Crise porcine : « Le gouvernement ne doit pas laisser pourrir la situation » alerte la fédération FO de l’Agriculture et de l’Alimentation

Economie par Evelyne Salamero

Une nouvelle étape a été franchie lundi 10 août dans la crise de la filière porcine. Les deux plus gros industriels de la transformation de la viande sont passés à l’offensive.

Pour marquer leur refus d’une augmentation du prix du porc, le groupement coopératif la Cooperl et Bigard/Socopa ont refusé de participer au marché du porc breton (MPB) où est fixé deux fois par semaine (le lundi et le jeudi) le prix de référence national de cette viande, au centime près.

Le prix actuel du porc s’établit à environ 1.40 euros le kilo, ce qui correspond tout juste au coût de production. Cet objectif avait été fixé le 12 juin dernier par le gouvernement (au lieu de 1.30 jusque-là) pour tenter de calmer les éleveurs en colère.

Ceux-ci protestent contre des prix trop bas qui ne leur permettent plus de s’en sortir. Le problème dépasse la filière porcine et concerne l’ensemble de la filière française d’élevage. La carcasse de viande de bœuf était achetée 3.70 euros le kilo en moyenne en 2014 par les industriels, soit une baisse de 6.3% par rapport à 2013, ce qui représente une perte de 250 euros par animal selon les éleveurs. Le prix d’achat de la viande de bœuf par les abatteurs ne couvre même pas la somme des coûts nécessaires à la production estimé à 4,50 euros le kilo.

Le ministre Stéphane Le Foll chiffre lui-même entre 22 000 et 25 000 le nombre d’exploitations d’élevages "au bord du dépôt de bilan", soit 10% du total de ces exploitations en France.

Les salariés des abatteurs pris en otage

Le système ne bénéficie pas davantage au consommateur qui à l’autre bout de la chaîne, paie jusqu’à plus de quatre fois plus le prix de revient de la viande : 14 euros en moyenne le kilo de bœuf, soit une hausse de 14% depuis 2010.

Pendant ce temps, les salariés des groupes industriels abatteurs (5 000 chez la Cooperl et 15 000 chez Bigard pour ne citer qu’eux) subissent les conséquences d’un dumping social et économique toujours plus intense en Europe, dans la mesure où l’article 101 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit toute entente sur les prix de façon à ne pas faire obstacle au libre jeu de la concurrence.

Dans un courrier daté du 6 août envoyé à ses adhérents et rendu public par l’AFP, la Cooperl explique que « pendant qu’une volonté politique de court terme a réussi à porter le cour à 1.40 euros en France, l’Allemagne abaissait brutalement son prix d’achat » et « qu’à ce jour 25 centimes séparent le cours français du cours allemand ».

Dumping européen

Emmanuel Commault, directeur général de la Cooperl, plaidait récemment pour une réforme du code du travail introduisant plus de flexibilité (Le Télégramme, interview du 18 juin 2015), justifiant : « L’avantage des concurrents allemands et espagnols sur nous est de 15 euros par porc. Nous avons des boulets au pied, alors que nous sommes sur les mêmes marchés. Une commande exceptionnelle de viande qui nous arrive un vendredi soir, on ne peut même pas la traiter ».

Dans ce contexte, la FGTA FO (Fédération générale de l’Agriculture et de l’Alimentation), explique Michel Kerling secrétaire fédéral en charge du secteur, est « inquiète de ce qui pourrait se passer si les éleveurs porcins bloquaient de nouveau les sites de transformation notamment de La Cooperl et de Bigard/Socopa. C’est pourquoi nous demandons aux pouvoirs publics de ne pas laisser pourrir la situation, ce qui une fois de plus prendrait les salariés en otage ».

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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