoles. Et avec le projet Météore, les systèmes informatiques sont également en train d’être harmonisés.

A la MSA, la COG 2022 prévoit 1 000 suppressions de postes, dont 750 dans la production. FO, qui est la deuxième force syndicale, s’y est opposée. A la MSA on a perdu 4 152 ETP depuis 15 ans, aujourd’hui on a des inquiétudes sur sa capacité de fonctionner, l’État fait tout pour que demain elle ne soit pas en mesure d’exercer ses missions, on doit se battre pour sa survie, a alerté Dominique Manissié.

Les conséquences sociales d’une intégration de la MSA dans le régime général seraient considérables. Cette fusion ne vise pas à améliorer les droits mais à les attaquer, poursuit Frédéric Neau. Cela implique le rapprochement des trois conventions collectives du régime général pour aboutir à une convention unique incluant la MSA. Pour aller jusqu’au bout ils doivent casser les conventions collectives du personnel des organismes sociaux, a poursuivi Laurent Weber. Mais FO et la CGT représentent 70% des voix, c’est une arme, et nous avons déjà utilisé deux fois notre droit d’opposition pour des attaques contre ces conventions.

Des conditions de travail insupportables

A la tribune, de nombreux camarades ont raconté les conditions de travail déjà insupportables pour les personnels, avec la politique d’austérité permanente. A la Sécurité sociale de Paris, l’intégration du RSI en entraîné l’arrivée de 493 000 assurés supplémentaires, pour un renfort de seulement 120 salariés, ça a aggravé une situation déjà critique, a témoigné Nora Nidam. Les appels sur les plateformes ont augmenté de 188% en un an. Une partie des appels est déjà gérée dans l’Eure, une nouvelle partie va être renvoyée dans le Morbihan.

Les militants FO se battent aussi pour maintenir un accueil physique des usagers. Les assurés continuent à venir mais on nous impose de ne les recevoir que sur rendez-vous ou de les accueillir en visio, poursuit Nora Nidam. On a réussi à garder des rendez-vous pour les cas d’urgences. L’accueil physique est le dernier lien concret avec la population et notre dernier rempart contre l’externalisation.

La Sécu c’est aussi la Carsat, l’Acoss et la CAF a rappelé Nicolas Blanc. L’heure est au « développement des synergies » entre les CAF et la CPAM. Ce rapprochement peut aller jusqu’à la fusion, comme ce sera le cas dans les Hautes-Alpes en avril prochain. C’est une orientation de fond, poursuit Frédéric Neau. On va vers un organisme unique, mais ce n’est pas le même métier, et derrière, l’objectif est de supprimer des postes prétendument en doublons. Dans la même veine, le ministre de la Santé a fait travailler le Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie sur une autre fusion dans le domaine du recouvrement, entre les impôts et l’Urssaf.

Autre sujet évoqué à la tribune de la conférence nationale, la réforme de l’aide au logement au 1er janvier, qui attaque et réduit les droits des allocataires, pour économiser 1,1 milliard d’euros. L’allocation baisse pour un tiers d’entre eux, en moyenne de 73 euros, et 6,6% des allocataires n’y ont plus le droit. Et pour les personnels gérant le traitement de l’allocation, les dysfonctionnements du logiciel informatique dédié rendent les conditions de travail intenables. Le site de la CAF a même dû fermer quelques jours.

De nombreux dossiers sont bloqués plusieurs mois, ce qui bloque l’ensemble des prestations avec des conséquences dramatiques pour le personnel et les allocataires, a expliqué Béatrice Surjus, de la CAF des Pyrénées Orientales. Dans les agences, les menaces et agressions sur le personnel sont en hausse.

Gel de la valeur du point depuis 2010

A cela s’ajoute des réorganisations en série et une hausse de la charge de travail. Dans les Pyrénées Orientales toujours, le nombre d’allocataires a augmenté de 50% en 25 ans, et rien que durant la crise sanitaire, les versements ont augmenté de 6%. En revanche, en ce qui concerne les personnels, le nombre de CDI est passé de 180 à seulement 220. Il y a des recours à outrance à des CDD, ils représentent plus de 10% des effectifs en permanence, et nous avons cumulé 5376 heures supplémentaires en 2020, ajoute Béatrice Surjus.

Les agents des CAF se sont mis en grève au niveau national le 29 juin, pour demander des embauches et un système informatique fiable. Suite à la mobilisation, le directeur général de la CAF a été viré et les suppressions de postes réduites de 600 à 450, ajoute Frédéric Neau. Mais ce n’est pas ce que nous attendions et les mouvements se poursuivent. Il y a toujours des droits mal calculés, des dossiers bloqués. Même des directions écrivent sur le caractère insupportable de la situation.

En matière de salaire, les agents de la Sécurité sociale dénoncent le gel de la valeur du point depuis 2010. Pour Frédéric Neau, l’heure est au regroupement de toutes nos énergies et à la construction du rapport de force.

Quand vous vous battez contre le détricotage du modèle social français, on se bat à Mayotte pour son instauration, a ajouté El Anzize Hamidou, secrétaire de l’UD de ce département ultramarin. Et on a gagné l’application pleine et entière de la Sécurité sociale. Il faut continuer à se battre.

Chez Pôle emploi aussi, Daniel Hecart a dénoncé une dégradation des conditions de travail, amplifiée par la crise sanitaire. Dans sa région, le malaise est renforcé par le rapprochement forcé entre les structures du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie. Dans l’organisme, les salaires sont gelés depuis 10 ans.

Chez Pôle emploi aussi, les militants sont victimes de répression syndicale. Luc Perrot a témoigné de son licenciement. Il dénonçait depuis 2016 du harcèlement moral et institutionnel. Il a été mis à pied sans rémunération de janvier à mai 2021. Le licenciement a été annulé par l’inspection du travail mais Pôle emploi refuse de le réintégrer et lui demande de saisir la justice.

Dans le commerce, la crise sanitaire a provoqué une catastrophe sociale

Le secteur du commerce non alimentaire fait également face à une répression syndicale sans précédent. Plusieurs procédures contre FO sont en cours dans les enseignes de bricolage Leroy-Merlin ou Castorama. Aujourd’hui les patrons contestent la désignation des élus, ils se croient tout permis avec le Covid, on ne doit pas laisser faire, a prévenu Gérald Gautier, secrétaire de la section fédérale.

Certaines affaires vont très loin. Chez Zara, comme le camarade que nous avions désigné était également conseiller du salarié, l’employeur n’a pas hésité à contester également l’arrêté préfectoral comportant 200 noms. Pour faire tomber un mandat, il est prêt à en faire tomber 200, poursuit-il. L’affaire est toujours en cours.

Le secteur est aussi confronté à des difficultés de recrutement, en lien avec les bas salaires et le temps partiel souvent imposé. Suite à l’augmentation du Smic en octobre dernier, la ministre du Travail a convoqué 36 branches pour lesquelles les premiers niveaux des grilles étaient inférieurs au salaire minimum. Vingt-huit d’entre elles relevaient du périmètre de la FEC-FO et une dizaine concernaient le commerce.

Il n’y a pas d’obligation pour les patrons de négocier dans les branches, alors qu’ils touchent plein d’aides, a dénoncé Gérald Gautier. Dans le commerce de gros, plus de 500 millions d’euros d’aides ont été versées pour l’activité partielle. A un moment, il faut rendre ça aux salariés.

Dans le commerce, la crise sanitaire a entraîné une catastrophe sociale avec la longue fermeture des magasins, comme l’a rappelé Jacques Mossé-Biaggini, délégué central chez Conforama, où FO occupe désormais la deuxième place avec 33% de représentativité. On a rouvert avec des clients survoltés et pas de prime covid, a-t-il dénoncé. Durant les confinements, beaucoup de salariés ont été placés en activité partielle sans abondement de l’employeur, avec un salaire amputé de 16%. Conséquences, Ils ont été nombreux à devoir recevoir une aide sociale et beaucoup seront en précarité énergétique cet hiver, s’inquiète Gérald Gautier. Mais au lieu de nous détruire, cette situation nous renforce. Il y a de plus en plus de salariés motivés par l’action syndicale avec FO, qui se forment et pour qui le rapport de force monte car ils ne sont pas entendus.

Le secteur voit aussi se développer la polycompétence dans les magasins, ce qui est lié au poids de plus en plus lourd de la vente par internet. Or C’est autant de salariés en moins dans les magasins et ceux qui sont là doivent tout faire, a dénoncé Mouloud Hammour, secrétaire du CSEC chez Conforama. Cette polycompétence entraîne une hausse des maladies professionnelles et des TMS, une situation aggravée encore par le recul de l’âge de départ en retraite et la baisse du nombre de médecins du travail comme l’a souligné Christophe Le Comte, secrétaire de l’UD de l’Essonne qui relève de ce secteur.

Autre problématique du secteur, la robotisation et l’émergence de magasins sans salariés. A Limay, Ikéa vient d’ouvrir son premier entrepôt entièrement automatisé. Avec la monétisation du CPF, il est de plus en plus dur de financer les formations. Mais il faut anticiper l’adaptabilité des salariés aux nouveaux emplois à venir et négocier un abondement avec l’employeur, a conseillé Gérald Gautier.

Dans les services, les minimas des grilles inférieurs au Smic

Dans la section des services, qui regroupe des secteurs aussi divers que les bureaux d’études, l’intérim ou l’immobilier, le secrétaire Nicolas Faintrenie a mis en avant deux problématiques, les salaires et le télétravail. Dans les 20 branches couvertes par le secteur, seulement deux ont des minimas au-dessus du Smic, les grilles sont écrasées et ne veulent plus dire grand-chose, déplore-t-il.

A titre d’exemple, dans les centres d’appel, cinq coefficients sont inférieurs au Smic, y compris les managers de premier niveau. Près de 92% des salariés touchent le salaire minimum, a dénoncé Johnny Franchois, secrétaire FO de la branche des prestataires de services, tout en rappelant que le premier donneur d’ordre du secteur était le gouvernement, avec les numéros vert liés au Covid et à l’ARS. Le militant aussi évoqué la consultation des syndicats sur la mise en place d’un CDI opérationnel (CDIO) dans les centres d’appel et l’animation commerciale. C’est un contrat de chantier fini viré, a-t-il expliqué. FO ne peut pas signer ça.

De même dans l’intérim, FO avait émis un avis négatif sur le CDD intérimaire (CDII) qui ne propose pas d’évolution professionnelle ni de prime de précarité, et avec lequel le salaire baisse de 30% entre deux contrats. C’est dans ce secteur que la grille est la plus basse, le dernier accord sur les salaires remontant à 2015.

En matière de télétravail, Nicolas Faintrenie redoute qu’à terme, les employeurs ne demandent aux salariés d’avoir un espace de travail dans leur logement. Dans le secteur des bureaux d’étude, les salariés sont beaucoup de jeunes domiciliés en Île-de-France, avec des difficultés pour se loger, c’est compliqué, ajoute-t-il.

Patrick Albert, du secteur de l’immobilier, a estimé qu’on ne peut plus faire l’impasse sur le télétravail. Il souhaite a minima un accord de branche. Chez Cina, la direction refuse de négocier le télétravail. Chez Icade, un accord a été signé puis dénoncé.

Yann Poyet, secrétaire du syndicat national de l’éducation permanente, de la formation, de l’animation, de l’hébergement, du sport et du Tourisme (Snepat-FO) a alerté sur la situation du tourisme familial, frappé par plusieurs plans sociaux, un secteur qui qui risque de disparaître a-t-il déploré, et qui représente 935 structures pour 16 000 salariés, dont beaucoup de saisonniers. Le champ couvert par le Snepat-FO représente dix conventions collectives. Dans ces 10 branches, il y a 235 000 salariés et 46 650 entreprises, soit une moyenne de 5 salariés par entreprise, a calculé le militant. Moins de 100 entreprises ont plus de 50 salariés. Chez nous, syndiquer est un travail de force.

Dans l’intérim aussi, la syndicalisation est difficile. Ce secteur représente 2,7 millions de salariés (pour 800 000 ETP) en 2021 et 29 000 salariés permanents dans les agences. Lors des dernières élections, la représentativité de FO est passée de 13 à 10%, avec un taux de participation de 2%. L’intérim représente un fort potentiel de développement, malheureusement les intérimaires sont peu nombreux à prendre une carte et ils sont souvent isolés dans les UD, regrette Mathieu Maréchal, responsable de l’intérim à la FEC-FO. Il invite les délégués en entreprise à orienter ces salariés vers FO-intérim, adhésion qui leur permettra de rester à FO en cas de changement de contrat et de continuer à être informés sur les leurs spécifiques.

Les banques se portent bien, mais moins leurs salariés

Les banques vont bien et enregistrent de meilleurs résultats qu’avant le Covid, a ironisé Mireille Herriberry, secrétaire fédérale chargée du crédit. Ces bénéfices se chiffrent en milliards d’euros au deuxième trimestre 2021. Les salariés des banques, pour leur part, vont moins bien, confrontés au manque de perspectives, au peu de reconnaissance et à la dégradation des conditions de travail. Durant la crise sanitaire, les agences n’ont jamais fermé. Près de 70% des salariés étaient en télétravail, mais rarement ceux des agences.

Dans ce secteur, les regroupements et restructurations s’enchaînent, avec des conséquences catastrophiques en termes d’emploi. HSBC-France a, par exemple, vendu sa banque de détail au fonds américain Cerberus et s’appelle désormais HSBC-CE (Continental Europe). La cession se fera en 2023, avec au passage la suppression de 3 800 postes sur un total de 7 000. En 2023 aura également lieu la fusion entre la Société Générale et le Crédit du Nord.

C’est très anxiogène, il y a beaucoup de postes en doublon, explique Marc Durand, responsable national FO à la Société Générale. On nous annonce la fermeture de 650 agences et la suppression de 3 700 postes, pour 450 millions d’euros d’économies. Selon nous, cela concernera plutôt 6 000 postes avec des départs contraints si les salariés refusent la mobilité. Et où ces salariés pourront-ils se reclasser ?. En parallèle, les conditions de travail se dégradent. L’absentéisme et les démissions explosent. Mais les actionnaires se régalent. La Société Générale vient d’enregistrer son meilleur trimestre en 5 ans, avec 1,44 milliard d’euros de bénéfice net.

Chez LCL, les réorganisations se poursuivent. Près de 250 points de vente vont de nouveau fermer, ainsi que 5 plateformes téléphoniques et une unité administrative. Il n’y a pas de mesure d’accompagnement, pas de PSE ni de RCC, alerte Danièle Goudet, déléguée nationale FO chez LCL, qui redoute la reproduction d’un scenario comme chez Renault et France Télécom. Dans l’enseigne, la dernière hausse générale de salaire remonte à 2014. En 2021, moins d’un tiers des salariés ont bénéficié d’une augmentation individuelle. FO représente 23% des salariés. On est suivis sur les réseaux sociaux et sur internet, mais pas dans la mobilisation, a regretté la militante.

Les élus FO du secteur dénoncent des suppressions de postes plus rapides que les avancées technologiques, entraînant une hausse de la charge de travail. On veut autonomiser le client, explique Michel Maltrait, du Crédit Mutuel et CIC Alliance. Il peut désormais faire seul sa demande de crédit en ligne et envoyer des documents. Mais on va trop vite, derrière ça demande encore plus de vérifications. Les salariés sont submergés et en souffrance.

Ce secteur aussi fait face à une dégradation du dialogue social sans précédent. Tous les établissements sont concernés. Les employeurs sont décomplexés, poursuit la militante. Les moyens des IRP sont en baisse avec les CSE, qui sont vus comme des chambres d’enregistrement. Prétextant l’urgence de la situation, pour gagner du temps, l’organisation patronale AFB a même tenté de faire passer l’accord télétravail non pas par le CSE mais par des interlocuteurs des syndicats représentatifs. Si FO ne s’y était pas opposée, ça passait.

Dans le secteur de la mutualité, les gains ne profitent pas aux salariés

Dans le secteur de la mutualité non plus, les gains engrangés grâce à la crise sanitaire ne profitent pas aux salariés. La Maif n’a que l’apparence d’un assureur militant, a expliqué Frédéric Nicolas. Cet été, la direction a supprimé l’avancement automatique à l’ancienneté, c’était notre dernier acquis. Cela représente une perte de 200 à 400 euros par an. Dans ce secteur aussi, la tendance est au flex office, avec de nouveaux espaces de travail sans places attribuées. Soyons inventifs pour continuer à contacter ces salariés nomades et ne lâchons rien a-t-il lancé.

Anthony Kerdreux, de la mutuelle groupe VYV, a rappelé le combat des salariés de la pharmacie de Cholet contre la fermeture de l’établissement, entraînant 21 licenciements. FO était le seul syndicat à leurs côtés. Cette pharmacie n’était pas assez rentable pour la direction, alors que c’est un groupe à but non lucratif, a pointé le militant. Dans les Pays de la Loire, les salariés du groupe mutualiste étaient en grève le 11 octobre à l’appel notamment de FO pour des revendications portant sur l’emploi et la rémunération.

Bonne nouvelle cependant, à la Macif, FO, qui avait perdu sa représentativité en 2009, avec 8,32% des voix pour 8 000 salariés, l’a retrouvée en 2019, avec 12,59% des voix pour 1 1000 salariés.

Dans le secteur des casinos et cercles de jeux, Dominique Dorgueil a dénoncé des licenciements massifs dans le groupe Barrière tout en captant avidement les aides de l’État. FO a empêché le licenciement de trois salariés protégés. Le militant a également regretté une « hémorragie » de l’emploi, liée à un manque criant d’attractivité de ces métiers : travail de nuit et les jours fériés, polyvalence... Auxquels s’ajoutent des attaques contre les acquis et la convention collective. Et en matière de salaire, les minimas sont en moyenne inférieurs de 320 euros aux autres branches, ça devient des jobs étudiants a-t-il regretté. Mais les positions de FO font cartonner le syndicat aux élections professionnelles, qui est arrivé en tête chez Partouche et Barrière.

FO enregistre aussi de bons résultats dans la section de la presse, édition et publicité. Le syndicat est représentatif dans tous les secteurs d’activité, avec la première place dans le portage de presse et la deuxième dans les agences de presse. Il est arrivé également en tête des élections MLP, premier distributeur de presse, et au journal économique Les Échos, tout un symbole.

Le congrès s’est clôturé en adoptant une feuille de route volontaire, pugnace mais avant tout tournée vers l’avenir.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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