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COP 21 : Copie blanche ce vendredi soir !

, Evelyne Salamero

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De gauche à droite : Cécile Potters (Secteur économique FO), Yves Giquel (Secteur Économique FO), Marjorie Alexandre (Secteur International FO) et Pascal Pavageau, Secrétaire confédéral FO.

Malgré une longue nuit de négociations entre les 195 pays représentés à la Conférence mondiale sur le climat, la présidence française n’a pas été en mesure de présenter comme prévu un projet d’accord ce vendredi 11 décembre au matin.

L’approbation finale de l’accord mondial sur le climat a été reportée à samedi. Le président de la conférence, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, se déclarait malgré tout « optimiste » sur la capacité de la COP 21 à adopter un texte qui « sera un grand pas pour l’ensemble de l’humanité ». Mais, l’ampleur des désaccords qui ont ressurgi dans la nuit, malgré deux semaines d’échanges feutrés, laisse planer plus que l’ombre d’un doute sur la question.

« La Présidence française lâche le social sans même l’assurance d’obtenir d’accord ambitieux sur l’environnement ! » a réagi Pascal Pavageau, secrétaire confédéral FO, sur place ce vendredi au Bourget, exprimant la déception ressentie à ce moment par les nombreux syndicalistes venus de divers pays.

2°... 1,5°... 3°... Qu’en est il ?

Le projet évoque bien un objectif de réchauffement de la planète « bien en deçà » de 2° et « la poursuite des efforts » pour le limiter à 1,5°, mais les États ne s’engagent sur aucune échéance précise ni sur un mécanisme permettant effectivement de l’atteindre, alors que les pays grands producteurs d’énergies fossiles comme l’Arabie Saoudite et la Russie demeurent réfractaires. Or, les objectifs nationaux de réduction de gaz à effet de serre (INDC), transmis par chaque pays en amont de la conférence, permettraient au mieux pour l’heure de contenir la hausse de la température en dessous de ... 3°. Leur révision est bien prévue, mais pas avant 2025.

La question du financement de la lutte contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire des transformations industrielles, économiques et sociales qu’elle exige, est encore moins réglée. Le pré-accord précise juste que l’enveloppe de 100 milliards de dollars par an, que les pays riches ont promis de verser aux pays en développement à partir de 2020, est « un plancher » et que les pays pauvres présenteront « périodiquement » des « objectifs quantifiés ». Des engagements plus que vagues mais que pourtant certains, comme les États-Unis, l’Australie ou l’Union Européenne notamment, jugent encore trop favorables aux pays en développement. Les États-Unis ont même menacé de ne pas signer l’accord si la France continuait à demander que la plus grande responsabilité des pays développés dans le réchauffement climatique soit inscrite dans le texte.

Droits sociaux et droits de l’Homme au rancart ?

La nécessité de sauvegarder l’emploi, de prévoir de nouvelles formations et qualifications, et de garantir une protection sociale forte, dans le cadre de la transformation industrielle prévue pour lutter contre le réchauffement climatique, n’apparait nulle part dans la partie opérationnelle de l’accord (les articles). La référence à la transition juste que la CSI (Confédération syndicale internationale) veut faire intégrer à l’article 2 - l’amendement demandé par la CSI : « Cet accord doit être appliqué en assurant une transition juste pour les travailleurs et la création de travail décent et de qualité, en accord avec les priorités de développement définies nationalement » - demeure à l’état d’option mais dans le préambule.

La question des droits de l’homme a, pour le moment, subi le même sort que la transition juste. La CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme), qui tenait la première assemblée plénière de sa nouvelle mandature, jeudi 10 décembre, journée internationale des droits de l’Homme, a lié les deux questions. Une initiative encouragée par Yves Veyrier, qui représente FO au sein de la Commission et membre de la délégation syndicale à la COP 21. Il a convaincu les membres de la CNCDH d’adopter un communiqué exigeant notamment « un accord ambitieux et contraignant (...) intégrant dans ses articles l’objectif d’une transition juste et la mention explicite du respect des droits de l’homme, ainsi que garantissant l’emploi décent, l’égalité femmes-hommes, et la protection des populations autochtones. »

La CSI a d’ores et déjà commencé à réfléchir à la suite de son action, a prévenu sa secrétaire générale Sharan Burrow, ce vendredi 11 au matin, prévoyant d’amplifier sa campagne pour une transition juste dès le début de l’année 2016, en renforçant notamment la mobilisation de ses organisations syndicales affiliées à l’échelon national et sa collaboration avec l’OIT (Organisation internationale du travail).

Le texte qui sera finalement adopté normalement samedi nous dira si la COP 21 n’aura été qu’une étape de plus.