Covid-19 : FO exige la réintégration de deux soignants mis à pied dans un Ehpad

Coronavirus / Covid19 par Valérie Forgeront, journaliste L’inFO militante

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19
©Marta NASCIMENTO/REA

Mis à pied en mars parce qu’ils demandaient des masques pour leur protection et celle de leurs patients, deux infirmiers d’un Ehpad de Toulouse risquent toujours d’être licenciés. FO Santé leur apporte son soutien et exige que cesse cette répression.

Par leur demande de masques, un infirmier et une infirmière de l’Ehpad La Cépière à Toulouse, établissement appartenant au groupe privé DomusVi (3e opérateur privé dans le secteur des résidences médicalisées en France), voulaient seulement se protéger et protéger les résidents de l’établissement… Ils ont été mis à pied, jusqu’à mi-mai.

Ces deux soignants subissent une mise à pied de deux mois, sans salaire. C’est scandaleux ! s’indigne Anne-Marie De Biasi, aide-soignante et secrétaire générale pour la Haute-Garonne de l’Union nationale des syndicats FO de la Santé privée. Au sein du groupe DomusVi (quelque 400 établissements médicalisés dans le monde, 40 000 collaborateurs et un chiffre d’affaire de 1,37 milliards d’euros sur l’année 2018), FO est majoritaire dans les établissements où un syndicat a été créé. A la Cépière (qui compte 45 postes d’agents équivalents temps plein), FO, avec quatre élus, est le seul syndicat.

Fin mars, autour du 23, les deux infirmiers croient constater, chez quelques résidents, des symptômes qui pourraient faire penser à une atteinte par le Covid-19. Les soignants, non syndiqués, sont loin d’être des novices dans l’établissement et encore moins dans le métier, l’infirmière, par exemple, âgée d’une cinquantaine d’années, a longtemps travaillé dans un service de réanimation, indique Franck Houlgatte, secrétaire général de l’Union nationale des syndicats FO de la Santé privée.

FO exige le matériel de protection nécessaire

Craignant une infection par Covid-19 de ces personnes âgées et alors une propagation du virus à toute la résidence, les personnels finissent par appeler le SAMU, service qui préconise, entre autres, le port de masques. Mais le cadre de santé refuse de sortir des masques du stock réservé pour le « au cas où » explique Anne-Marie De Biasi. Or, pour les deux soignants, la situation du « au cas où » est justement d’actualité. Suit une prise de bec, une scène d’énervement. La pièce où sont stockés les masques (quelque 600 indique FO Santé privée) est enfin ouverte.

L’affaire ne s’arrêtera pas là. En ayant voulu que des masques soient portés dans l’établissement et en prônant le confinement pour les résidents, les deux infirmiers sont accusés d’avoir affolé le personnel pour rien, de ne pas avoir respecté le protocole, de ne pas avoir tenu compte des préconisations régionales du groupe DomusVi ,ni des directives du médecin coordonnateur s’insurge Anne-Marie De Biasi.

Dans cet établissement (ancienne Mapad rachetée par le groupe privé il y a quelques années) où l’ambiance est faite de tensions et d’une communication unilatérale menée par la direction, déplore la militante, la journée de travail tourne court pour les deux soignants. La direction demande en effet à l’infirmière ne pas revenir à l’issue de son service. Quant à l’infirmier, il ne finira pas son service et partira encadré par la police.

Ces pratiques et cette répression sont inadmissibles ! s’insurge FO Santé privée qui exige par ailleurs que l’ensemble des personnels de la santé puisse travailler avec le matériel de protection nécessaire pour assurer leur sécurité́ et celles des patients.

Lancement d’une procédure d’alerte

Alors que depuis deux mois le Covid-19 fait des ravages dans les Ehpad et que des milliers de décès ont endeuillé les familles, FO Santé privée exige également que l’ensemble des personnels et résidents des Ehpad soient régulièrement testés.

Ces deux infirmiers travaillent depuis longtemps à l’Ehpad et sont aimés des résidents qui demandent d’ailleurs pourquoi ils ne sont plus là ! Par ailleurs, des personnels ont spontanément apporté leur témoignage à ces agents dans le cadre de cette affaire appuie Anne-Marie De Biasi, choquée par le traitement réservé à ces deux soignants, elle qui, au contraire, au plan sanitaire va travailler les yeux fermés dans son établissement, un groupe privé aussi où règne la solidarité et qui a anticipé ses pratiques sanitaires dans le cadre de la crise Covid-19.

Depuis, ces deux infirmiers, qui risquent le licenciement, sont dans l’expectative. Ils devaient rencontrer la direction au cours d’entretiens prévus les 12 et 13 avril indique Anne-Marie De Biasi. Mais les entretiens ont été annulés. Un courrier a été adressé à l’infirmier le 20 avril par la direction de l’Ehpad indique la militante, précisant que le syndicat FO de l’établissement soutient, bien sûr, ces deux agents.

L’Union nationale FO de la Santé privée exige du groupe DomusVi et des tutelles, l’arrêt immédiat des mises à pied. Elle réclame la réintégration immédiate dans leur poste respectif de ces professionnels avec le paiement intégral des jours de mise à pied. Et si nécessaire, FO n’hésitera pas à appeler à la grève pour faire respecter le droit des travailleurs. D’ores et déjà le syndicat FO de l’Ehpad a décidé de lancer, cette semaine, une procédure d’alerte.

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