Congrès FO Cheminots 2021

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© F. BLANC
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Congrès FO cheminots : priorité au développement

InFO militante par Clarisse Josselin, L’Info Militante

Le 23e congrès des cheminots FO s’est tenu du 20 au 24 septembre à Montricher-Albanne, en Savoie, avec plus de 300 participants, dans une ambiance combative. La priorité a été mise sur le développement de l’organisation avec l’objectif d’atteindre la représentativité en 2022. C’est d’autant plus essentiel que les combats sont nombreux dans un contexte de démantèlement du service public ferroviaire et d’ouverture à la concurrence.

C’est dans la station de montagne des Karellis, en surplomb du titanesque chantier de la ligne de chemin de fer Lyon-Turin, que se sont déroulés les travaux du 23e congrès des cheminots FO, du 20 au 24 septembre 2021. Sur 162 km d’ouvrages souterrains, 30 km de galeries ont déjà été creusées, a précisé Pierre Didio, secrétaire général de l’union départementale FO de Savoie. A terme, en 2030, ce nouveau tracé placera Paris à 4 heures de Milan et permettra de transporter par le rail la moitié du trafic de marchandises qui circule actuellement par la route dans la vallée.

Mais c’est bien sur les combats immédiats que se sont concentrés les militants, qui ont été une trentaine à monter à la tribune. Dans son rapport d’activité, le secrétaire général sortant Philippe Herbeck a fait le bilan de quatre ans de luttes et de revendications contre les politiques d’austérité. La dernière mandature a notamment été marquée par deux conflits majeurs, le premier contre la réforme du nouveau pacte ferroviaire en 2018 et le deuxième contre la réforme des retraites en 2019.

En 2018, les cheminots se sont mis massivement en grève contre le rapport Spinetta, prémices du projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire, lequel attaquait le statut. Il ouvrait à la concurrence les lignes voyageurs, supprimait les petites lignes, baissait les fréquences des trains, il lançait des attaques sur des cibles multiples, a rappelé Philippe Herbeck. Malgré la forte mobilisation, la loi a été promulguée en 2018.

Cette nouvelle réforme a transformé les EPIC qui composaient le groupe SNCF en cinq sociétés anonymes à capitaux publics au 1er janvier 2020. C’est également depuis cette date que les nouvelles embauches ne se font plus au statut cheminot.

Les dégâts de l’ouverture à la concurrence

La réforme prévoit aussi, en application de directives européenne, l’ouverture à la concurrence du transport intérieur de voyageurs. Et les cheminots seront transférés vers l’entreprise qui gagne le marché, avec à la clé une dégradation de leurs droits et conditions de travail : ils ne seront plus couverts par le statut mais par les garanties minimales du code du Travail et celles de la nouvelle convention collective de branche toujours en cours de négociation.

Dans le fret, l’ouverture à la concurrence remonte à 2006. Or en 15 ans, l’activité a été réduite de 43%, provoquant un report modal vers le transport routier. Loin d’en tirer le bilan, les pouvoirs publics appliquent la même stratégie au transport de voyageurs, dénonce la résolution générale.

Pour le transport international de voyageurs, l’ouverture à la concurrence remonte à 2009. D’ici à 2030 au plus tard, c’est donc l’ensemble du transport ferroviaire qui sera concerné. L’unique but de cette ouverture est bien la privatisation du transport ferroviaire et la liquidation du statut, poursuit la résolution. Car même sans concurrent, la SNCF candidate par le biais d’une filiale et aligne ainsi, les conditions sociales des cheminots sur celles de la convention collective nationale.

Concrètement, l’opérateur italien Thello devrait lancer dès cet automne deux TGV entre Paris et Milan. Pour la première fois, la SNCF sera concurrencée directement sur ses rails. Pour les TER, c’est à partir de fin 2023 que les régions devront obligatoirement lancer un appel d’offres pour les lignes éligibles, dès que leur contrat avec la SNCF sera arrivé à terme. En PACA, le changement d’opérateur est déjà sur les rails. Pour la liaison Marseille-Nice, la région a invité les élus à voter fin octobre en faveur de Transdev, face à une filiale SNCF et à Thello. L’autre lot, des lignes autour de Nice, restera à SNCF Sud-Azur, seul en piste pour exploiter ce réseau moins rentable.

Notre région est en avant-première mais c’est bien l’ensemble des cheminots qui seront touchés, dans dix ans pour les plus chanceux. Car la SNCF ne répond aux appels d’offres qu’en tant que filiale, a alerté Ali-Jean Boualam, secrétaire régional FO Cheminots. Il se bat pour que les agents ne soient pas transférés mais mis à disposition de l’entreprise qui remporte le marché.

Encore des suppressions de postes

Le congrès revendique également une augmentation substantielle des salaires et pensions. A titre d’exemple, un représentant de l’Union Nationale des Agents de Conduite (UNAC) a rappelé que si les progressions de carrière étaient limitées et qu’il était de plus en plus difficile d’accéder au TGV, les conducteurs avaient de plus en plus de responsabilités pénales. Dans le même temps, les niveaux de salaires diminuent pour les roulants.

Les militants s’inquiètent également pour l’avenir de la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF (CPRP) —où le syndicat FO est secrétaire du CSE— qui subit elle aussi de graves transformations. Dans cet établissement autonome depuis 2008, les embauches ne se font plus au statut depuis 2014. Le congrès condamne sa transformation en caisse de branche qui est de fait une externalisation et une attaque contre le régime spécial.

Il dénonce également le transfert à la CNAM des réserves de la CPRP et les menaces qui en découlent sur le versement de prestations spécifiques.

Autre conséquence de la réorganisation de la SNCF, la course à la rentabilité. Le groupe a été unifié en 2020 et deux PSE sont déjà annoncés, a dénoncé Thierry Robert, ancien secrétaire de l’union des centraux (services centraux, NDLR).

Chez SNCF réseau, la direction a présenté début mai 2021, en CSE central, un plan de suppressions d’emplois d’encadrants techniques et d’opérateurs de production. Cette réorganisation doit permettre d’économiser 170 millions d’euros par an. Sont concernés 250 postes d’encadrement et des réductions de postes dans les différents domaines au sein des opérateurs réseau (-18.6% dans la production des voies, -17% dans la production des caténaires, -10% dans l’entretien des ouvrages d’art…).

Par ailleurs, étrange célébration, à l’occasion des 40 ans du TGV, le P-DG a aussi annoncé le 20 septembre la suppression de 2 000 à 3 000 emplois soit 2% des effectifs de la SNCF. Cela alors que la compagnie ferroviaire a déjà supprimé 7 000 emplois entre 2017 et 2019.

Aujourd’hui on peut encore gagner des combats

Dans sa résolution, le congrès condamne avec la plus grande fermeté toute suppression de poste. Le système ferroviaire français doit reposer sur des personnels formés, bien rémunérés et en nombre suffisant. La seule préoccupation doit rester la sécurité, rappelle-t-il.

Ces politiques d’austérité ne sont pas une fatalité. Cédric Favier, du syndicat Val de Durance, a raconté une grève gagnante menée début 2021 à Gap contre la suppression d’un poste d’agent commercial de jour. On a déposé un préavis, tout le monde s’est mis en grève une semaine, les guichets sont restés fermés, et le poste a été conservé. Aujourd’hui on peut encore gagner des combats, s’est-il félicité.

Autre gros conflit qui a marqué la dernière mandature, la bataille menée en 2019 contre la réforme des retraites, et dans laquelle les cheminots et les agents de la RATP ont été particulièrement moteurs. La mobilisation, lancée le 5 décembre 2019, aura duré trois mois. Cette réforme aurait notamment abouti à la suppression du régime spécial dont bénéficient les cheminots.

Sa mise en place a été interrompue par la crise sanitaire, mais le gouvernement semble déterminé à agir. La grève a été gagnante car le gouvernement abandonne le principe de régime universel par points, s’est félicité Philippe Herbeck. Nous sommes prêts à refaire la grève si nécessaire. La RATP et les cheminots sont capables de faire reculer le gouvernement, pas touche aux régimes spéciaux, préparons-nous au combat a renchéri Régis Mounier, du syndicat Gard et Cévennes.

Le secrétaire général, qui a été réélu dans ses fonctions à l’unanimité du congrès, a aussi rappelé que c’est parce que le syndicat FO a su prendre ses responsabilités dans la grève que des camarades de la RATP venus de l’Unsa, de Sud et d’un syndicat catégoriel ont rejoint FO. La réalisation de cette union aura pris 18 mois, comme l’a expliqué François Graza, ancien secrétaire général de FO Cheminots jusqu’en 2019. Objectif du syndicat, décrocher au moins la deuxième place à la RATP lors des élections fin novembre 2021.

Il y a des endroits où on est numéro un

La dernière attaque en date contre les droits des cheminots concerne les facilités de circulation qui leur permettent, ainsi qu’à leur famille, de voyager gratuitement sur le réseau ferroviaire. Ce droit pourrait notamment être remis en cause pour le personnel SNCF amené à être transféré vers un nouvel opérateur. Les personnels craignent aussi que ce droit actuel de transport fasse l’objet d’une fiscalisation (aujourd’hui payée par la SNCF), reportée sur les cheminots, au moins pour les retraités. Pour FO Cheminots, le seul moyen de garantir ces facilités pour tous est au contraire de l’étendre à tous les salariés de la branche et leurs ayants-droits, avec un financement exclusif par les employeurs. Le congrès rappelle que ces facilités font partie intégrante du contrat social des cheminots.

Mais c’est surtout la question du développement de l’organisation qui a été évoquée à la tribune. Les multiples attaques que subissent les délégués ne font que renforcer leur combativité. Depuis la loi de 2008 sur la représentativité, la fédération FO cheminots a régulièrement frôlé le seuil des 10% sans jamais l’atteindre au niveau national. Le CSE instauré en 2018 a réduit les instances de proximité et le nombre de sièges à pourvoir. Avec les nouveaux découpages géographiques en régions, la représentativité a baissé, à 7,69% dans le groupe public ferroviaire (GPF). FO reste toutefois représentatif dans neuf CSE. Cette situation difficile vis-à-vis de la représentativité n’empêche pas le syndicat de faire d’excellents scores dans certains établissements. Entre autres, lors des dernières élections professionnelles, FO a ainsi remporté 80.65% des voix chez Thalys, 25,6% des voix chez Eurocargo Rail (et la première place chez les conducteurs) ou encore 37,75% des voix chez Newrest France (restauration ferroviaire).

A la tribune des camarades ont mis en avant leurs victoires locales. FO-cheminots n’est pas condamné à être un petit syndicat, il y a des endroits où on est numéro un a lancé Stéphane Chatel, qui dénombre à Paris La Chapelle 450 adhérents. Le syndicat FO Gard et Cévennes est de son côté la première organisation chez les conducteurs de TER. Depuis les grèves de 2018, FO est entendu et écouté et les adhésions ont progressé de 70% a souligné Fabrice Laurentin.

Nous avons doublé le nombre d’adhérents en un an

Pour faire progresser l’organisation, les militants sont unanimes, rien de tel que le terrain. Nous avons doublé le nombre d’adhérents en un an, y compris chez les agents de maîtrise, et ce n’est pas fini, a ainsi indiqué Didier Macé, secrétaire de la région Paris Est. Le travail militant marche très bien dans certains établissements et on peut progresser partout ailleurs avec des tournées sur le terrain, en proposant des journées découverte, en faisant des tournées pour les cadres. Il a aussi souligné l’importance de faire plus de tracts sur des sujets locaux ou régionaux et d’augmenter les formations fédérales.

Gladys Leroy de l’UNCMT a, pour sa part, insisté sur la nécessité de relancer la syndicalisation des cadres, agents de maîtrise et techniciens. Elle a rappelé que FO ce n’est pas que de l’exécution, on doit être sur tous les fronts pour montrer à la direction qu’on est là.

Pascal Tavarner du syndicat de Limoges a appelé à sensibiliser plus particulièrement les nouveaux embauchés afin de les amener à adhérer. Pour cela il nous faut un appui de la fédération avec un guide expliquant les nouveaux contrats de travail, a-t-il ajouté, les embauches ne se faisant plus au statut. Autre demande, un guide sur les futures conditions de travail des salariés transférables.

Si FO cheminots a perdu une centaine de mandats du fait de la mise en place des CSE, le niveau des timbres a retrouvé en 2020 son niveau de 2017, et cette tendance à la hausse devrait se confirmer en 2021. Le secrétaire général a aussi salué l’arrivée de nouveaux camarades venus d’autres syndicats pour grossir les rangs de FO.

De nouveaux outils fédéraux au service du développement

Passer la barre des 10% lors des prochaines élections professionnelles en 2022 est primordial.

Pour Roger Thomas du syndicat de l’Oise, l’arrivée de la concurrence et du privé est un tsunami. Il va falloir s’organiser pour survivre à cette transformation. Être forts aujourd’hui c’est exister demain a-t-il souligné. Pour Gauthier Tacchella du syndicat Paris la Chapelle, il va aussi falloir adapter l’organisation à la privatisation qui va tout changer au niveau des locaux et du temps syndical. Youssef El Guebassi, du syndicat Paris Saint-Lazare, qui a quitté l’UNSA pour rejoindre FO, appelle à l’ambition. Avec la force vive qu’on est, pourquoi viser les 10% seulement ? On a déjà une belle matière, il faut en faire de belles choses, a-t-il lancé.

Les militants se mettent en ordre de bataille pour l’échéance. On doit tirer les leçons des résultats de 2018, regarder les abstentions par site, faire une stratégie de développement, être sur le terrain, a prévenu Philippe Herbeck, ajoutant que pour notre existence, la priorité c’est de nous développer.

Et pour cela, de nouveaux outils fédéraux sont mis en place. Outre de nouvelles formations à destination des militants (comment faire adhérer, établir une stratégie de développement…), de nouveaux supports pour faciliter le travail de terrain ont été dévoilés à l’occasion du congrès : un flyer avec coupon détachable pour inviter les agents à une journée découverte et un nouveau bulletin d’adhésion. Une boutique FO Cheminots vient également d’être créée.

Pour faire entendre les revendications, le prochain rendez-vous est l’appel à la grève interprofessionnelle le 5 octobre. On doit être nombreux dans la rue le 5 octobre, seul un mouvement d’ensemble fera plier le gouvernement a lancé Alain Schmidt, retraité de Lyon. Il faut en faire un rendez-vous réussi pour engager la suite, ce jour doit être un premier avertissement au gouvernement et au patronat, a prévenu Philippe Herbeck. Un appel relayé par la résolution générale du congrès. Elle appelle l’ensemble de ses structures, militants et adhérents à s’inscrire dans toutes les mobilisations à venir et ce dès le 5 octobre 2021 pour l’abrogation de la réforme de l’Assurance chômage, et le retrait définitif de la réforme des retraites.

Le congrès appelle également à l’unité d’action sur les revendications des cheminots, seule issue pour faire valoir leurs intérêts. Il mandate la fédération pour s’adresser aux autres organisations syndicales en vue d’une mobilisation pour le retour à la SNCF et au maintien du statut, son amélioration et son extension à l’ensemble des cheminots.

 

21092021CongrèsCheminots142

Clarisse Josselin Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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