Société

COP 21 : le mouvement syndical n’a pas dit son dernier mot

, Evelyne Salamero

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De gauche à droite : Annabella Rosemberg responsable environnement et développement durable à la CSI, Cécile Potters, (Secteur économique FO) Pascal Pavageau, Secrétaire confédéral FO, Yves Giquel (Secteur Économique FO) et Marjorie Alexandre (Secteur International FO). (Photographie : F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0)

À mi-parcours des négociations de l’accord mondial sur le climat, la dimension sociale demeure en position précaire. La CSI entend maintenir la pression pour que dès 2016 une autre étape s’engage. FO souligne le rôle majeur de la puissance publique pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique et garantir les droits des travailleurs et des populations.

À mi-parcours de leurs négociations dans le cadre de la COP 21, les gouvernements ont conservé la question des droits de l’Homme dans le corps de l’accord mondial sur le climat (article 2). Mais ils ont retiré la référence à une « transition juste » demandée par la CSI (Confédération syndicale internationale), c’est-à-dire une transition qui « crée du travail décent et des emplois de qualité ». Ainsi, l’essentiel de la dimension sociale se retrouverait, si les lignes ne bougent pas, relégué au préambule dans le meilleur des cas.

De leur côté, les organisations syndicales ont « maintenu la pression » pour reprendre une expression de la secrétaire générale de la CSI, Sharan Burrow, en organisant de nombreuses réunions publiques dans le cadre du Forum syndical organisé au sein de l’espace Génération Climat.

« Changer le monde du travail pour accéder à la durabilité sociale et environnementale ». Tel était l’intitulé de la dernière conférence-débat de la journée, organisée avec les trois confédérations françaises affiliées à la CSI, l’Union des syndicats du Tchad, la CES (Confédération européenne des syndicats) et la CSA (Confédération syndicale des Amériques).

« Nous avons besoin de grands projets publics » souligne FO

Disparition des emplois, exode rural, maladies, tensions inter communautaires, insécurité alimentaire… La syndicaliste tchadienne Adjouji Gueme a témoigné des conséquences dramatiques de l’assèchement du lac Tchad au cours de la dernière décennie, insistant sur la nécessité que le mouvement syndical s’implique davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique et sur l’importance de former les travailleurs aux techniques de conservation des sols.

« Le monde du travail doit être l’axe principal de la lutte contre le réchauffement climatique et le dialogue social son pilier central » a insisté Monserrat Mir, secrétaire confédérale de la CES.

FO a rappelé l’importance du rôle de la puissance publique. « Nous avons besoin de grands projets publics, de règlementation et de régulation » à l’échelle nationale comme internationale a notamment déclaré Pascal Pavageau, secrétaire confédéral en charge de l’économie et du développement durable, après avoir déploré que le président François Hollande ne soit pas venu jusqu’au stand de la CSI lors de sa visite de l’espace Génération Climat deux jours plus tôt et dénoncé le “faites ce que je dis, pas ce que je fais“ de la ministre française de l’Ecologie, Ségolène Royal.

Quelques heures plus tôt en effet, des syndicalistes FO et d’autres organisations syndicales des agents des établissements publics d’environnement avaient déployé une banderole sur le site de la COP 21 sur laquelle on pouvait lire sur fond vert : « Agents du service public de l’Environnement : espèce menacée ». Ils entendaient ainsi dénoncer, avant d’être interrompus par les forces de l’ordre invoquant l’état d’urgence, la baisse des moyens et des effectifs de leurs services : de l’office national de l’eau et des milieux aquatiques à l’agence des aires marines protégées, en passant par l’office de la chasse et de la faune sauvage, ou encore les parcs nationaux.

Développement durable et traités de libre échange : incompatibilité

La lutte contre le réchauffement climatique tout comme la protection de l’environnement en général exige « un financement public massif » a souligné le secrétaire confédéral FO, rappelant que « la logique des Partenariats Publics Privés est antinomique » avec le développement durable et les objectifs de la COP 21 puisque qu’ils permettent à « des groupes d’intérêts privés de tirer profit de la situation plutôt que de répondre aux besoins publics. »

Répondant à une question de la salle, Rafael Freire, chargé des politiques économiques pour la CSA (Confédération syndicale des Amériques) a lui dénoncé « l’incompatibilité des traités de libre échange en Amérique Latine avec l’idée de développement durable. »

« Il existe actuellement 3 000 accords de libre-échange dont 300 en Europe et ils sont systématiquement fondés sur le moins disant social et environnemental du fait même du principe de convergence réglementaire qui les sous-tend et qui, inévitablement, se traduit pas un nivellement par le bas » a renchérit Pascal Pavageau.

La secrétaire générale de la CSI, Sharan Burrow a conclu la réunion en indiquant que « si le mouvement syndical est en train de livrer une bataille » au sein de la COP 21, « en 2016, le travail commencera » : toutes les organisations syndicales devront s’adresser à leur gouvernement et aux organisations patronales pour exiger « un dialogue social sur la transition juste ».