Congrès FEETS-FO


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Congrès FEETS-FO : des militants combatifs face à la crise

Congrès de Fédération FO par Clarisse Josselin

Le 12e congrès de la fédération de l’Équipement, de l’Environnement, des Transports et des Services (FEETS-FO) s’est tenu du 8 au 10 septembre. Il a réuni quelque 270 participants au Barcarès, dans les Pyrénées Orientales. C’est dans une ambiance chargée d’émotion que Jean Hédou, après 16 ans passés à ce mandat, a cédé le siège de secrétaire général à Zaïnil Nizaraly qui continuera à défendre les droits des travailleurs du privé comme du public couverts par cette fédération. Dans le contexte difficile de crise sanitaire et de d’attaque permanente du service public, les congressistes ont signifié leur esprit revendicatif et de leur volonté de faire changer les choses.

Malgré la crise sanitaire liée à la Covid19, 270 militants se sont réunis du 8 au 10 septembre à Port-Barcarès, dans les Pyrénées Orientales, pour participer au 12è congrès de la fédération de l’Équipement, de l’Environnement, des Transports et des Services (FEETS-FO). A la tribune, en préambule à la présentation du rapport d’activité de la fédération, le secrétaire général sortant Jean Hédou a souligné le courage de ces militants pour leur présence. Vivre debout, quelles que soient les circonstances, c’est, pour nous, une façon d’être.

Les congressistes ont planché dans le cadre idyllique d’un village vacances du bord de mer. Mais dans les Pyrénées Orientales, le bel ensoleillement des Pyrénées Orientales ne fait pas oublier les difficultés économiques dans le département. Le taux de chômage sans aucune activité atteint 15,5%, un record. Le secteur des hôtels, cafés et restaurant représente 10,2% des emplois, soit le double de la moyenne nationale. Notre économie est basée sur le sable et la neige, ça manque de stabilité, a souligné Jérôme Capdevielle, secrétaire général de l’UD 66. FO est bien implantée dans le département, étant la première organisation syndicale dans la Fonction publique et la deuxième au niveau interprofessionnel.

Yves Veyrier, secrétaire général de la confédération FO et ancien secrétaire général de la FEET-FO, est revenu sur la situation actuelle. Il aura fallu cette crise pour que soient entendues nos revendications en matière de santé, avec des réponses partielles sur les salaires et les carrières, a-t-il souligné. Tout n’est pas réglé mais ça a montré qu’on peut changer le modèle économique. Ça doit être un encouragement au militantisme syndical ». Il a aussi évoqué la question du télétravail, que certains salariés ou agents appellent de leurs vœux. FO revendique un accord interprofessionnel sur son encadrement, mais nous ne sommes pas pour le généraliser. Le travail, c’est d’abord le lien social. C’est aussi un enjeu pour le droit et l’action syndicale. On le voit dans des secteurs comme le nettoyage, où les salariés sont isolés et dispersés sur divers chantiers.

Des milliers d’emplois supprimés dans la Fonction publique

Ce congrès était particulier à plus d’un titre. Outre le contexte sanitaire, c’était aussi le dernier pour Jean Hédou en tant que secrétaire général de la fédération puisqu’il ne briguait pas un cinquième mandat. Connu notamment pour sa voix tonitruante c’est la voix chargée d’émotion qu’il a pris la parole pour sa dernière présentation d’un rapport d’activité. Lui succède Zaïnil Nizarali, élu par le Conseil national fédéral.

Dressant le bilan des années passées depuis le dernier congrès, Jean Hédou a dressé un tableau sombre mais sans verser dans le fatalisme ni le désespoir. La fédération ne s’est jamais résignée et a toujours été actrice de son présent, a-t-il ajouté.

Il a dénoncé une violente attaque contre la Fonction publique et le service public, la richesse de ceux qui n’en ont pas. Cela se traduit par la paupérisation des fonctionnaires, qui ont perdu 20% de pouvoir d’achat en 20 ans. Cela se traduit aussi depuis 2001, par une succession de réformes. Parmi celles-ci, - la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), la révision générale des politiques publiques (RGPP), la réforme territoriale et aujourd’hui Action publique 2022... Ces réformes, et d’autres, ont induit la suppression de milliers d’emplois.

Christian Grolier, secrétaire général de la Fédération générale des fonctionnaires FGF-FO et de l’union interfédérale FO-Fonction publique, a fustigé la loi de transformation de la Fonction publique, chargée d’outils attaquant notamment les droits des agents. Dans le cadre de la transformation/fusion des instances représentatives et de la mise à sac des commissions administratives paritaires (CAP), les organisations syndicales ne disposent plus de compétences au plan des promotions et des mutations, s’insurge Christian Grolier. Moult éléments de cette loi, dont la contractualisation prônée de l’emploi, se mettent en quelque sorte au service de l’austérité permanente. Et tel un cercle vicieux, cette austérité conduit elle-même régulièrement à l’engagement de nouvelles mesures de réformes prônant toujours moins de moyens et d’effectifs.

En catégorie C, les deux premiers échelons sont désormais sous le niveau du Smic

Quand un fonctionnaire part à la retraite, soit il n’est pas remplacé, soit c’est par un contractuel, c’est une perte de garanties collectives. s’irrite le secrétaire général de FO-Fonction publique. L’austérité budgétaire appliquée à la Fonction publique se constate aussi du côté des salaires. Ainsi, souligne Christian Grolier, les deux premiers échelons en catégorie C sont désormais sous le niveau du Smic, conséquence du gel du point d’indice depuis des années.

L’illustration en a été donnée à la tribune, via les prises de paroles d’une vingtaine de militants. Jean-Christophe Leroy, de FO Agriculture, a rappelé qu’un jeune ingénieur gagnait deux Smic il y a 20 ans contre 1,25 Smic aujourd’hui. Avec le régime indemnitaire Rifseep (conçu en 2014, Ndlr) on perd de l’argent même si on fait bien son boulot.

A ce phénomène de salaires en berne, s’est ajoutée une attaque des droits. Il y a eu ainsi la suppression de 5 à 10 jours de congés pour les agents en arrêt ou en télétravail durant la période de confinement, a rappelé Yasmina Benchiha du SNP2E, syndicat du personnel de l’équipement et de l’environnement.

Public, privé, c’est le même combat

Édouard Onno du syndicat des ingénieurs des travaux publics de l’État (SNITPECT-FO) a dénoncé la loi de Transformation de la Fonction publique, transposition de la loi Travail dans le secteur public, qui déprotège les fonctionnaires et favorise les recrutements hors statut pour des travailleurs qui deviennent plus facilement jetables. Pour le militant, public, privé, c’est le même combat. Il ne faut pas opposer salariés du privé et fonctionnaires, et c’est la force de notre fédération de ne pas tomber dans ce piège. En terme d’attaque des droits collectifs, les congressistes ont également évoqué la rupture conventionnelle désormais accessible aux agents publics ou encore la suppression annoncée du CHSCT…

Autre image de cette déliquescence du statut, les modalités en personnel pour le rétablissement du contrôle vétérinaire aux frontières dans le cadre du Brexit. Le ministère veut faire appel à des contractuels de droit privé, avec un régime de 44 heures par semaine sans compensation pour le travail le samedi et le dimanche, a dénoncé Jean-Christophe Leroy. FO s’y est opposée en comité technique ministériel, mais l’administration a le dernier mot. Et comme ils sont payés au lance-pierre, les vétérinaires Français ne veulent pas y aller. Une dérogation permet de recruter dans toute l’Union européenne.

Chez Météo France, Serge Taboulo a expliqué que l’État avait investi dans un très gros ordinateur, mais sans avoir les moyens humains qui vont avec. C’est comme si on avait une Ferrari mais il manque les pilotes et les équipes techniques car on dégraisse en permanence, a-t-il dénoncé. Les effectifs vont passer de 3800 personnes en 2010 à 2500 en 2022, on perd environ 35% de personnel, on n’y arrive pas.

La catastrophe de la Covid a démontré la nécessité d’une Fonction publique forte

La perte de missions de service public, cédées au privé ou tout bonnement qui disparaissent a aussi été largement évoquée au cours de ce congrès. Ainsi les routes sont dans le viseur. Le réseau routier structurant (les nationales) d’Alsace doit être transféré à l’Europe en 2021. Cette déréglementation concerne aussi les affaires maritimes. L’administration a tenté de privatiser la sécurité sur les gros navires, a dénoncé Selim Mental Echeta. Et sur les petits navires, c’est désormais au patron de déclarer que son bateau est en état de naviguer.

Plusieurs intervenants ont aussi alerté sur l’autorisation donnée depuis cette année aux préfets de déroger aux normes réglementaires pour spécificités locales dans divers domaines, dont l’environnement.

Pour François Deneux du syndicat SNP2E, personnel de l’équipement et de l’environnement FO, les orientations du gouvernement Castex sont dans la lignée de celles de ses prédécesseurs : tout casser très vite et mettre à bas le droit social. Pour le militant, le plan de relance c’est encore moins d’État et plus de libéralisme et de cadeaux au capital, a-t-il souligné. Pourtant la catastrophe de la Covid a démontré la nécessité d’une Fonction publique forte. Il a appelé à une mobilisation interprofessionnelle d’ampleur pour préserver les droits sociaux.

Chez Ryanair, FO a fait reculer la direction sur son projet d’accord de performance collective

La situation est également difficile dans le privé. Avant la crise sanitaire, le secteur aérien – où FO est la première organisation syndicale - était en pleine croissance, mais selon un modèle reposant essentiellement sur le low cost et le dumping social. L’an dernier, deux compagnies aériennes où FO était bien implantée ont stoppé leur activité : XL Airways et Aigle Azur. On a cherché à permettre l’embauche des salariés par Air France et on a organisé des formations pour les préparer aux entretiens, a expliqué Christelle Auster, du syndicat des hôtesses et stewards SNPNC-FO. Bon nombre ont réussi, la crise a repoussé leur intégration mais nous restons vigilants.

Avec la pandémie de la Covid-19, le secteur vit la pire crise de son histoire. Des travailleurs sont toujours au chômage partiel, d’autres sont licenciés. On est dans le dur, ce n’est pas le moment de baisser les bras, a prévenu Jean Hédou. Christelle Auster a dénoncé la tentative de Ryanair d’imposer un accord de performance collective (APC) avec à la clé une baisse de rémunération, alors que les hôtesses et stewards sont déjà payés au Smic. On s’y est opposé et les employeurs ont reculé pour l’instant, se félicite-t-elle.

Le transport aérien, c’est aussi le long combat mené par la fédération Feets-FO contre la privatisation d’ADP. Le référendum d’initiative populaire soutenu par FO a reçu un million de signatures et le projet a été suspendu par le gouvernement. Mais un plan d’économies de 30 millions d’euros pour les 5 ans à venir est sur la table. La direction fait du chantage, a dénoncé Pascale Lapierre. Ou les syndicats acceptent de signer des accords d’activité partielle de longue durée, de ruptures conventionnelles collectives et de performance collective avec hausse du temps de travail et perte de primes, ou c’est un PSE avec 700 licenciements secs. FO exige que l’État mette la main à la poche.

Les femmes de chambre ne sont pas jetables

Dans les sociétés d’autoroute, privatisées il y a 15 ans, le chiffre d’affaires a dépassé les 10 milliards d’euros l’an dernier. Pourtant, les effectifs sont toujours à la baisse, avec 577 emplois à supprimer en trois ans. Jean Hédou s’est félicité que la tentative d’introduction du CDI de chantier ait été mise en échec par FO. De son côté, Frédéric Leroux s’inquiète également de la volonté des sociétés de développer un système de péages en flux libre, sans barrières, ce qui risque de provoquer une véritable casse sociale.

Dans les secteurs du nettoyage et de la sécurité privée, beaucoup de salariés ont continué à travailler durant le confinement. Ils ont été directement exposés au risque sanitaire, et trop souvent sans disposer d’équipements de protection, au moins dans les premiers temps. Jocelyne Martin, du syndicat du nettoyage en province, a expliqué avoir dû se battre pour que des femmes de ménage puissent être testées au même titre que les salariés quand des cas de Covid sont apparus sur leurs sites d’intervention.

Abdenaji Mochtahi, a aussi alerté sur la situation des femmes de chambre dans les hôtels. D’une part, beaucoup se retrouvent au chômage partiel avec une perte de rémunération alors qu’elles ont déjà de faibles revenus. Et dans le contexte de la Covid, certains patrons voyou remettent en cause l’article 7 de la convention collective. Cette disposition spécifique les oblige à conserver les salariés en poste quand ils remportent un appel d’offre. Ils veulent en profiter pour embaucher d’autres salariés à moindre coût, a-t-il dénoncé. Les femmes de chambre ne sont pas jetables !

Dans le secteur de la propreté, FO a gagné 20% d’adhérents en 3 ans

FO exige une reconnaissance de ces salariés isolés aux conditions de travail difficiles et dont le rôle est primordial. Et cela passe par une hausse de salaire. Les dernières négociations salariales dans la branche Propreté ont abouti à une hausse rudimentaire de salaire de 1,1% et 25 euros de prime de fin d’année. Pour toute récompense, c’est cinq mois de perdus, puisque l’application de cet accord s’est fait en mai 2020 au lieu de janvier 2020 car l’arrêté d’extension n’avait pas été signé, a dénoncé Mujo Okovic, du syndicat de la propreté en Ile-de-France.

Dans le secteur, FO est en constante progression. Le syndicat a gagné 20% d’adhérents en 3 ans, a rappelé Jean Hédou. Il est en tête chez Isor propreté (35% des voix), deuxième chez Samsic (39% des voix) et ISS Propreté (27% des voix).

Les salariés de la sécurité privée ont aussi été particulièrement exposés à la Covid durant le confinement, notamment dans le contrôle aérien. Douze salariés sont décédés du coronavirus durant la crise sanitaire. Aujourd’hui encore, ils sont en première ligne pour le respect des gestes barrière. Plus de 177 000 salariés travaillent dans le secteur, alors que la police nationale compte moins de 150 000 agents. On veut nous utiliser pour boucher les trous, notamment dans les transports, mais sans protection juridique, s’insurgeait Mouhcine Mokhantar. Et ce n’est pas en armant les agents de sécurité que la sécurité sera mieux assurée. Il a rappelé que le secteur était caractérisé par les bas salaires, la flexibilité et les conditions de travail difficiles.

Dans sa réponse, Jean Hédou a souligné que si tous les secteurs de la fédération sont impactés par la crise sanitaire, pas un seul d’entre vous n’est intervenu ici pour se plaindre. Vous êtes tous venus avec un esprit revendicatif et la volonté de faire changer les choses et ça, c’est mille fois mieux que tous les mots. C’est ça l’espoir, s’inscrire dans l’avenir, quelles que soient les circonstances, et elles sont très difficiles.

Jean Hédou tire sa révérence



C’est la voix chargée d’émotion que Jean Hédou a présenté son dernier rapport d’activité à la tribune. Ce militant à la voix tonitruante est entré dans le monde du travail le 2 mai 1977 comme apprenti charpentier. A 17 ans déjà, j’étais délégué des apprentis du bâtiment pour obtenir le droit de sortir et de fumer, a-t-il raconté. Pacifiste, il a été le premier objecteur de conscience au sein de l’association FO des consommateurs (AFOC).

Il a adhéré à FO en 1981, lorsqu’il est entré au ministère de l’Equipement. Des hommes et des femmes courageux qui n’ont jamais baissé la tête m’ont amené au syndicalisme, a-t-il expliqué. Il est entré à la fédération FEETS-FO par la petite porte, en tant que permanent pour les cantonniers. Il y fera trois mandats et deviendra secrétaire fédéral à 34 ans. Si Jean Hédou quitte son mandat de secrétaire général de la fédération, il ne va pas pour autant cesser son activité syndicale et va continuer à militer au niveau fédéral. Avec la crise sanitaire, la fédération va avoir un rôle déterminant à jouer. Comptez sur moi pour continuer à combattre, a-t-il prévenu, avant d’être longuement ovationné.

Chaque intervenant à la tribune n’a pas manqué de rendre hommage au militant qui a passé 34 années au sein de la fédération, dont 25 en tant que secrétaire fédéral et 16 comme secrétaire général. François Deneux du syndicat SNP2E (personnel de l’équipement et de l’environnement) a salué un camarade qui a su garder le cap et défendre toutes les convictions sans concessions. Christophe Malloggi d’Air France voit en lui un pilier solide. Abdenaji Mouchtahi du secteur propreté a rendu hommage à un militant déterminé, mais un homme sensible et à l’écoute. D’ailleurs, Jean Hédou a plus d’une fois eu la larme à l’œil, quand ce n’est pas aux deux yeux…

Mujo Okovic l’a remercié d’avoir créé le syndicat FO de la propreté en Ile-de-France en 2012. Dans les ports, on réussit à survivre grâce à Jean, qui a reconstitué le cartel des ports, a ajouté Jean-Michel Italiano du port de Marseille.

Que l’humain prime sur l’économique



François Gérard de la Fage a salué un grand syndicaliste. Patrice Clos de la fédération des transports a souligné son combat acharné pour ceux qui n’ont rien, comme les dames pipi ou les femmes et hommes de ménage, ainsi que sa culture, évoquant un puits de connaissances.

Le secrétaire général de la confédération Yves Veyrier, ancien secrétaire général de la FEETS-FO, a déclaré que s’ils n’ont pas toujours été d’accord, on se retrouve sur l’essentiel : le rôle du syndicat, l’émancipation collective et individuelle.

Zainil Nizaraly, 40 ans, prend sa succession au mandat de secrétaire général de la FEETS-FO. Ancien ingénieur TPE au ministère de l’Environnement, il est entré à FO alors qu’il était encore étudiant. Permanent à la FEETS-FO depuis 2013, il était jusqu’à présent secrétaire fédéral chargé de l’international et du développement dans le service public de l’environnement.

Ses orientations pour le mandat à venir ? Reconquérir les droits collectifs et lutter contre le dumping social, le libéralisme et la sous-traitance, tout ce qui atomise et individualise. Sa revendication que l’humain prime sur l’économique, a-t-il lancé à la tribune. Le monde d’après, soit plus de précarité, plus d’inégalités, on n’en veut pas. Et pour faire ce qu’on doit faire, on a nos résolutions, avec elles on saura faire aboutir nos revendications.

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante